Je vous conseille d’essayer de faire cours devant une trentaine de collégiens, ne serait-ce que pendant une heure, a fortiori pendant toute une année, et vous verrez si vous oserez encore évoquer la « quiétude de l’enseignement ». Car instruire une classe est quelque chose de difficile même si vous n’avez aucun problème de discipline. Passionnant certes, hautement gratifiant, mais difficile.
Par ailleurs, quelqu’un évoquait ici la prétendue réussite exemplaire de l’école finlandaise.
Mais cette « réussite » correspond aux caractéristiques et aux exigences de la société finlandaise, qui n’est pas la nôtre. Nous avions, nous, une école de masse faite pour cinquante millions d’habitants et qui fonctionnait aussi bien que faire se peut jusqu’à ce que nous nous acharnions nous-mêmes à en saper les fondements. Nos enseignants eux-mêmes se sont acharnés à contester leur propre autorité, ont épousé les théories pédagogiques les plus délirantes au nom de l’esprit frondeur qui est celui des Français. L’idée même de contrainte imposée aux enfants, « centres du système », était devenue insupportable aux yeux mêmes des « pédagogues ». Et pourtant, là où des principes simples, clairs et de bon sens continuent d’être appliqués, on trouve des établissements scolaires qui marchent bien, des professeurs qui professent et des élèves qui étudient.
« La meilleure école possible », comme vous dites, Chalot, c’est celle où tout enfant peut acquérir les bases des connaissances qui lui sont nécessaires pour se préparer à une vie professionnelle et personnelle future la plus épanouie possible.
Pour cela, il faut que deux conditions soient remplies, et deux seulement :
1) que les professeurs transmettent des connaissances solides et précises, autrement dit qu’ils fassent de bons cours au lieu de faire perdre leur temps aux élèves avec des méthodes pédagogiques vaseuses et improductives comme les « séquences » en français par exemple. Meirieu et ses disciples portent de ce point de vue une large responsabilité dans la déliquescence de l’enseignement ;
2) que les classes ne soient pas constamment perturbées par des élèves qui détestent étudier et le font savoir en mettant la pagaille. A cet égard, le communiqué de presse du Ministre de l’Education publié au lendemain du colloque sur la violence à l’école et qui déclare que les élèves qui perturbent un cours pourront en être éloignés aussi longtemps que nécessaire marque un réel progrès et permet d’espérer pour bientôt la fin du « bordel » dans les classes de collège.
Ces deux conditions peuvent être réunies dans un collège de ZEP aussi bien que dans un collège bourgeois.
Si elles ne sont pas remplies, vous pourrez baptiser « ambition réussite » tous les collèges que vous voulez, ce ne sera qu’un mot creux.
Comme Ministre de l’Education nationale, Allègre a énoncé au moins deux vérités :
1ère vérité : « Il faut dégraisser le mammouth. » Il voulait dire qu’il faut débarrasser les bureaux administratifs de l’E.N. des inutiles et des parasites qui s’y sont multipliés, et non pas diminuer le nombre de professeurs comme on le lui a fait dire à tort. Il avait vu juste. Mais au lieu de l’écouter, on a continué à faire le contraire.
2ème vérité (je résume) : « Le langage des chercheurs en pédagogie est un charabia pédant, insupportable et inutile. » Il avait parfaitement raison. Il suffit de lire quelques lignes de ceux qui, au lieu d’enseigner, ont fait profession de discourir sur la pédagogie (par exemple, Meirieu) pour s’en convaincre.