Créer des instituts de science progressive pour des recherches ontologiques

par Bernard Dugué
vendredi 5 août 2016

La science progressive est à l’image du rock progressif. Elle part dans tous les sens, explore toutes les possibilités sans se limiter à un quelconque cadre ou objectif, que ce soit dans un schéma d’expérience tracé ou un enjeu de publication. Si on avait obligé Darwin à publier chaque année, il n’aurait jamais pu faire progresser ses recherches et développer la théorie sur l’origine des espèces. Son fameux essai a pris 20 ans pour mûrir et dieu merci, il n’a pas eu à se justifier devant une bureaucratie d’évaluateurs qui du reste n’auraient pas capté le sens de ses travaux. De nos jours, le constat tracé sur Darwin est encore d’actualité. Certes, il faut des scientifiques dans les laboratoires, les bureaux, les amphis et les congrès pour fixer les résultats scientifiques, trier ce qui est pertinent et mettre de côté les erreurs et autres théories incomplètes ou fausses. Mais la recherche a encore une place pour les esprits navigateurs comme le fut Darwin, la navigation étant à prendre au sens figuré, comme une attitude de curiosité et de liberté dans l’exploration des disciplines spécialisées sans oublier une bonne dose de rêverie indispensable pour les grandes découvertes.

La science spécialisée fournit des détails précieux sur les choses. Mais seule la science progressive peut combiner ces détails en une figure plus ou moins complète décrivant les choses et les grands principes qui gouvernent la nature. La science progressive cherche l’origine, le fondement des choses mais aussi la manière qu’elles emploient pour aller vers les fins ou du moins les trouver. Le scientifique spécialisé s’enfonce dans les rouages de la matière et des choses. Il creuse, analyse et voit ce que les instruments de précision lui fournissent comme images ou le plus souvent, comme signaux. Les spécialités étudient en quelque sorte les mots du réel, alors que la science progressive tente d’ouvrir le livre de la nature et pour ce faire, elle doit assembler les mots pour tracer quelques grandes lignes, trouver les consonnes, les voyelles, les virgules, les verbes… cette métaphore éclaire parfaitement le sujet. Et montre pourquoi il faut développer des recherches progressives, systémiques, métaphysiques, pour comprendre la nature et aller plus loin que les limites des sciences réductionnistes.

Comment fonctionnerait un institut de sciences progressives ? Librement tout simplement. Les gens ont perdu le sens de la liberté. Ce genre d’institut se conçoit comme une université sans condition, dans laquelle chaque scientifique intéressé par le partage et la transversalité vient faire quelques exposés, séminaires, conférences, avec une ouverture sur le public éclairé, qui ne se réduit pas aux seuls scientifiques. Bref, une sorte d’université libre et ouverte mais pas sur le modèle d’une université populaire. L’idée est de faire coopérer, voire communier les esprits les plus novateurs.

Ce billet est un ballon d’essai. On ne sait jamais, au cas où quelques personnes éclairées et bienveillantes passent ici. Pour compléter ces quelques notes, je signale que ce type d’institut a toute sa légitimé compte tenu des impasses de la science dans de multiples domaines et notamment la médecine qui ne parvient pas à comprendre les maladies incurables. On l’aura compris, ces notes s’adressent aux gens affranchis qui ne démissionnent pas et qui ont le courage d’affronter les impasses dans les sciences.


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