Nucléaire : le temps de la désillusion

par olivier cabanel
vendredi 17 juillet 2009

Alors que le chef de l’état s’ingénie à nous faire croire qu’il vend du nucléaire à tour de bras, une réalité plus pragmatique se fait jour, contredisant les annonces sarkozystes

A chacun de ses voyages, Nicolas Sarkozy assure qu’il a vendu une ou plusieurs centrales nucléaires.

Qu’en est-il réellement ?

Certes, il y a bien 30 réacteurs construits en Chine, mais ils avaient été commencés bien avant la crise.

Depuis, c’est une longue série d’annulations.

Par exemple, le 5 décembre 2008, l’Afrique du Sud, (12 réacteurs prévus) a annulé le projet. Le 25 mars 2009, le Japon a « repoussé » la construction du réacteur prévu.

Depuis l’accident japonais qui a touché la plus grosse centrale du monde, à la suite d’un tremblement de terre, celle-ci est toujours à l’arrêt, ceci expliquant peut-être cela.

La série noire continue, puisque aux Etats Unis, « Ameren UE » a annulé un projet EPR dans le Missouri. L’élection d’Obama n’est peut-être pas étrangère à ce revirement.

Et puis, l’EPR n’est pas certifié aux USA, car il ne peut résister au crash d’un avion de ligne, et le gouvernement britannique envisage d’interdire sa construction.

Le 29 juin dernier, le Canada a annulé le remplacement de deux réacteurs en Ontario, et pour faire bonne mesure, Exelon a annulé le projet de 2 réacteurs au Texas.

En Finlande, Areva connaît quelques déboires, puisque les entreprises faisant leur compte finissent par trouver trop cher la technique EPR nucléaire, et s’étonnent du quasi doublement du prix initial, tout comme à Flamanville, sans oublier les défauts techniques constatés en Finlande, comme en France, et les retards considérables pris par les deux chantiers.

Comme le dit Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau sortir du nucléaire, « si l’on veut compter réellement le nombre de contrats signés, on arrive à un compte vite fait : zéro.

En effet, lors de ses nombreux déplacements, ont été signés ici ou la, soit un mémorandum d’entente, ou un accord de coopération, mais ces textes, évoquant l’hypothèse de la vente de réacteurs EPR par la France n’ont aucune valeur contractuelle ». En réalité, le seul réacteur EPR qui risque d’être construit, le serait à Penly, si Nicolas Sarkozy est réélu en 2012.

Ailleurs, au Tricastin, le feuilleton de l’été dernier rebondit, avec de nouvelles fuites récentes.

Cerise sur le gâteau, deux travailleurs de l’usine de retraitement de la Hague, qui se définissaient eux-même comme des « enfants du nucléaire » viennent de se porter partie civile contre AREVA pour empoisonnement et mise en danger de la vie d’autrui.

Jean Emmanuel Reinhardt et Yannick Couchevelou affirment avoir été gravement irradiés lors d’une mission que leur avait donné l’employeur.

« Pour accéder à la canalisation qui devait être rincée, nous avons reçu l’ordre de couper un cadenas. Dès l’ouverture, nous avons respiré un air chargé de plutonium. Nous sommes restés 45 minutes en zone polluée. Tous les appareils de contrôle étaient bloqués au maximum. Il a fallu plusieurs douches pour revenir à un niveau contrôlable, et pourtant nous avons été autorisés à rentrer chez nous ».

Déboutés par le procureur de Cherbourg, ils n’entendent pas en rester là, et ont décidé de relancer la justice avec l’appui d’un responsable du syndicat professionnel autonome des agents de l’énergie nucléaire.

Ce qui a valu au dit responsable d’être mis à l’index par l’employeur et par le syndicat.

Décidément la transparence n’est pas bienvenue dans le monde nucléaire.

Areva continue de prétendre qu’il n’y a aucun risque sanitaire pour les deux opérateurs, faisant valoir que les calculs ont été expertisés par l’IRSN et validés par l’ASN.

Comme le dit Louis Laroque, dans un article récent de l’hebdo « le Point »  : « l’indépendance des contrôles paraît en cause. ASN et IRSN travaillant sur la base des données fournies par le groupe nucléaire  »

Pour terminer sur cette débâcle, il est temps d’évoquer le projet d’augmentation du tarif de l’électricité qu’EDF compte mettre en place très bientôt : 20% !

Après avoir racheté trop cher British Energy (15 milliards) et 5 milliards 50% des activités nucléaires de l’électronucléaire américain Constellation, Pierre Gadonneix, le PDG tente de sortir EDF de l’ornière dans laquelle il l’a plongé.

Or, même si l’Etat consent à cette douloureuse augmentation, il n’est pas sûr que cela suffise, puisque l’endettement d’EDF a explosé de 50% (24,5 milliards d’euros).

Comme disait un vieil ami africain : « avoir de grandes oreilles ne permet pas d’entendre mieux »


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