D’accord avec vous Ludo : en général les associations à vocation sociale se créent là où l’Etat a échoué dans ses prérogatives. C’est généralement quand des besoins ne sont pas reconnus que des personnes soumises aux mêmes problèmes finissent par créer une association. Or, ces associations n’ont pas vocation à perdurer dans le temps si l’Etat et les collectivités territoriales font leur boulot correctement.
A ce propos, j’espère que les décentralisations, en rapprochant les décideurs des problèmes de terrain, permettront de mieux répondre aux besoins des populations, et ce faisant, les associations n’auront plus vocation à prendre le relais de l’état.
Que Mr Devedjian réduise les subventions à des associations qui ont des excédents budgètaires, rien de plus normal, à partir du moment où cet argent est, soit redistribué vers d’autres associations qui ont des besoins, soit rendu au contribuable sous forme de baisses d’impots. L’important est que ces mêmes associations ne se voient pas refuser de subventions plus conséquentes les années où elles auront des besoins plus importants...
Rappelons que les associations sont, en principe, à buts NON LUCRATIFS. Pour l’année à venir, cet argent pourra sans doute trouver meilleure destination, ce ne sont pas les besoins qui manquent...
Vous dites : « L’élitisme laisse des élèves faibles sur le bas côté ».
C’est de mon point de vue un contre-sens total.
En fait, un système « élitiste » conserve les meilleurs dans un domaine donné, et oblige les moins bons, soit à se surpasser pour exceller à leur tour, soit les oblige à se réorienter dans un domaine qui leur est plus accessible, et où, qui sait, ils pourront à leur tour exceller et faire grandir cette discipline.
Par exemple, quelqu’un peut très bien ne jamais devenir architecte et devenir le meilleur des chefs de chantier, ou ne jamais être neuro-chirurgien et exceller en médecine générale.
Ce système des 80% pourrait être utile si le niveau de 80% d’une classe d’âge augmentait réellement, mais dans le cas présent, et à entendre les témoignages d’enseignants à la radio, c’est véritablement le niveau général que l’on baisse pour arriver à cet objectif de 80%. Bref, on tire le système vers le bas au lieu de faire monter le niveau des élèves. Tout ça pour dire : « regardez, on a réussit à amener 80% d’une classe d’âge au-delà du bac ». Complètement débile !
De plus, on ne forme plus pour les professions qui ont des besoins (infirmières, médecins, BTP...), mais on forme à gogo dans des domaines n’offrant aucun débouché (sciences sociales, profs de gym...). On fait donc « tourner un système » au lieu de l’adapter à la demande... C’est un luxe de pays qui a instauré le gaspillage d’énergie et de talent comme mode de fonctionnement.
Etrangement, aucun pays au monde ne copie cet « excellent » modèle... mais pourquoi donc ?
Votre exemple est finalement assez typique des limites du système : l’éducation nationale est prise dans une double injonction : intégrer les élèves porteurs d’un handicap (ce qui nécéssite souplesse, décloisonnement, disponibilité des personnels) d’une part, et réduction drastique du coût de la scolarisation en général, l’état étant hyper surrendetté d’autre part.
Le décloisonnement est évidemment une nécessité si l’on veut que le mot « intégration » ait un sens. En effet, si la CLIS n’est qu’une « classe à coté des classes », elle n’a d’intégrative que le nom, et l’on reproduit ici un système discriminant au sein même de l’école.
La véritable intégration, c’est quand le jeune porteur de handicap se retrouve au milieu des autres jeunes dans la même classe, et non pas avec d’autres enfants handicapés dans une classe séparée. sinon, on ne fait que nourrir une « illusion intégrative » de par l’unité de lieu, mais parler effectivement d’intégration est un abus de langage, voire une tromperie.
Le problème réel est donc de savoir si l’état a aujourd’hui les moyens financiers de sa politique de scolarisation des enfants porteurs de handicap...
Je rappellerai aussi la diversité du champ des handicaps : physiques ou moteurs, sensoriels, psychiques, mentaux, et sociaux, et parfois même combinés (polyhandicaps). La diversité de ces formes nécessitant, on s’en doute, une diversité dans les adaptations de la scolarisation.
Enfin, à l’heure où l’on ne jure plus que par l’intégration scolaire « en milieu ordinaire de vie », il n’est pas inutile de rappeler que les conséquences du handicap peuvent être aussi telles que l’intégration peut ne pas être la solution la plus adaptée pour le jeune. Mais là, c’est encore un autre débat dont les tenants et aboutissants économiques ne sont pas absents non plus...
Concernant les approches possibles de la prise en charge des personnes présentant des troubles autistiques, ce débat est souvent stérile. Toutefois, quelques constats s’imposent :
1) Il n’y a, à ce jour, et en tous cas à ma connaissance, aucun cas signalé de guérison. Donc, aucune méthode ne peut revendiquer cette capacité.
2) Ne pouvant guérir l’autisme, le débat pourra porter sur la capacité de telle ou telle méthode d’apporter ou non un mieux-être au patient, une meilleure adaptation sociale, une anxiété diminuée par rapport à son environnement, la facilitation de l’émergence de certaines potentialités d’autonomie, notament par rapport à des actes de la vie quotidienne.
3) Même si la psychanalyse a pu montrer une certaine efficacité dans le traitement de névroses ou de dépressions, ou apporter un certain éclairage sur la signification possible de certains comportements, il n’en reste pas moins que son approche de l’autisme est pour le moins contestée. Dans la grande majorité des pays, elle a d’ailleurs été abandonnée. Il n’y a plus apparament qu’en France, sans doute pour des raisons historiques, que la psychiatrie reste empreinte d’une telle approche de cette pathologie.
4) Avec les progrès de la science, la piste génétique se précisse un peu plus chaque jours. Même si les chercheurs n’ont pas encore mis en évidence LE gène de l’autisme, de sérieuses présomptions existent. D’ailleurs, il n’existe pas UN autisme, mais DES formes diffèrentes d’autismes, ce qui complique un peu la situation.
5) Même parmi les psychiatres et psychologues, certains admettent aujourd’hui qu’il y a eu des dérives dans l’utilisation faites de la psychanalyse dans l’approche de l’autisme. Une certaine culpabilisation des parents, sur le registre du « cet enfant était-il VRAIMENT désiré ? », ou encore une stérile attente de « l’émergence du désir » chez l’enfant autiste, inutile perte de temps (aussi efficace que d’attendre qu’un enfant ait envie d’aller à l’école avant de l’y inscrire...).
On aurait pu croire ces interprètations abandonnées depuis longtemps, pourtant nombre de parents peuvent encore témoigner de leur actualité...
6) Les méthodes comportementales ont l’avantage de proposer un cadre et des repères, qui permettent de par la répétition des exercices, et leur progressivité adaptée, à la personne autiste de se poser, de diminuer son anxiété, et de faire l’acquisition progressive de savoir-faires qui contribuent à lui donner une meilleure autonomie dans les actes de la vie quotidienne.
Les résultats étant présents dans la plupart des cas, pourquoi décrier ces méthodes ? Leur caractère répétitif laisse penser à certains qu’il s’agit d’une forme de dressage, mais en réalité, c’est parce qu’il y a répétition et isolement par rapport à des stimulis multiples qui parasitent l’apprentissage, que la personne autiste finit par apprendre, comme les autres élèves finalement, mais infiniment plus lentement...
7) Enfin, je vous rejoins sur l’approche pluridisciplinaire, mais surtout INDIVIDUALISEE. Personnellement, j’ai pu voir de jeunes autistes s’ouvrir aux autres et au monde, et sortir de leurs incessantes stéréotypies ou actes d’auto-agression, en pratiquant l’EQUITHERAPIE. J’en ai vu d’autres réussir à se poser grace au caractère répétitif et structuré du TEACCH, et aussi des non-verbaux amorcer une commnication grace au PECS, système de communication basé sur l’échange d’images...
En conclusion, je dirais qu’il faut avant tout être modestes (l’obtention de progrès étant souvent longue), mais surtout PRAGMATIQUES en retenant pour valable toute méthode qui génère du mieux-être, et en se souvenant que ce qui est efficace pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre.