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Furax

Furax

enseignant, retraité

Tableau de bord

  • Premier article le 14/04/2009
  • Modérateur depuis le 11/05/2010
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Derniers commentaires



  • Furax Furax 27 décembre 2009 22:17

    Document fourni par : www.de-ecclesia.com

    PIE XII ET LES JUIFS
    La vérité « oubliée » par les médias...

    Origine de la « légende noire » sur Pie XII

    Rien d’autre qu’une pièce de théâtre du dramaturge allemand d’extrême gauche Rolf Hochhuth, « Le Vicaire », écrite en 1959 et publiée en 1963, répandue avec le soutien de... Costa Gavras, qui en tirera son film « Amen », insulte quasi raciste à l’égard de l’Eglise.

    Pourtant, le Saint-Office avait publié, en 1928 - donc avant la pièce ! - une condamnation claire et nette de l’antisémitisme. Certains, aujourd’hui, veulent faire croire qu’il a fallu attendre le Concile de Vatican II pour entendre l’Eglise s’élever contre l’antisémitisme. On voit aisément que cette critique est faite de mauvaise foi.

    Un exemple de mensonge professionnel parmi d’autres...

    On aura vu fleurir les initiatives médiatiques pour salir la mémoire de Pie XII. Comme toujours, leurs auteurs sont incapables de prouver la valeur de leur recherche historique...

    La plus belle preuve de mensonge médiatique s’obtient aisément en comparant deux éditoriaux contradictoires du New York Times :

    25 décembre 1942 : "La voix de Pie XII est bien seule dans le silence et l’obscurité qui enveloppe l’Europe ce Noël... Il est à peu près le seul dirigeant restant sur le Continent européen qui ose tout simplement élever la voix"

    18 mars 1998 : "Une enquête complète sur la conduite du pape Pie XII est nécessaire... Il revient maintenant à Jean Paul II et à ses successeurs de franchir un nouveau pas vers la pleine reconnaissance de la faillite du Vatican à s’opposer correctement au mal qui a balayé l’Europe".

    Oui, certainement, ce ne sont pas les mêmes journalistes qui ont écrit ces deux éditoriaux. Mais si les deux savent écrire, on peut en tout cas vérifier que le second ne sait pas lire. Dommage, pour un journaliste !

    Autre exemple lamentable, celui du journaliste anglais John Cornwell, auteur de "Le pape de Hitler. Histoire secrète de Pie XII", qui a prétendu proposer par cet ouvrage la "première approche scientifique de Pie XII" (Sunday Times du 12 septembre 1999), et avoir été le premier et le seul à accéder aux Archives Vaticanes de la Secrétairerie d’Etat de Sa Sainteté dans le courant de l’année 1997.
    Problème pour Cornwell : la présentation qu’il fait de sa visite est non seulement niée par une note du Saint-Siège (Documentation Catholique n°2216), mais aussi par d’autres historiens.

    En effet de nombreuses personnes ont effectué cette visite avant lui, dont Madame Emma Fattorini qui avait publié cinq ans auparavant "L’Allemagne et le Saint-Siège. La nonciature de Pacelli entre la grande guerre et le République de Weimar" aux éditions Il Mulino. Donc l’ouvrage de Cornwell ne constitue certainement pas la « première » approche scientifique de Pie XII !
    Mais John Cornwell aura menti deux fois. En affirmant de surcroît qu’il avait effectué un travail de recherche sur Pie XII, il a soigneusement omis de préciser que ses investigations avaient porté uniquement sur les périodes 1913 - 1915 et 1918 - 1921. Or... Pie XII n’était pas encore pape ! Et la « recherche » n’est en fait qu’un fragment de recherche. Au total, un ensemble d’erreurs que même un universitaire débutant ne commettrait pas.

    Lors de ses visites, qualifiées de « sporadiques » et "parfois très brèves" par les gardiens des archives, John Cornwell aura donc construit « sa » vérité à lui, et non celle de l’Histoire. On attend toujours ses explications...

    Faits historiques : le Vatican s’oppose fermement à Hitler dès 1938, sous Pie XI

    Le pape Pie XI avait prévu, en cas de demande de visite au Vatican de la part de Hitler, qu’il lui soit demandé comme condition sine qua non des excuses publiques pour la persécution que son régime infligeait à l’Eglise allemande : le pape disait considérer « Monsieur Hitler » comme "le plus grand ennemi du Christ et de l’Eglise des temps modernes".

    L’incompatibilité entre christianisme et nazisme s’était manifestée clairement lors de la « Nuit des longs couteaux » (30 juin 1934) : Hitler avait fait exécuter les chefs nazis dont il craignait la trahison, mais aussi trois responsables de l’Action catholique allemande : Klausener, Probst et Fritz Beck.

    Dès lors Hitler montre qu’il veut créer une « Eglise » à lui (ce processus politique se rencontrera peu après en Thécosolovaquie, et on le trouve aujourd’hui en Chine). La persécution qui s’ensuivit contre les associations et la presse catholiques, en particulier sous forme de procès intentés à des clercs sur fausse dénonciation, incitèrent les évêques allemands, il faut le souligner, à demander à Pie XI de condamner le nazisme. Le pape répondit par sa célebre encyclique "Mit brennender Sorge«  ( »Avec un très grand regret"), qui fut diffusée en Allemagne sous le manteau et lue le Dimanche des Rameaux, 21 mars 1937, en guise d’homélie dans toutes les paroisses catholiques.

    Pie XI avait évoqué une possible visite de Hitler au Vatican au cours d’une conversation confidentielle, le 7 avril 1938, avec Bonifacio Pignatti, alors ambassadeur du gouvernement fasciste italien près le Saint-Siège.

    Pignatti avait informé Mussolini et son ministre Ciano que Pie XI déplorait « l’apothéose de M. Hitler » qui se préparait à Rome, et comparait le Führer à l’Antéchrist : "La persécution menée contre l’Eglise catholique en Allemagne était son oeuvre, entièrement et seulement sienne, et l’on en savait désormais assez pour pouvoir l’affirmer sans crainte d’un démenti".

    Le Saint-Siège ne faisait pas mystère de sa position. Et Hitler ne demanda pas à être reçu au Vatican. De fait, lors de sa venue à Rome, le 3 mai 1938, Pie XI était parti ostensiblement à sa résidence d’été de Castelgandolfo, interdisant que l’on hisse le drapeau du Reich sur quelque édifice de l’Eglise que ce soit, et L’Osservatore Romano de ce jour-là ne dit rien de la visite, mais publia à la Une une déclaration dénonçant le racisme.

    Ces faits sont consignés dans un dossier du Ministre italien des Affaires étrangères de l’époque, Galeazzo Ciano, dans les Archives historiques de la Farnesina (le Quai d´Orsay romain), datant d’avril 1938, soit un mois avant le voyage d’Hitler à Rome, à l’invitation du « Duce », Benito Mussolini.

    Les documents ont été publiés en mars 2001 à l’Institut polygraphique de l’Etat, par l’historien italien Gianluca André, professeur d’histoire politique internationale à l’université de Rome, dans un nouveau volume des "Documents diplomatiques italiens" (1er semestre 1938). Les documents diplomatiques de l’Europe de l’époque ne sont en effet pas tous publiés et ne cessent d’apporter des lumières sur l’hostilité des papes au nazisme.

    Pie XII : opposition immédiate au nazisme

    Après la mort de Pie XI, son successeur prend pour nom Pie XII, signe fort du nouveau pape indiquant que la politique de Pie XI serait poursuivie. Le nouveau pape est aujourd’hui décrit comme un personnage hautain et désincarné. L’on se trompe beaucoup à propos de ce pape qui, lorsqu’il utilisait le réseau téléphonique interne du Vatican, se présentait par un simple « Ici Pacelli... ».

    Pie XII, donc, s’inscrit dans la démarche de Pie XI. A peine élu, il écrit sa première encyclique : « Summi Pontificatus ». Les polémiqueurs actuels reprochent à Pie XII de ne pas y avoir mentionné les juifs. En quelque sorte ils ont raison. Car Pie XII a fait bien mieux : il les nomme « fils bien-aimés »  ; de ce fait, effectivement, le mot « juif » n’est pas écrit (! !!). La stratégie de Pie XII est probablement trop subtile pour certains esprits actuels, qui ne comprennent pas l’enjeu : il s’agit de contrer l’idéologie nazie. Pie XII écrit que ces « fils bien-aimés » font partie de la « famille humaine ». Peut-on mieux contredire les théories racistes des nazis, qui présentent les juifs comme des « sous-hommes » ? Le comportement même de nazis nous permet de comprendre la valeur de l’encyclique « Summi Pontificatus » : 88.000 exemplaires sont lâchés par les avions alliés sur l’Allemagne... or la jeunesse hitlérienne reçoit l’ordre de ne pas en laisser subsister un seul exemplaire. Voilà bien la preuve que le propos de Pie XII était détesté par les nazis.

    Pour preuve encore son message de la Noël 1942, qui provoque une grosse colère de Hitler.

    Témoignage d’un officier allemand (décembre 2000)

    Dans l’Osservatore Romano du 19 décembre 2000 est paru l’entretien de Helmut Ruppert, journaliste du « Katolische Nachrichtenagentur », avec Nikolaus Kunkel, 80 ans. Ce dernier, officier pendant la seconde guerre mondiale, fut affecté en 1943 au quartier général allemand de Rome.

    Son témoignage est sans ambiguité. Profitant de moments d’incertitude et de désordre dans les organes dirigeants italiens, les SS avaient résolu d’appliquer à Rome "la solution finale de la question juive".

    Le quartier général s’attendait à recevoir l’ordre d’occuper le Vatican, et l’ambassadeur d’Allemagne auprès du Saint-Siège connaissait l’intention d’Hitler decapturer le pape Pie XII et de tirer sur lui en cas de fuite (rapporté dans « L’Osservatore Della Dominica » du 28 juin 1964 par un de ses collaborateurs).

    Les organismes dirigeants italiens étaient alors divisés entre pro et anti collaboration. Cette pagaille arrangeaient alors le commandant allemand du Q.G., un catholique peu soucieux d’aider la Gestapo à se saisir du pape (rappelons ici que la Gestapo étaient généralement détestée par les Militaires allemands).

    Le 16 octobre 1943 les SS entreprirent la rafle des 8000 juifs résidant à Rome. Ce jour là, 1000 d’entre eux furent arrêtés. Pour tenter de faire cesser cette opération, le supérieur général des Salvatoriens ainsi qu’un autre prélat se rendirent immédiatement au Quartier Général allemand pour informer l’occupant que Pie XII s’adresserait à l’opinion publique mondiale si les persécutions ne cessaient pas. Cette tentative réussit, puisque la rafle prit fin le lendemain sur ordre d’Himmler.

    Le lieutenant Nikolaus Kunkel estime aujourd’hui que parmi les 7000 juifs passés à travers les mailles du filet nazi, beaucoup ont trouvé refuge au Vatican dont les accès sont toujours restés ouverts. Il remarque aussi que le commandant du quartier général allemand, qui était catholique, a été muté quelques jours après sur le front russe malgré une santé fragile. Il estime d’autre part que si Pie XII s’était publiquement opposé à Hitler, les catholiques Allemands ainsi que ceux des pays occupés auraient à leur tour subi des persécutions.

    Témoignage d’un prêtre (février 2001)

    Le 19 février 2001 le Père Peter Gumpel, sj, postulateur de la cause de Pie XII, raconte la réaction du pape à la nouvelle de la rafle de Rome :

    Pie XII fut informé tôt le matin par la princesse Pignatelli Aragona. Il appela immédiatement par téléphone le secrétaire d’Etat, lui ordonnant d’appeler l’ambassadeur d’Allemagne le baron Hans Von Weizsäcker, et de protester formellement. Mais il ne se limita pas à cela. Il fit le choix décisif d’utiliser l’un de ses étroits collaborateurs secrets, le Supérieur Général des Salvatoriens, le Père Pancrazio Pfeiffer, qu’il envoya auprès du général Stahel, commandant à Rome, qui eut ensuite le courage de donner un coup de téléphone furieux à Himmler.

    Himmler, prit peur et ordonna immédiatement la cessation de cette persécution. Toutes les maisons ecclésiastiques de Rome reçurent alors l’ordre de procurer toute l’aide possible à la population juive persécutée, et ainsi des milliers de vies humaines furent épargnées. On estime que pour la ville de Rome, l’Eglise sauva 4.447 personnes. A la suite des protestations de Pie XII, l’opération, qui devait durer deux jours, fut arrêtée le jour même à 14 heures : mille des huit mille Juifs réclamés par Hitler furent cependant déportés.

    Témoignages de juifs durant l’après-guerre

    Les arguments historiques ne suffisant pas aux pseudos historiens, il faut donc écouter ceux dont on n’osera pas mettre en doute la parole. Qui ? Des allemands ? Des catholiques ? Non : des juifs ! Beaucoup d’entre eux n’ont pas peur de dire la vérité, parfois contre d’autre juifs, plus jeunes (beaucoup trop jeunes d’ailleurs  !). Voici donc un rappel des principaux témoignages, sans commentaires.

    Le grand rabbin de Rome, Israele Zolli (contemporain de Pie XII) : "La rayonnante charité du Pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes correligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me convertir au catholicisme". Oui : le grand rabbin de Rome s’est converti au catholicisme après avoir obeservé Pie XII !... Quel démenti sans appel pour les accusateurs de ce pape !

    (Ce témoignage est a rapprocher de cet autre juif, caché à la basilique St-Jean de Latran, pour qui l’on fit faire une soutane pour qu’il soit caché parmi les servants d’autel durant les cérémonies religieuses. Son souvenir fut tel que peu après il se convertit lui aussi au catholicisme !)

    29 novembre 1944 : soixante-dix juifs sauvés par Pie XII viennent au Vatican pour lui dire leur reconnaissance.

    9 février 1948  : une quarantaine de représentants de "l’United Jewish Appeals" effectuent la même démarche.

    26 mai 1955 : un orchestre de 94 instrumentistes juifs venant de quatorze pays différents interprètent devant Pie XII la 9ème Symphonie de Beethoven "en reconnaissance de l’oeuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour sauver un grand nombre de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale".

    Lors du décès de Pie XII, en 1958, Madame Golda Meir, Premier Ministre israélien, déclare devant l’O.N.U. : "Nous partageons la douleur de l’humanité pour la mort de Sa Sainteté Pie XII (...) nous pleurons un grand serviteur de la paix et de la charité. Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes."

    Retenons enfin l’affirmation du juif le plus célèbre, Albert Einstein lui-même, qui affirmait dès 1940 : "L’Eglise catholique a été la seule à protester contre les assauts hitlériens portés à la liberté".

    Car s’il faut dénoncer des silences, ce n’est certainement pas Pie XII qu’il faut pointer du doigt, mais bien plus Roosevelt et Churchill qui dans le même temps se sont gardés de dire quoi que ce soit. Pour la France ce n’est guère mieux : le général de Gaulle n’a jamais fait la moindre déclaration pour condamner l’anti-sémitisme nazi ! Voilà un sujet tabou  ! Ainsi les piètres historiens qui dénoncent les silences de Pie XII veulent faire du bruit avec du vide, et par contre ferment les yeux sur un autre silence...



  • Furax Furax 25 décembre 2009 21:46

    Je vous souhaite bon et long séjour en Papouasie. Je vais me délecter avec Dostoïevski en écoutant Jean-Sébastien.



  • Furax Furax 25 décembre 2009 19:03

    Au début de votre article sur les papous, vous parles du « remaquable film de Costa Gavras, Amen » :

    « Amen », un film tiré du livre de Hochhut, « le Vicaire » sorti dans les salles en 2002 (NDT : encore une fierté française !) et réalisa un flop international, s’attirant des critiques très négatives (NDT : pas en France où il souleva l’enthousiasme des foules germanopratines). Hochhut, de son côté, a récemment été pris la main dans le sac en train de louer les travaux de l’historien révisionniste et négationniste David Irving, se discréditant ainsi un peu plus."
    William Doino

    Je vous le répète donc...



  • Furax Furax 25 décembre 2009 16:00

    C’est un concours de conneries ou quoi ?



  • Furax Furax 25 décembre 2009 15:52

    Il est navrant d’être obligé de se répéter sans cesse...
    Après la guerre, le grand rabbin de Rome, Israële Zolli s"est converti au catholicisme en prenant pour nom de baptême Eugénio (et safemme Eugénia), en hommage qu Pape Pacelli. C’était, comme Golda Meïr, un homme qui ne savait certainement rien des activités du Pape...
    Le RABBIN David Dalin a publié « Le mythe du Pape d’Hitler »où il démontre que la plupart des pièces du dossier monté contre Pie XII ont été fabriquées ou financées(Le Vicaire) par le KGB.

    Enfin :

    « Pourquoi nous avons publié »la guerre de Pie" par William Doino, Jr (Catalyst, avril 2005)

    Il y a huit ans précisément ce mois-ci, le magazine "the New Yorker« publia un article exceptionnellement long, sous le titre »le silence« . Ecrit par le prêtre »défroqué" James Carroll - aujourd’hui éditorialiste au Boston Globe, cet article soutenait qu’à la fois la doctrine de l’infaillibilité papale et l’insistance de l’Eglise sur "la primauté de Jésus comme vecteur de rédemption" étaient fausses et causes de nombreux malheurs au travers de l’Histoire. Se fondant sur son interprétation erronée de l’infaillibilité papale - étonnante pour un ancien élève du séminaire, Carroll affirmait que cette doctrine empêchait l’Eglise de reconnaître ses propres torts, et forcait Jean-Paul II au silence en face de « péchés institutionnels majeurs ». "La doctrine de l’infaillibilité« , concluait Carroll, »est semblable à un virus qui paralyse le corps de l’Eglise.

    « Le silence » entraîna une mini-polémique, et devint rapidement un texte incontournable pour les anti-catholiques, et un sujet de conversation chez les « bobos » (NDT : traduction personnelle de "chattering classes", les intellectuels si l’on veut). Mais ce qui faisait sensation dans cet article, ce n’était ni les attaques contre le pape, ni contre la doctrine d’infaillibilité, ni même les nombreuses erreurs théologiques et historiques qu’il comportait. Ce qui fit sensation, c’était la tentative de Carroll pour faire porter au pape Pie XII, et donc à l’Eglise Catholique toute entière, la responsabilité de l’Holocauste.

    Ces attaques de Carroll n’avaient rien de nouveau. Dès 1943, la propagande soviétique faisait circuler des fables sur la collaboration présumée de Pie XII avec l’Allemagne hitlériennne, cherchant ainsi à semer le trouble parmi les fidèles. Après la guerre, ces mythes communistes furent repris par l’écrivain Rolf Hochhuth - par ailleurs un ancien membre des jeunesses hitlériennes, dont la pièce « le Vicaire » (1963) cherchait à transférer la culpabilité de l’Allemagne sur un pape italien. Le livre de Hochhuth dépeignait un Pie XII faible et avare qui aurait pu empêcher l’Holocauste par quelques déclarations, mais préféra garder le silence, en raison justement de ses faiblesses et de ses intérêts financiers. L’article de Carroll dans le New Yorker se contenta de résumer les accusations de Hochhuth et les élargit.

    Bien que de nombreuses voix s’élevèrent en réponse à l’article du New Yorker (...), les attaques de Carroll contre la papauté encouragèrent les polémistes anti-papistes, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise, à publier leur propre salve. En quelques années, une véritable industrie littéraire anti-Pie XII et anti-catholique émergea : « Hitler’s Pope » de John Cornwell (1999), « Papal Sin » de Gary Wills (2000), "Under his very window« de Susan Zuccotti (2000), »The Catholic Church and the Holocaust, 1930-1965« de Michael Phayer (2000), »The Popes Against the Jews« de David Kertzer (2001), »Constantine’s Sword" du même Carroll (2001), et enfin « A Moral Reckoning » de Daniel Jonah Goldhagen (2002) (NDT : j’ai laissé en anglais les titres car je ne sais pas si ces livres ont été publiés en français à part celui de Cornwell).

    Sur les plateaux des talk-shows et dans les colonnes des journaux universitaires, ces livres, en dépit de leurs nombreuses erreurs grossières, étaient accueillis avec enthousiasme. Un homme toutefois, resta dubitatif : le rabin et historien David Dalin. Scandalisé par ce qui lui semblait un détournement et une récupération de l’Holocauste à des fins partisanes, Dalin décida de répondre. Diplômé en histoire et en théologie, et participant du dialogue judéo-chrétien depuis longtemps, il avait à la fois la légitimité et le bagage universitaire nécessaire pour rétorquer aux anti-papistes, et pour écrire avec précision sur l’Eglise Catholique et l’Holocauste. Le résultat fut une série d’articles, dont le plus important, son premier, publié sous le titre « Pie XII et les juifs » le 26 février 2001 dans le Weekly Standard (NDT : excellent magazine conservateur américain), résuma en 5000 mots l’ensemble de la controverse.

    Traduit en plusieurs langues, l’article de Dalin devint l’un des articles les plus repris sur Pie XII. Ce qui frappa le plus de nombreux lecteurs, ce ne fut pas la réfutation magistrale, point par point, des arguments des détracteurs de Pie XII, mais plutôt sa conclusion : "Pie XII fut un authentique et sincère Juste" (NDT : en référence aux Justes d’Israël, titre décerné par le mémorial Yad Vashem aux protecteurs des juifs, en particulier pendant le 2 ème G.M.).

    Bien évidemment, l’article de Dalin ne fut pas du goût de tous, en particulier de ceux qui avaient fait une petite fortune sur le mythe du Vicaire, ou ceux dont les désaccords idéologiques avec l’Eglise était soutenus et renforcés par cette fable. Les attaques redoublèrent de férocité. Dans un article publié dans le journal First Things, Joseph Bottum développa la thèse que, bien que les partisans de Pie aient démoli systématiquement les accusations contre le Pontife, ils avaient perdu la guerre au sens large, celle de la réputation de Pie, car les ennemis du Pape demeuraient beaucoup plus puissants. Cette conclusion de Bottum apparait prématurée.

    En réalité les partisans de Pie XII voyaient leur influence grandir, aux Etats-Unis comme dans le monde. En évoquant cela, nous avons décidé de réunir en une seule anthologie les réponses apportées aux critiques récentes de Pie, d’une façon systématique et mesurée. Le résultat, c’est le livre "The Pius War : Responses to the Critics of Pius XII", édité par Bottum et Dalin, et publié par Lexington Books.

    Les cent premières pages du livre réunissent les meilleurs compte-rendus critiques, sélectionnés parmi des centaines, des différents livres publiés au cours de la dernière décennie. Les critères de sélection furent l’éloquence, la force de persuasion, la finesse de la connaissance, et plus que tout la précision historique, car ces contributions s’avéreraient inutiles si elles ne pouvaient démontrer leur validité.

    Ensuite, deux éminents historiens de l’Eglise, l’allemand Dr. Rainer Decker et le frère John Jay Hughes, rétorquent respectivement au livre de Cornwell « Hitler’s Pope » et au livre de Michael Phayer "the Catholic Church and the Holocaust" - en expliquant ce qui s’est réellement passé lorsque les nazis ont raflés les juifs de Rome (thème de la pièce de Hochhuth). Le professeur Ronald Rychlak, le plus éminent spécialiste de Pie aux Etats-Unis, démoli la thèse de Susan Zuccotti selon laquelle Pie XII n’a « rien fait ou si peu » pour aider les juifs persécutés. Robert Louis Wilken, un éminent historien du Christianisme à l’Université de Virgine, délivre un coup fatal à la thèse de James Carroll dans "Constantine Sword". Justus George Lawler, enseignant et éditeur, s’occupe de la thèse de Gary Wills, truffée d’erreurs historiques. Le spécialiste des papes Russel Hittinger répond à David Kertzer (« The Pope against the Jews »). L’expert en archives John Conway critique les historiens qui évoquent régulièrement les mystérieuses archives « secrètes » du Vatican pour la période de la 2nde guerre mondiale, alors qu’ils n’ont manifestement pas juger bon d’étudier les archives déjà publiées du Vatican, qui occupent déjà onze volumes. Michael Novak se charge de la thèse de Daniel Goldhagen. Enfin Kevin M.Doyle ajoute une pépite inattendue au livre, une analyse de la prétendue « encyclique cachée » contre l’anti-sémitisme, prévue par Pie XI et soit-disant supprimée par Pie XII. Doyle démontre que cette encylique, loin d’être cachée, a au contaire été transformée et publiée seulement six semaines après le début de la guerre sous un nom différent, Summi Pontificatus, condamnant le racisme sous toutes ses formes. Ajoutez à cela le fameux article du rabin Dalin, ainsi qu’une introduction et une conclusion de Bottum.

    A la suite de ces articles se trouve ma propre contribution (NDT : celle de William Doino Jr.), une bibliographie annotée de 180 pages qui tente de fournir une grille de lecture de tous les aspects de la controverse, avec une focalisation sur la démonstration que Pie XII, loin de demeurer « silencieux », condamna au contraire l’anti-sémitisme, le racisme et le génocide, avant, pendant et après l’Holocauste. (...) Mon objectif était de procurer aux laïcs comme aux universitaires une « cartographie » intellectuelle et historique poux ceux qui veulent en savoir plus, et qui veulent savoir quels auteurs sont dignes de foi, et pourquoi.

    Aussi important que soit le livre « The Pius War » dans la redécouverte de la vérité historique, il ne tente pas de cacher ou de laver les fautes des « fils et filles » de l’Eglise Catholique pour reprendre l’expression de Jean-Paul II. De nombreux intervenants évoquent franchement l’anti-judaïsme et l’anti-sémitisme, et la bibliographie comporte une longue section dédiée aux relations judéo-catholiques, couvrant tous les aspects de cette relation tumultueux, les brillants comme les plus noirs.

    D’ores et déjà nous pouvons voir les signes du changement. « Amen », un film tiré du livre de Hochhut, « le Vicaire » sorti dans les salles en 2002 (NDT : encore une fierté française !) et réalisa un flop international, s’attirant des critiques très négatives (NDT : pas en France où il souleva l’enthousiasme des foules germanopratines). Hochhut, de son côté, a récemment été pris la main dans le sac en train de louer les travaux de l’historien révisionniste et négationniste David Irving, se discréditant ainsi un peu plus. John Cornwell a récemment déclaré qu’il était « impossible de juger » Pie XII au regard des « débats et éléments » qui ont suivi la publication de son livre « Hitler’s Pope », aujourd’hui discrédité. Même Susan Zuccotti, écrivant dans la publication « Holocaust and Genocide Studies » en Automne 2004, bien que maintenant son attitude hautement sceptique sur les efforts de Pie XII pour sauver les juifs, reconnait l’existence de preuves et d’éléments qu’elle a ignoré, et déclare qu’il existe "de la place pour un compromis et une réconciliation" des participants au débat. Ainsi, la vérité progresse, et continuera à progresser au fur et à mesure que des archives seront ouvertes, des livres seront écrits, et de nouvelles perspectives verront le jour.

    William Doino, Jr est un auteur catholique et un éditorialiste.

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