Incontournable sans doute, mais beaucoup sont prêts à faire de très longs détours pour l’éviter...
Pour revenir brièvement à la question de l’eucharistie et du cannibalisme, il me paraît très intéressant d’analyser par ce prisme la controverse entre Luther et Calvin sur la transsubstantiation. Tous les deux veulent y renoncer comme le symbole de trop de dérives paiennes du christiannisme. Calvin est le plus "moderniste" et ne veut plus entendre parler que de substantiation symbolique. Mais cette idée gène énormément Luther, non pas à mon avis par une quelconque superstition de sa part, mais parce qu’il a l’intuition qu’il risque par là de priver le christiannisme de l’un de ses ressorts fondamentaux. Il a en quelque sorte une sensibilité plus profonde que celle de Calvin (excusons ce dernier, il est français...) et se trouve pris dans un dilemme quasiment vertigineux entre la rationnalité, d’une part, et la science très particulière des Evangiles à laquelle il lui paraît dramatique de renoncer. C’est pourquoi il opte pour le compromis de la co-substantiation et les deux hommes repartent fâchés à mort, sans que personne n’ait jamais, je crois, réellement compris l’importance de ce débat.
On se sent souvent isolé intellectuellement quand on a compris René Girard. C’est pourquoi j’apprécie beaucoup également de croiser des personnes comme vous qui l’ont non seulement lu, mais qui ont également "fait travailler" ses théories, en les croisant notamment avec leur expérience personnelle des relations sociales.
Je suis tout à fait d’accord avec vous Idaho. J’essayais dans un sens d’expliquer pourquoi le christiannisme fait aussi peur à ceux qui se croient incroyants. Les chrétiens sont les seuls à ne pas avoir peur du christiannisme, ce qui m’étonne toujours.
Girard est un chrétien peu ordinaire, que la théologie ennuie profondément. Il est fasciné par la puissance à la fois destructrive et créatrice du christiannisme, par son invraisemblable lucidité sur la nature humaine. Il croit plus qu’un autre, mais en anthropologue qui a fait une découverte hallucinante. Il croit d’autant plus que toute nouvelle découverte scientifique ne fait que renforcer son hypothèse et sa conviction.
La plupart des athés en sont difficilement capables.