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Najat Jellab

Najat Jellab

Proletaire des images et des lettres.
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  • Premier article le 19/04/2012
  • Modérateur depuis le 04/04/2026
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Derniers commentaires



  • Najat Jellab Najat Jellab 6 juin 18:56

    @alinea

    Votre analyse rejoint par endroits ce que j’essaie de penser — la violence comme refus, comme affirmation d’existence dans un monde qui ne laisse plus de place à la créativité ni à la participation. C’est proche de ce que Hegel appelle la lutte pour la reconnaissance dans sa forme non médiatisée. Là où je m’arrête, c’est sur l’amalgame entre des situations radicalement différentes — la drogue, la violence, et des orientations sexuelles n’ont pas le même statut philosophique ni le même rapport au réel.



  • Najat Jellab Najat Jellab 6 juin 18:51

    @Zolko

    Votre remarque sur 2008 est philosophiquement importante et elle complète utilement mon analyse. Le traité de Lisbonne et le sauvetage des banques constituent en effet un moment de rupture dans la légitimité de l’État — non pas au sens juridique, mais au sens hégélien : le moment où l’État cesse d’apparaître aux yeux des citoyens comme l’incarnation de l’intérêt général pour se révéler comme le gestionnaire des intérêts d’une minorité. C’est une blessure dans la Sittlichkeit qui est d’une nature différente de celles que je décrivais — elle ne touche pas seulement les populations reléguées des banlieues, elle touche l’ensemble du corps social, des Gilets jaunes aux classes moyennes qui votent aujourd’hui extrême droite. Hegel dirait que quand l’État trahit sa propre définition — être la réalisation concrète de la liberté universelle — il produit lui-même le négatif qui le travaillera de l’intérieur. 2008 est peut-être la date où ce processus s’est accéléré de façon irréversible.



  • Najat Jellab Najat Jellab 6 juin 18:47

    @Zolko

    Le rapprochement avec Sun Tzu est inattendu et juste — il y a en effet dans la notion de « doctrine » quelque chose qui touche à ce que Hegel appelle la Sittlichkeit : ce qui lie une société de l’intérieur, non par la contrainte mais par une adhésion vécue. Là où je nuancerais votre conclusion, c’est sur la disparition. La doctrine française n’a pas disparu — elle s’est vidée de sa médiation concrète. Liberté, égalité, fraternité sont encore là comme mots, comme promesses, comme horizon. Ce qui a disparu, ce sont les institutions capables de les incarner réellement dans la vie quotidienne de tous — l’école qui élève, le travail qui reconnaît, le service public qui protège. Ce n’est pas la même chose. Une doctrine morte ne produit plus rien. Une doctrine dont les médiations sont épuisées produit exactement ce que nous voyons : de la violence, du ressentiment, et des figures politiques qui promettent de la ressusciter par décret. Ce qui, comme Hegel nous l’enseigne, ne fonctionne jamais.



  • Najat Jellab Najat Jellab 6 juin 16:38

    ur

    Sur Peña-Ruiz, permettez-moi une confidence qui n’est pas anecdotique. Je l’ai eu comme professeur à Fénelon comme je disais , et je lui avais dit sans détour — c’est ce qu’on fait quand on pense — que ses cours manquaient de rigueur conceptuelle. Non pas par provocation, mais parce que ses cours étaient littéralement de la paraphrase : il ne construisait jamais un raisonnement, il le résumait. Or sans construction logique d’un argument, il n’y a aucun moyen de le mettre à l’épreuve, de voir où il tient et où il cède — ce qui est précisément le commencement de toute philosophie digne de ce nom. Un normalien qui paraphrase est beaucoup plus dangereux qu’un étudiant qui ne comprend pas : il donne l’apparence du concept sans en livrer les clefs. Ce qui est révélateur, c’est que cet homme qui se proclamait champion de l’universalisme revendiquait par ailleurs publiquement le droit à l’islamophobie — sans voir que les deux positions ensemble dessinent le portrait assez fidèle d’une certaine gauche française qui distribue des brevets d’universalisme à la condition expresse qu’on ne lui retourne pas ses propres principes. Hegel, qui faisait de la contradiction le moteur même de la pensée, aurait trouvé cela révélateur. Sur le frérisme : qualifier de frérisme la position selon laquelle interdire le voile à l’école est une négation abstraite plutôt qu’une émancipation, c’est exactement ce que Hegel appellerait une pensée qui ne dialectise pas — qui remplace l’argument par l’étiquette. Tariq Ramadan et Hegel ne sont pas dans le même camp. Sur les pays musulmans qui chassent leurs minorités : soyons géographiquement précis. L’Algérie ferme des églises protestantes non par hostilité au christianisme historique mais pour endiguer ce qu’elle perçoit comme un prosélytisme missionnaire étranger — c’est une politique souverainiste discutable, pas une persécution au sens où vous l’entendez. Quant au Maroc, la culture juive y est constitutionnellement reconnue comme composante de l’identité nationale, le patrimoine juif restauré, les relations avec Israël normalisées. Mais surtout — dans une France massivement déchristianisée, de quels chrétiens parle-t-on exactement ? La France compte aujourd’hui plus de pratiquants musulmans réguliers que de catholiques pratiquants. Si la réciprocité était le principe, ce serait aux musulmans de France de réclamer des droits en échange de ceux qu’on accorde aux rares chrétiens dans les pays d’origine. Hegel dirait que fonder les droits sur la réciprocité entre États, c’est confondre le droit international et le droit des personnes. Un citoyen français n’est pas le représentant d’un État étranger — il est un sujet de droit. Conditionner sa reconnaissance à ce que font des gouvernements auxquels il n’a aucun lien, c’est précisément nier ce qu’est la citoyenneté. Et une République qui conditionne ses principes à la réciprocité n’a plus de principes.



  • Najat Jellab Najat Jellab 5 juin 16:55

    Sur la laïcité, permettez-moi d’aller plus loin. La loi de 1905 est une grande loi — elle sépare l’État et les Églises, elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice du culte. C’est une médiation institutionnelle au sens hégélien : elle articule l’universel républicain et les particularités religieuses en donnant à chacune son espace propre. Mais ce que la loi de 2004 a fait, c’est autre chose — et j’ai une opinion très précise sur ses fondements intellectuels parce que j’ai eu Henri Peña-Ruiz comme professeur en khâgne au lycée Fénelon. Normalien, grand défenseur de la laïcité, auteur prolifique — et pourtant ses cours étaient d’une pauvreté conceptuelle que ses belles formules dissimulaient mal. C’était de la paraphrase habillée en philosophie : il répétait Spinoza et Kant sans jamais les travailler vraiment, produisant un universalisme de façade qui prenait l’universel pour une donnée immédiate plutôt que pour le résultat d’un travail de médiation. Dans la même salle, d’autres professeurs — je pense notamment à Monsieur Bontemps qui nous enseignait Hegel — nous apprenaient précisément le contraire : que l’universel ne se décrète pas, il se conquiert à travers le particulier. Peña-Ruiz n’avait visiblement pas lu Hegel avec suffisamment d’attention. C’est exactement cette erreur conceptuelle qui a produit la loi de 2004. Une jeune fille qui retire son voile à l’entrée de l’école n’est pas devenue plus libre — elle a simplement appris que sa particularité est indésirable. Ce n’est pas de l’émancipation, c’est de l’assimilationnisme. Et la République française avait su faire mieux pendant des décennies — accueillir la particularité tout en la dépassant par la culture commune — avant que la crispation identitaire ne transforme un morceau de tissu en symbole de guerre.

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