L’intelligence artificielle, capable de penser sa propre extinction...

par Florian Mazé
jeudi 30 octobre 2025

L’intelligence artificielle est partout, et elle ne cesse de se développer, mais pour combien de temps encore ? Derrière la promesse d’un progrès sans limite se cache une dépendance critique aux ressources fossiles et minières. Cette tribune explore un paradoxe : une technologie « surhumaine » et « posthumaine » comme l’IA sera peut-être également l’innovation technique la plus éphémère de l’Histoire.

L’intelligence artificielle : miracle technologique et impasse énergétique

L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme une révolution comparable à l’imprimerie ou à l’électricité. Elle transforme les usages, les métiers, les imaginaires. Mais cette révolution repose sur une infrastructure matérielle et énergétique extrêmement fragile, dépendante de ressources non renouvelables. Passionné de collapsologie, mais sans hostilité aucune vis-à-vis des intelligences artificielles, je défends une hypothèse paradoxale : l’IA serait à la fois l’apogée du progrès technologique et le symptôme de sa fin imminente. Un crépuscule.

Une révolution cognitive sans précédent

Depuis 2017, les modèles d’IA générative comme les transformers ont bouleversé la production de texte, d’image, de code, de musique. L’IA devient l’interface universelle, capable d’assister la recherche scientifique, la médecine, l’ingénierie, l’éducation. Elle est aussi un outil de simulation, de prédiction, d’optimisation des systèmes complexes, y compris énergétiques. Sans compter qu’elle possède un débouché ahurissant : son implémentation dans des robots humanoïdes, lesquels pourraient alors se substituer aux cols-bleus, ouvriers, artisans, paysans, et même aux chirurgiens, etc.

Mais cette puissance cognitive repose sur des infrastructures titanesques : data centers, GPU, réseaux de fibre optique, serveurs haute densité. Ces systèmes consomment une quantité astronomique d’électricité. Selon Science & Vie, l’entraînement d’un seul modèle comme GPT-4 peut consommer autant d’énergie qu’une ville entière pendant trois jours. Les modèles les plus avancés, comme Gemini ou Claude, peuvent polluer jusqu’à 50 fois plus que des IA plus légères, selon Phonandroid. Quant à la robotique humanoïde, je laisse le lecteur deviner combien de robots il faudrait pour remplacer tous nos travailleurs manuels, chirurgiens inclus, et même avec des robots qui travaillent H24 sans revendications syndicales, l’empreinte matière et l’emprunte carbone d’un tel parc humanoïde mondial serait considérable…

Une dépendance critique aux ressources fossiles et minières

L’IA n’est pas une entité abstraite. Elle est une créature du silicium, du cuivre, du cobalt, du lithium. Elle dépend du pétrole pour l’extraction, la fabrication, le transport, le refroidissement. Or, ces ressources sont en déclin. Le pic pétrolier conventionnel est passé, les métaux critiques sont de plus en plus difficiles à extraire, et les tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques s’intensifient. Les data centers représentent déjà environ 2 % de la consommation électrique mondiale, et cette part pourrait quadrupler d’ici 2030. En France, ils sont responsables de 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, selon Blog-IA. L’IA accélère cette tendance : Microsoft a vu ses émissions de carbone augmenter de 29,1 % en 2023, en grande partie à cause de l’essor de l’IA générative, comme le rapporte Le Dauphiné.

 

L’IA et la collapsologie : un drôle de couple !

Il ne faut pas s’étonner que les collapsologues voient dans ces technologies numériques posthumaines des accélérateurs d’effondrement, en raison de leur dépendance aux infrastructures industrielles et à l’extractivisme. Ils considèrent l’IA comme une illusion de maîtrise, incapable de résoudre les problèmes systémiques… qu’elle contribue par ailleurs à aggraver. La collapsologie (plutôt à gauche) comme d’ailleurs le survivalisme (plutôt à droite) voient l’avenir autrement : le futur se joue dans la résilience locale, la sobriété, et la réhabilitation des savoirs vernaculaires — non dans la fuite en avant technologique. Bref, en langage clair : le retour massif à la low-tech. En gros le potier à four à bois l’imprimante 3D.

Que faire de cette étoile filante ?

Pour autant, faut-il rejeter l’IA comme une aberration ? Non. Il faut l’utiliser tant qu’elle est disponible, pour préparer le monde d’après. L’IA peut nous aider à :

Mais il faut aussi accepter qu’elle ne durera pas. Le monde du XXIe siècle finissant ne sera probablement pas celui de Blade Runner, mais celui d’un retour à des formes de vie plus sobres, plus locales, plus artisanales. Après le Grand Effondrement, L’IA deviendrait alors une légende, un mythe technologique, un peu comme les pyramides ou les cathédrales témoignant d’époques englouties.

Et même avant sa disparition, l’IA ne sera pas neutre. Comme le souligne Laurent Alexandre dans cette interview sur YouTube, l’intelligence artificielle sera au service des gens bosseurs, pas des fainéants. Elle tend à amplifier les inégalités sociales, en récompensant les individus déjà dotés de capital cognitif, technique ou organisationnel. Loin d’être un outil d’émancipation universelle, elle risque de creuser les écarts entre ceux qui savent l’utiliser et ceux qui en dépendent passivement. Une raison de plus pour en faire un outil de transition — et non de domination.

 

Et si l’IA, avant de disparaître, nous aidait à réapprendre à vivre sans elle ?

 

Florian Mazé

Auteur de SF Low-tech Punk


Lire l'article complet, et les commentaires