« Linternux » : Linux 2.0 avec le Web 2.0 comme plate-forme ?
par Didier Durand
mercredi 15 mars 2006
Le terme Linternux est une invention de mon cru (Google ne trouve aucune citation sur ce terme à ce moment).
Je veux synthétiser par ce nom la fusion entre les concepts de système d’exploitation Open Source (avec Linux comme emblème), mashups & web 2.0.
C’est à David Berlind de ZDNet qu’il faut attribuer la paternité de cette fusion.
Je parle abondamment de ces concepts depuis plusieurs mois en étant conscient (voir fin du billet) de ne pas arriver à les lier de manière cohérente.
En 2 schémas comparatifs, D. Berlind (plus efficace que moi !) crée "le chaînon manquant" en faisant le bon parallèle sur 3 couches entre le présent et le futur.
- les applications restent les mêmes (plus ou moins...). Elles sont justes logées dans le navigateur et utilisent la puissance d’AJAX et de DHTML (HTML dynamique) au lieu d’utiliser le système GUI
de l’ordinateur. Linternux n’est donc pas qu’une plate-forme technique
mais un vrai système qui rend(ra) les services fonctionnels attendus.
- Ces applications utilisent l’ensemble des API du web 2.0 (déjà abondantes !) pour rendre leurs services sous forme de mashups basiques ou de "vraies" applications structurées comme Zimbra.
Linternux est donc aussi doté d’un ensemble de services libres d’accès
à des développeurs tiers pour y créer un écosystème (prospère ?).
- elles
vont chercher la puissance de calcul, les données stockées ou des
services plus complexes à travers l’Internet avec des protocoles /
architectures comme REST ou SOAP. Internet devient le bus interne de Linternux
En outre, D. Berlind met en avant l’avantage spécifique de Linternux : un système 100% ouvert à l’innovation qui lui rappelle le papier séminal de E. Raymond, la Cathédrale et le Bazar (à lire impérativement !).
J’ai
extrait en fin de ce billet 2 passages de ce papier qui me semblent
(surtout le premier) bien refléter l’ouverture complète de Linternux :
personne n’a besoin de sélectionner (comme la communauté Linux doit le
faire pour ses distributions) les API et services inclus dans
Linternux.
Les API et les services sont tous égaux au départ, i.e.
accessibles par un appel interactif au-dessus du Web. La sélection
darwinienne du Web 2.0 fera le reste pour déterminer ceux qui doivent
survivre !
Dion Hinchliffe a construit
sur cette première vision de D. Berlind pour fournir un schéma plus
complexe qui met en place les interactions entre les couches internes
de Linternux.
Elles mettent en lumière la complexité naissante de Linternux : quand on voit les interdépendances, on peut s’inquiéter de la fiabilité !
Mais, finalement, ce sont quand même les immenses progrès dans ce domaine de ces dernières années qui permettent d’oser envisager puis publier de telles visions. Tout n’est pas à 100% parfait aujourd’hui, il faut juste laisser encore un peu de temps au temps !
PS : extraits de la Cathédrale & Le Bazar
extrait 1
"Le
style de développement de Linus Torvalds - distribuez vite et souvent,
déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la
promiscuité - est venu comme une surprise. À l’opposé de la
construction de cathédrales, silencieuse et pleine de vénération, la
communauté Linux paraissait plutôt ressembler à un bazar, grouillant de
rituels et d’approches différentes (très justement symbolisé par les
sites d’archives de Linux, qui acceptaient des contributions de n’importe qui) à partir duquel un système stable et cohérent ne pourrait apparemment émerger que par une succession de miracles."
extrait 2
"Linus cherchait directement à maximiser le nombre de personnes-heures jetées dans la bataille du débogage et du développement, au prix éventuel d’une certaine instabilité dans le code et de l’extinction de sa base d’utilisateurs si un quelconque bogue sérieux se révélait insurmontable. Linus se comportait comme s’il croyait en quelque chose comme :
8. Étant donné un ensemble de bêta-testeurs et de co-développeurs suffisamment grand, chaque problème sera rapidement isolé, et sa solution semblera évidente à quelqu’un."