Français, 54 ans, médecin spécialiste, diplômé de Sciences politiques, vit en Alsace, milite en faveur de la souveraineté nationale, de même que les deux autres signataires de la "Lettre ouverte aux parlementaires".
J’ajoute encore ceci à titre d’illustration : ici en Alsace, le Front National a toujours fait figurer dans ses tracts la défense de ce concept obscur et pernicieux du bilinguisme (en jouant sur l’ambiguïté de ce qu’il faut entendre par là : français/allemand ou français/alsacien ?) et je suppose qu’il en est de même partout où se pose la question, d’où une partie de son succès en Alsace bien sûr (pas du tout donc par conviction souverainiste prioritaire) mais aussi en Corse pour les mêmes raisons. La Bretagne résiste, elle, à cette tendance, à cause de son fond démocrate-chrétien, de l’importance du vote de gauche, et d’un particularisme fondé sur une culture plus vaste et plus profonde que ce n’est le cas pour l’Alsace (dialectes hétérogènes et non écrits) ou pour la Corse (culture régionale littéraire confidentielle), et authentiquement régionale.
Ce que vous dites est extrêmement intéressant. Le « souverainisme » est de droite comme de gauche, et il en va de même des régionalismes modérés ou extrémistes.
La raison n’est-elle pas que le grand clivage, la grande « contradiction » en langage marxiste, de la vie politique française n’est plus droite/gauche (qui existe bien sûr comme contradiction secondaire) mais plutôt fédéralistes-mondialistes/souverainistes.
Aucune de ces catégories n’est pure, et il faut regarder cela à la loupe. Ainsi, pour reprendre une typologie de mon ami Paul-Marie Coûteaux, le clivage fondamental en termes de partis politiques est : républicains/démocrates. Les Républicains, c’est la nation, l’égalité, le centralisme, le dirigisme, la francophonie ; les Démocrates, c’est l’Europe, les notables, les régions, les langues régionales, le libéralisme économique (très schématiquement).
Mettez cela en ordonnée puis mettez en abscisse droite/gauche. Dans le plan vous avez alors quatre quadrants, ce qui donne en tournant : républicains de gauche (Chevènement et un peu du PS), républicains de droite (Gaullistes, Villiers, une partie du Front National), démocrates de droite (une autre partie du Front National, le MNR, et surtout l’UMP majoritairement ainsi que les centristes démocrates-chrétiens et les libéraux), démocrates de gauche (une partie des centristes, et bien sûr la majorité du Parti socialiste, une grande partie de l’extrême gauche trotskyste, internationaliste et anti-nationale par essence (« Prolétaires de tous les pays, etc. »).
Ainsi, vous remarquez que je mets le Front National comme « démocrate de droite (ou d’extrême droite) ». La preuve ? En Alsace, en Corse, en Bretagne, en Flandre pour la Belgique, en « Padanie » pour l’Italie, etc., vous savez que le régionalisme fait bon ménage avec le Front, et il y a des frontistes (ce n’est pas en général la majorité, certes) qui s’accomoderaient bien d’une Europe fédérale, une Europe des régions, pourvu que ces régions aient justement l’aspect « ethniquement pur » (si j’ose dire) que nous dénonçons dans notre Lettre. Du reste, notre correspondant sur ce site d’Ar Brezonneg et d’ADSAV, comme vous le dites, me paraît illustrer ce que je dis. C’est, pour les Républicains, une raison de ne pas vouloir de la Charte qui entérine cette dérive ethniciste qui, en effet, a suscité pendant la guerre de fâcheux ralliements qui ne furent bien sûr et heureusement pas majoritaires, dans, en effet, nombre de pays conquis par le Reich, où l’idéologie que-nous-savons jouait sur ces divisions.
La dernière dépêche de l’AFP sur le séjour américain du président de la République, donne, au fond, le fond du débat : désormais, ce que les E-U veulent, la France le veut aussi... :
"Si M. Bush est affaibli par la guerre en Irak, M. Sarkozy est lui perçu comme l’homme politique qui a permis une relance institutionnelle de l’Europe et qui a joué un rôle de premier plan dans la libération des infirmières bulgares en Libye. Son élection en mai a suscité à Washington une grande attente, après les vives tensions sur l’Irak en 2003. JacquesChirac avait mené le front du refus à la guerre et ne s’était jamais entendu avec son homologue américain.
Le nouveau président, un fils d’immigré hongrois de 52 ans, a une image de dynamisme et une réputation d’être pro-américain qui lui vaut le surnom de « Sarko l’Américain ». « Les tensions personnelles des 50 dernières années entre la plupart des présidents français et le président des Etats-Unis n’existent plus », estime M. Serfaty. Pour lui, le fait que M. Sarkozy passe ses vacances aux Etats-Unis « est sans précédent » et son choix d’une maison à quelques dizaines de km de l’endroit où séjourne M. Bush n’est « sans doute pas une coïncidence ».
« Le message est de dire : la France gaulliste est révolue. La nouvelle France jeune, sans complexe, que vous avez devant vous, veut en faire davantage avec les Etats-Unis », analyse M. Moïsi. La Maison Blanche est allé jusqu’à parler de « nouvelle ère dans les relations » en présentant la rencontre."
Et allez donc... « Gaullistes » de l’UMP, vous êtes d’accord ? Et pour cela, sacrifier l’unité de la République aux séparatismes, c’est aussi votre projet ?
Moi, négligeant vos criailleries anti-républicaines, je vous demande : et comment on fait en Amérique du Nord ? (E-U et Canada : la fédération est pour quand ?) ; en Amérique du Sud ? (la même langue sauf le Brésil, ce serait pourtant facile !), en Asie ? On vit, on commerce, on voyage, et personne ne propose de se fédérer, les Nations prospèrent, personne ne veut disparaître. Il n’y a qu’en Europe, contre l’évidence, qu’on veut tout reconstruire, tout bouleverser, faire travailler les Bretons en Roumanie, avec des salaires roumains, of course (il y a des patrons qui osent proposer cela, oui, oui, absolument), recolter les patates à un bout de l’Europe, les laver à l’autre bout, avec force camions, chauffeurs-prolétaires absents de chez eux 5 jours sur 7, les conditionner à l’est, les vendre à l’ouest, au nom du libéralisme forcené (applicable partout, sauf pour les postes de fonctionnaires européens, non encore sous-traités en Chine). Alors, oui, on se demande comment on peut vivre sans être « européen ». Allons chercher la réponse à Genève, à Zurich, à Oslo, ailleurs encore dans le monde.
Alors, la proposition c’est : une grande confédération, avec un impératif pour les dirigeants en Europe de l’ouest : soyez obsédés du plein-emploi et de la sécurité de ceux qui vous ont fait l’honneur de voter pour vous, dans votre pays et, ensuite, mais ensuite seulement, on pourra parler de tout. Ca laisse du temps, car le plein-emploi, on en est loin. En attendant : frontières, droits de douane selon la parité des pouvoirs d’achat, quota d’importations, monnaies nationales et monnaie non unique mais commune. Quant à la PAC, chacun sait que la France est contributeur net, non sur l’agriculture mais en général au budget UE (moins que l’Allemagne, il est vrai, mais l’Allemagne sait, elle au moins, pourquoi elle consent ce sacrifice momentané à l’Europe ; il y aura, si tout se passe conformément au plan d’ensemble, un retour sur investissement, et pas seulement un retour industriel...) ; par conséquent, elle ferait mieux toute seule qu’avec Bruxelles. D’ailleurs la PAC a détruit la plupart des emplois agricoles, et entend détruire la plupart de ceux qui restent (pour faire place aux importations et à Monsanto). Au diable la PAC et la FNSEA ! Renationalisons la politique agricole ! La France est un grand acteur agricole, donnons-lui toutes ses chances ! Halte aux jachères (même, comme on le voit dans nos campagnes, aux « jachères fleuries ») : quelle absurdité, quel gâchis !
Hé ! Ho ! les Bretons ! Pourquoi êtes-vous si susceptibles, si aigris, si « écorchés vifs » ? La France vous aime, et ne serait pas la même sans sa chère Bretagne, chair de sa chair, sang de son sang. Mais certains d’entre vous, voilà qu’ils en pincent pour l’appel de la race, l’entre-soi, l’inter-celtique... Et en quelle langue parlerez-vous entre vous, je vous le demande. En anglais ? La démocratie, la vraie, pas celle de la tribu, ça suppose le débat. Et quand on ne parle pas la même langue, qu’est-ce que le débat ? Qu’est-ce que le forum ? La question ne vaut pas seulement entre Bretons et Irlandais, mais aussi entre Portugais et Lituaniens, etc. c’est même toute la question du déficit démocratique de l’Europe. Sans le débat, reste la « gouvernance », les juges, les Sages, les banquiers, les patrons, M. Barroso, M. Trichet, l’oligarchie, ceux qui connaissent mieux que le populo, et, en dernier recours, M. Busch...
Mais, gens de mer, on n’entend ici que des Bretons, et des Alsaciens, gens plus sages (pour le moment) que les Corses et les Basques, ceux-là qui font parler la poudre, qui ne rigolent pas. Perro ladrador, no mordedor, on dit en espagnol (les souverainistes parlent même parfois les langues étrangères !) et donc méfions-nous des silencieux...