Nommé en 1933 secrétaire général à la Martinique, Félix Eboué y remplace de juillet 1933 à janvier 1934 le gouverneur titulaire parti en congé pour deux ans. Après la Martinique, c’est le Soudan français et Félix Eboué est enfin élevé au rang de gouverneur et nommé à la Guadeloupe en 1936. C’était le premier noir qui accédait à un grade aussi élevé. En Guadeloupe, il met en pratique son esprit de conciliation dans un contexte social troublé C’est dans cette colonie, à l’occasion de la remise solennelle des prix le 1er juillet1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pître, qu’il adressa à la jeunesse d’Outre-Mer son célèbre discours « Jouer le Jeu » dont voici quelques extraits :
Joué le jeu, c’est être désintéressé
Joué le jeu, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l’échelle des valeurs sur les critères de l’esprit.
Joué le jeu, c’est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c’est poursuivre la route droite qu’on s’est tracée.
Joué le jeu, c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés.
Joué le jeu, c’est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu’ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
Joué le jeu, c’est mériter notre libération et signifier la sainteté, la pureté de notre esprit...
Ce croire 1 personaje ai fore com1 en FranS.
On i fay l’ome d’1portanS,
é l’on n’ai souvant qu’1 bourjoi :
C’ai propreman le mal Fransois.
La sote vanité nous ai particuliaire.
Les Espagnols sont v1, mais d’1 otre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un Rat des plus petits voyait un Eléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une Sultane de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les Eléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.
Notre pays a ce terrible défaut de toujours se placer sur le terrain de la morale, ou plutot du préchi-précha. Cette attitude moralisante n’amène rien et ne fait que conduire une partie de la société à se radicaliser. En effet les Français « de souche » déclassés, relégués dans les cités hlm vivent un racisme insupportable et sont obligés de s’adapter à des cultures qui ne sont pas la leur et à des gens qui les rejettent.
La situation pourrait devenir explosive mais nous préférons la nier par idéalisme, là où nous devrions rechercher des solutions pour que nous puissions tous nous entendre avant qu’il ne soit trop tard. Les excès de certaines associations dans leur virulence à trouver chez tous les Français un quelconque racisme, vrai ou supposé, ne fait qu’envenimer les choses. L’immigration ne s’est intensifié qu’il y a une trentaine d’années, tout ne peut pas être rose tout de suite, mais les exigences des immigrationnistes sont telles qu’elles finissent par exaspérer tout comme celles portant sur une quelconque mises en rapport des cultures nouvellement venues. Si tout le monde ne laisse pas le temps faire son oeuvre, en tirant à soi la couverture, elle finira par se déchirer.
Félix Eboué était un sage lorsqu’il conseillait aux Antillais de « jouer le jeu » et d’aller en métropole pour s’instruire avec les bourses auxquelles ils avaient droit.
JOUEZ LE JEU ! Ce n’est pas aux Français de le faire.
Ce n’est pas le premier témoignage comme celui-ci que je lis. J’ai vraiment de l’estime pour ça, ce n’est pas facile de se déciller les yeux, il faut une certraine dose de courage. Bravo !