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Neecko

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  • Neecko 28 février 2011 22:59

    Ce à quoi d’autres rajoutent :

     

    René Marchand, ancien
    élève de l’école des langues orientales, est un bon connaisseur de la
    civilisation arabo-islamique : parlant l’arabe, ayant travaillé en qualité de
    journaliste dans des pays musulmans, il a de l’islam une approche déférente : « 
    J’ai le devoir de le combattre s’il m’agresse, je ne l’abaisserai jamais » (p.
    22). Son analyse saura éviter deux écueils : le mépris mais aussi le sentiment
    de supériorité. « L’islam est une personne, la civilisation française en est
    une autre » (p. 15). Il combat l’ethnocentrisme, cette fâcheuse tendance à
    regarder les autres cultures avec nos lunettes d’occidentaux. Il invite à
    prendre l’islam comme un système en soi dans sa cohérence alors
    qu’habituellement nous lui prêtons nos conceptions, nos aspirations, notre
    vision de l’Homme et de Dieu. Cette vision ethnocentrique est en partie à
    l’origine de notre aveuglement. Aux naïfs qui affirment que la menace islamiste
    est derrière nous, que les islamistes ne mènent que des combats désordonnés et
    sporadiques, René Marchand répond que « les islamistes nous font la guerre à
    leur manière et non selon le principe de nos écoles militaires » (p. 31) !



    1. Une menace bien réelle

    René Marchand affirme que le danger d’une islamisation rapide de notre paysdoit
    être considéré avec sérieux et réalisme :

    la France, de par sa positiongéographique, est aux frontières de l’islam comme
    une marche et constituedonc la première nation européenne devant être islamisée
     : « elle seramusulmane au 21ème siècle » prophétisent les islamistes.

    Leur certitude repose :



    1) Sur une renaissance puissante de l’islam en tant que force politique et
    économique : « le royaume saoudien, premier pays exportateur de pétrole brut au
    monde est aussi le premier pays exportateur d’islam fondamentaliste… le premier
    pays exportateur de terroristes » (p. 52). Renaissance qui fut pour les
    musulmans de France une surprise totale ; ils ont alors commencé à regarder
    l’islam avec un œil nouveau.



    2) Sur les prévisions démographiques concernant les communautés musulmanes de
    France et du Maghreb : « les démographes escomptent 20, 30 voire 50 millions de
    musulmans en France dans 50 ou 60 ans » (p.36).



    3) Sur la décadence de la France : « pour la plupart des musulmans (…) les
    Français ont abandonné leur pouvoir dans « les quartiers difficiles » à des
    truands maghrébins qui trafiquent de la drogue (…) ils ne punissent pas les
    voleurs (…) sont incapables de faire respecter la justice ou simplement
    l’ordre, la sécurité des personnes et des biens. Ils sont faibles » (p. 37).
    Face à cette France que René marchand qualifie « d’avachie », qui constitue « 
    un butin offert aux prédateurs », le parti islamiste dispose d’un plan.
    Celui-ci a été exposé à l’auteur par un islamiste clandestin rencontré à la
    terrasse d’un café de Montparnasse durant l’hiver 94. Révéler sa stratégie à
    l’ennemi, n’y a-t-il pas là de quoi nous étonner ? Pas vraiment pour R.
    Marchand : Hitler avait bien exposé lui aussi son objectif dans Mein Kampf dès
    1923 puis dans des discours publics sans que jamais les dirigeants français se
    soient émus de ses propos. Même cécité aujourd’hui de la part des démocraties.



    En quoi consiste ce plan ?

    - Eviter tout ce qui pourrait provoquer une réaction vive des dirigeants
    français, anesthésier les élites : les attentats seront en nombre limité et
    groupés sur une certaine période, cela de façon à maintenir chez l’ennemi
    l’illusion que le mouvement ne peut agir que de façon sporadique.

    - Favoriser l’installation en France du plus grand nombre possible de musulmans
    d’où qu’ils viennent et obtenir pour eux la nationalité française, favoriser
    l’enseignement religieux, l’enseignement de l’arabe, le voile des femmes, la
    construction de mosquées, bref, habituer le Français « au fait musulman » ;
    quant à l’encadrement, il doit être serré mais indétectable.

    - Ensuite massifier les millions d’individus vivant en France en organisant
    leur rassemblement identitaire autour de l’islam : cette phase sera déclenchée
    après l’installation d’une république islamiste en Algérie.

    - Enfin, le JIHAD : les islamistes n’envisagent pas une guerre de ligne mettant
    face à face les combattants : « un statut juridique dérogatoire devra être
    obtenu des Français travaillés de longue date par les communautaristes (…) Nous
    (Français) serons invités au nom de la tolérance, des droits de l’homme (…) à
    prendre acte juridiquement du fait accompli : la constitution à l’intérieur du
    territoire français d’une communauté musulmane ayant sa loi propre » (p. 44).



    Ainsi apparaîtront les premières tâches de la peau de panthère et « avec les
    même méthodes et les mêmes complicités, ces tâches s’agrandiront jusqu’à
    recouvrir la totalité du territoire de la France » (p. 49).



    2. Méconnaissance de l’islam



    Nous ne savons presque rien de l’islam alors qu’ « eux » savent tout de nous.
    Nous demeurons les coloniaux que nous avons été, nous jugeons l’islam comme une
    civilisation en retard par rapport à la nôtre. Influencés par Auguste Comte et
    sa loi des trois états, nous croyons que l’islam est demeuré à l’âge
    théologique, qu’il n’a pas encore opéré la révolution de la laïcité, bref nous
    voyons en lui une religion ni meilleure, ni pire qu’une autre appelée à
    disparaître comme les autres avec le progrès de l’instruction. Même les
    dirigeants nationalistes arabes, dignes élèves des Lumières et de nos écoles
    ont eux aussi sous estimé l’adversaire en croyant que la solution résidait dans
    le progrès économique, social, culturel… L’échec des laïcistes du monde arabe
    est dû au fait qu’ils n’ont pas osé se déclarer ouvertement non musulmans par
    peur de se couper des masses, par peur aussi d’être exécuté par n’importe quel
    croyant : pas d’apostasie en terre d’islam ! N’est-ce pas ? Il n’y a donc pas
    de dépassement du religieux dans le philosophique en terre d’islam ; ne
    plaquons pas non plus la théorie hégélienne sur la culture islamique.


    La méconnaissance de l’islam est à l’origine de l’islam rêvé de la pensée
    unique, qui constitue en grande partie un produit de la mauvaise conscience
    consécutive à la colonisation. Pourtant, le phénomène n’est pas totalement
    nouveau : il remonte au 18ème siècle au cours duquel les philosophes
    s’intéressent à l’islam pour en faire une arme contre l’Eglise et le contre
    exemple parfait de l’Infâme. Pour illustrer cet islam fréquentable, revisité,
    on ressort habituellement 2 grandes figures : Omar Khayyan et Averroes. Ce qui
    constitue une véritable escroquerie intellectuelle : le poète persan qui a su
    chanter la sensualité et les vertus du vin tout comme le philosophe
    commentateur d’Aristote réclamant l’autonomie de la raison sont en réalité deux
    marginaux bien peu représentatifs de l’islam traditionnel !


    Contrairement à ce que répète l’a-pensée unique, « l’islamisme n’est pas un
    épiphénomène, quelque chose comme une excroissance maladive limitée dans
    l’espace et épisodique qui pourra être rapidement éradiquée » (p. 25). Ce que
    nous nommons islamiste est ni plus ni moins que la résurgence à l’époque
    contemporaine de la forme de l’islam qui a prévalu au long de l’Histoire et qui
    n’a cédé ça et là que sous la pression de la colonisation : « L’islamisme est
    dans le droit fil de l’islam » (p. 68). La pensée unique qui dépeint les
    islamistes agissant en France comme un ramassis d’individus égarés est
    totalement fausse. Déjà, au moment de ce qu’il est convenu d’appeler la guerre
    d’Algérie, le discours conformiste était le suivant : « Les Fellaghas sont très
    peu nombreux, ils n’ont pas le soutien de la population musulmane qui reste
    dans sa majorité modérée et pro-française » et le FLN était décrit comme « un
    essaim d’agités sans cervelle » (p. 30). Ne cédons pas aujourd’hui à une
    nouvelle intoxication, n’écoutons pas ceux qui répètent que l’islamisme
    algérien est vaincu implore R. Marchand. L’islamisme ne peut être vaincu ni par
    des opérations policières ponctuelles, ni par l’argent. Le fondamentalisme
    musulman n’est pas traitable par l’économisme : les richesses qui ont jailli au
    20ème siècle en Arabie Saoudite ne l’ont pas fait reculer…


    3. Triste bilan de la politique française

    Sur le plan politique, René Marchand dresse le triste bilan de ces trente
    dernières années. Il déplore, en gaulliste qu’il se flatte d’être, qu’après le
    départ du Général de Gaulle « la politique des partis » ait repris la place
    qu’elle occupait sous la 4ème République. Il dénonce ainsi l’irresponsabilité
    des dirigeants : Pompidou qui fait venir une main-d’œuvre à bas prix pour « 
    tenir » les salaires ouvriers, Giscard qui se fait l’artisan du rapprochement
    familial en 1975… encore pouvaient-ils se donner l’excuse d’être poussés par de
    prétendues raisons économiques ! En revanche avec Mitterrand les priorités sont
    électorales : le droit d’asile est accordé à tout demandeur. De nombreux
    clandestins monogames ou non sont régularisés avec leur famille. Les quotas
    d’immigration avec l’Algérie sont supprimés de fait en 1981 : désormais les
    Algériens peuvent entrer librement en France et bénéficier d’un permis de
    séjour de 10 ans renouvelable automatiquement. Tous ces immigrés vont
    constituer une réserve d’électeurs et avec la création de SOS Racisme, le but
    des socialistes que croit déceler l’auteur est de fabriquer des racistes pour
    se maintenir au pouvoir. Évoquer l’immigration devient désormais tabou, et la
    classe politique n’a plus qu’un objectif : maintenir l’opinion dans sa
    léthargie. De fait, la France est devenu une société multiethnique et
    multiculturelle. Elle est déjà balkanisée : c’est le stade préalable à la
    juxtaposition de communautés ayant leur propre droit, et des destins séparés.
    Déjà depuis plusieurs années des maires cèdent, ils gèrent les problèmes de
    délinquance avec des associations religieuses ; « après avoir supprimé les
    tribunaux catholiques, nous tolérons les juges islamiques… sans même nous
    préoccuper de savoir qui les a nommés » (p. 243).

    René Marchand insiste aussi sur le fait que dans « la France en danger d’islam
     » les plus menacés sont les musulmans qui nous ont fait confiance. Des Français
    de vocation, même s’ils sont peu nombreux, ont cru que la France leur offrait
    un statut républicain sans équivoque : ils risquent de se retrouver prisonniers
    du statut communautaire. A-t-on pensé à l’avenir de la jeune maghrébine qui
    risque de se retrouver mariée sans son consentement, enfermée, voilée,
    interdite de profession puis répudiée sans aucun droit sur ses enfants ? Or la
    pression communautaire a pris ses aises dans la société française ; ainsi dans
    nos cités plus aucun musulman d’origine ne peut donner un prénom français à son
    enfant : « il n’y aura plus de Marcel Mouloudji ni d’Isabelle Adjani… Dommage !
    on vous aimait bien » (p. 248)…


    4. Vers une grande politique


    René Marchand écarte les fausses solutions :

    L’intégration : avec la double nationalité ? Le voile pour les filles ? Ce mot
    ne veut rien dire : l’intégration sans l’assimilation est une utopie.

    - L’islam à la française ? « Mot fourre tout » et « crétinerie » (p. 263), « 
    nullité intellectuelle » (p. 273), « andouillerie » (p. 277)… René Marchand n’a
    pas de mots assez forts pour désigner cette théorie fumeuse : après avoir
    constaté que l’islam fait problème en France, les politiciens ont ainsi voulu
    changer l’islam, inventer un islam nouveau, édulcoré. Or, l’islam ne peut être
    réduit à une religion de sphère privée, il s’agit à la fois d’une religion et
    d’une civilisation, d’une culture et d’une loi. C’est pourquoi l’auteur prédit
    que « l’islam à la française sera le marchepied de l’islamisme » (p. 269). Il
    n’a aucune de chance de survie, l’islam étant de nature fondamentaliste et
    totalitaire. « En offrant aux jeunes maghrébins (…) un islam censé être
    compatible avec les valeurs républicaines, on leur retire toutes bonnes raisons
    de quitter l’islam (p. 275).

    En dépit de la situation catastrophique qu’il constate et qu’il décrit, René
    Marchand se veut résolument optimiste : désespérer de la renaissance n’est pas
    réaliste car « si la France se laisse toujours surprendre dans les premiers
    temps d’une guerre, elle redevient elle-même dans la contre-offensive et ses
    capacités de régénérescence sont prodigieuses » (p. 324). La grande faiblesse
    de l’islamiste est d’après lui sa cécité à l’égard de la résistance
    qu’opposerait la France à une guerre sur son territoire.

    Que propose-t-il ? D’abord de rectifier l’image que l’ennemi se fait de nous.
    Quelques mesures : réintégrer dans la République les zones de non droit, mettre
    des conditions à la naturalisation, exiger une période probatoire pour les
    candidats à la nationalité française, abolir le droit du sol et le remplacer
    par un devoir de nationalité (respect de la loi républicaine), revenir à la
    préférence nationale, voire européenne en matière d’emploi et d’avantages
    sociaux. Ainsi en redevenant respectables nous serons respectés.

    Encore un livre qui risque de déplaire aux « bien pensants », aux bigots du
    politiquement correct ! René Marchand est un auteur qui a son franc parlé, qui
    ne mâche pas ses mots, qui exprime de saines colères qui le rendent
    sympathiques au lecteur affranchi. « La France en danger d’islam » est un
    ouvrage dense, truffé de références historiques, mais bien peu cartésien car
    également riche en anecdotes, en souvenirs, en impressions : « Je ne me suis
    pas interdit digressions, notes marginales (…) j’ai usé à profusion de
    répétitions (…) qu’on sache que j’ai voulu des retours en spirale un peu à
    l’imitation des auteurs arabes » (p. 20). C’est aussi le cri d’un gaulliste
    viscéral par les prises de positions qu’il exprime (dénonciation du régime des
    partis et anti-américanisme -l’auteur rejoint sur ce point les analyses
    d’Alexandre Del Valle) et par les solutions proposées (recours à l’article 16
    prévu par la Constitution, restauration du référendum sur les grandes questions
    de société, attente d’un homme providentiel, éternel sauveur d’une droite
    bonapartiste orpheline…).

    Toutefois, on ne comprend pas toujours très bien comment la grande politique
    envisagée soit une « politique avec l’islam » (p. 320). Pour ce qui relève
    d’une alliance entre la France et les dirigeants du Maghreb afin de lutter
    contre le terrorisme, cela se conçoit assez facilement ; en revanche, on ne
    voit pas comment nos relations avec les pays fondamentalistes pourront se
    trouver améliorées sous prétexte que nous lutterons contre les militants
    islamistes en France. Les dirigeants saoudiens notamment ne renonceront pas
    volontiers à diffuser la propagande dans notre pays…


    Isabelle LARAQUE

    30/06/2003

    © POLEMIA

    « La France en danger d’islam. Entre Jihâd et Reconquista », de René Marchand,
    l’Âge d’Homme, collection Mobiles géopolitiques, juin 20

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