On est (presque) tous d’accord sur ce point. Sauf que Todd et les autres ne dénoncent pas l’usage de la manif et la récupération par les apprentis-sorciers de la gauche « morale », mais la manif en elle-même et les gens qui se sont mobilisés.
Oui, et la presse anglo-saxone va encore s’en repaître. Todd vient de nous livrer une cargaison de sentiments masochistes et de sophismes qui vont permettre à tous les « bashers » obsessionnels, mais surtout aux extrémistes de gauche comme de droite, de s’en donner à cœur joie en se parant en outre des vertus de la lutte contre le « système ».
Sauf que la gauche a visiblement la gueule de bois et commence à basculer dans la mauvaise conscience au sujet de cette manifestation - trop de « français blancs des classes moyennes » ça fait mauvais genre - et à enclencher la broyeuse sémantique de la reductio ad hitlerum.
L’ampleur de la manifestation a surpris les médias qui n’ont pas vraiment eu d’autres choix que de surfer cette vague qui a permis de vendre beaucoup de papiers (presse en crise, hein...). Il est indéniable qu’il y a eu une manipulation politique, mais celle-ci a davantage consisté à détourner le sens de cette journée plutôt qu’à l’amplifier, avec Julien Dray à la manoeuvre comme au bon vieux temps de SOS. Déjà à cette époque, les arabes qui avaient défilé étaient sincères et réclamaient simplement l’égalité de traitement. C’est la gauche qui a ensuite survendu un récit antiraciste mythologique, comme elle a essayé de le faire avec la récupération « mythique » du 11 janvier.
Mais les gens qui ont manifesté l’ont fait sans aucune arrière-pensée. C’est là où l’argumentaire de Todd devient monstrueusement déterministe. Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue le fait que « tout le monde n’était pas là », et analysé les ambiguïtés derrière ce grand mouvement ; mais de là à salir quatre millions de personnes au prétexte qu’elles se sont rassemblées pacifiquement (ce qui eut été sans doute impossible dans tout autre pays) sous l’effet du choc et pour manifester un sentiment de fraternité, à les accuser de racisme et leur prêter des intentions génocidaires « inconscientes », c’est simplement entrer dans un monde de pensée qui relève du délire d’interprétation voire de la paranoïa.
Ne comprenant pas trop l’orientation apolitique de votre propos - généralement, un cache-sexe du néolibéralisme - je me suis rendu sur votre compte twitter où les choses sont plus claires : tout n’y est que déclin, défaite, échec et décadence, le tout illustré à grand renforts de citations de journaux américains, de giselle openheimer, etc...
« Cérémonie #CoupeDeLaLigue #SCBPSG : laide, sans âme et affligeante, hélas à l’image de la France... »
Bref, tout est bon pour se livrer à une désespérante autopsie du pays sur fond de promotion apolitique du néolibéralisme.
Le problème de l’ouvrage de Todd n’est pas qu’il est « marxisant » mais qu’il est profondément délirant lorsqu’il renvoie collectivement les manifestants du 11 janvier à un hypothétique inconscient de blancs catholiques, racistes et réactionnaires en justifiant au passage les actes terroristes au nom de la victimisation d’une partie de la population sur laquelle Todd jette un regard tout aussi essentialiste et teinté d’un paternalisme douteux. Avec Todd, les Allemands sont des nazis, les Français sont des anti-dreyfusards « inconscients ». C’est aussi simple que ça. Todd va jusqu’à expliquer que l’antisémitisme des banlieues provient de cette France blanche anti-dreyfusarde. Dans sa vision surdéterministe de la société française, un arabo-musulman ne peut être par essence qu’une victime au même titre que le juif des années 30.
Par ailleurs, Todd parvient à se contredire lui-même puisqu’il soutenait le point de vue opposé dans son dernier ouvrage, en expliquant que les catholiques démocrates chrétiens avaient sauvé la République ! Aujourd’hui les voilà fascistes et anti-républicains.
On peut penser par ailleurs ce que l’on veut du 11 janvier et de l’instrumentalisation qui en a été faite, mais toute critique n’est pas forcément bonne à prendre sous prétexte que l’on se réjouit à chaque fois que quelqu’un met la France en procès.
Cet article est tout à fait démagogique et montre bien les limites du souverainisme dogmatique.
Déjà, la première question, c’est de se demander si Renault est français comme Volkswagen est allemand, et Ford est américain. La réponse est : non. Renault a même tenu longtemps à se distancier de l’hexagone pour mieux s’inscrire dans la « modernité » et la mondialisation. Et je ne parle pas uniquement des délocalisations, mais de quelque chose de plus profond lié à l’identité de la marque.
Cette polémique bidon a été montée par des industriels « français » qu’il faut placer devant leurs contradictions, et mettre face à leurs responsabilités. Car il est trop facile
de jouer la carte du patriotisme économique uniquement quand cela les
arrange, c’est à dire quand Renault espère pouvoir financer un bureau d’études avec des subventions publiques. Si désormais le « made in France » consiste à refourguer des
4×4 roumains « modifiés » à l’armée française, on comprend que le choix des militaires - pas fous, on leur a déjà fait le coup avec le P4 - se
porte sur des concurrents plus légitimes et bien mieux établis dans le secteur des 4x4.
Parlez à présent de relocalisation des chaînes de production, de montée
en gamme, de qualification de la main d’œuvre, et, soyons fous, de formation des chômeurs, et ces grands patriotes
vous donneront aussitôt un cours de « pragmatisme » sur la
mondialisation en vous expliquant d’un air subtilement condescendant
qu’il faut vivre avec son temps, que le « made in France », vous n’y
pensez pas, voyons, c’est vieillot, dépassé, le monde ne marche plus
comme ça, etc.
Cette polémique assez révélatrice est d’autant plus détestable qu’elle
prend à témoin les salariés précarisés et les chômeurs victimes des
choix effectués par ceux-là même qui essaient de surfer opportunément
sur le « made in France » à chaque fois qu’un contrat est en jeu, en déplaçant au passage la responsabilité sur l’armée française qui se voit ni plus ni moins accusée de « traîtrise » alors qu’elle n’a pas vocation à financer un véhicule made in Romania « amélioré », surtout dans le cadre d’un « achat sur étagère » même si on peut
déplorer par ailleurs le manque de coordination et de planification globale induit par les
restrictions budgétaires.
Quant au Kadjar, là encore les cocorico sont un peu déplacés puisqu’il s’agit d’un véhicule conçu à partir d’un châssis nissan et produit en Espagne, contrairement à ce que vous avancez :
Moi je veux bien qu’on colle un petit drapeau bleu-blanc-rouge sur une caisse franco-japonaise fabriquée en Espagne, mais de là à présenter ça comme du « made in France », c’est quand même prendre les gens un peu pour des imbéciles (ils le sont ?) ou se voiler la face complètement.
Y’a pas de secret monsieur Herblay, pour fabriquer des véhicules de haute qualité en France susceptibles
de remplir le cahier des charges de l’armée, il faudrait rapatrier une
partie de la production, investir et former de la main d’oeuvre (et pas embaucher 10 intérimaires avec des fonds publics pour les foutre dehors un an plus tard),
équiper les usines avec des machines modernes, etc.
Au bout d’un moment, l’accumulation des délocalisations, des plans sociaux, le recours systématique à une main d’oeuvre non qualifiée et précaire couplé à un déficit d’investissement, finit par impacter la qualité des véhicules produits (comparez visuellement un Ford Ranger et un Dacia Duster, y’a pas photo !). Ensuite un cercle vicieux s’installe : étant donné que l’produit des véhicules bas/moyen de gamme en Roumanie et ailleurs, les marges se réduisent, donc on fait moins de recherche&développement, donc on perd des savoirs-faire et la capacité même de répondre au cahier des charges de l’armée française, sauf en passant par du bidouillage industriel (caisse roumaine modifiée par Poclain en France) que l’on essaie ensuite de faire passer pour une politique de « made in France » dans les médias.
Désolé mais je trouve vraiment que l’on fait ici un mauvais procès à l’armée, qui ne peut pas être rendue responsable d’une démission des industriels et des politiques français qui ne misent plus sur l’hexagone en termes de production, au-delà des discours hypocrites. Toutes les études marketing montrent que la marque France est (encore) associée à l’image du luxe et de la qualité, mais nos industriels préfèrent se présenter comme des « marques internationales » et proposer du milieu de gamme made in romania, algeria, india, pour faire baisser les coûts.
Monsieur Herblay, il faut ouvrir vos yeux : les 4x4 comme les Américains, on peut pas faire. Le patriotisme économique, c’est bien, sauf quand c’est totalement irréaliste, là ça devient ridicule.