D’accord avec vous, mais combien sont les postes qui permettent de travailler à quelque chose de bien (tout en mangeant à sa faim, cela va de soi) ? Assez peu finalement (vous allez me dire ça dépend du point de vue, et vous aurez raison...). En tout cas la proposition de la citation que vous retenez n’est pas contradictoire avec votre affirmation, Cordialement.
Un extrait, en complément de L’insurection qui vient(p. 27-29), du Comité invisible (transformé en cellule invisible par le gouvernement et les médias dominants, attention en France des gens ont finis en prison pour possession de ce livre !!!) : [le live estconsultable en ligne sur le site de son éditeur : http://www.lafabrique.fr/spip/IMG/pdf_Insurrection.pdf ou ici (avec d’autres publications, dont celles de Tiqqun) : http://www.bloom0101.org « « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » Il n’y a pas de question plus embrouillée, en France, que celle du travail. Il n’y a pas de rapport plus tordu que celui des Français au travail. Allez en Andalousie, en Algérie, à Naples. On y méprise le travail, au fond. Allez en Allemagne, aux États- Unis, au Japon. On y révère le travail. Les choses changent, c’est vrai. Il y a bien des otaku au Japon, des frohe Arbeitslose en Allemagne et des workaholics en Andalousie. Mais ce ne sont pour l’heure que des curiosités. En France, on fait des pieds et des mains pour grimper dans la hiérarchie, mais on se flatte en privé de n’en ficher pas une. On reste jusqu’à dix heures du soir au boulot quand on est débordé, mais on n’a jamais eu de scrupule à voler de-ci de-là du matériel de bureau, ou à ponctionner dans les stocks de la boîte des pièces détachées qu’à l’occasion on revend. On déteste les patrons, mais on veut à tout prix être employé. Avoir un travail est un honneur, et travailler une marque de servilité. Bref : le parfait tableau clinique de l’hystérie. On aime en détestant, on déteste en aimant. Et chacun sait quelle stupeur et quel désarroi frappe l’hystérique lors- qu’il perd sa victime, son maître. Le plus souvent, il ne s’en remet pas. Dans ce pays foncièrement politique qu’est la France, le pouvoir industriel a toujours été soumis au pouvoir étatique. L’activité économique n’a jamais cessé d’être soupçonneusement encadrée par une administration tatillonne. Les grands patrons qui ne sont pas issus de la noblesse d’État façon Polytechnique-ENA sont les parias du monde des affaires où l’on admet, en coulisse, qu’ils font un peu pitié. Bernard Tapie est leur héros tragique : adulé un jour, en taule le lendemain, intouchable toujours. Qu’il évolue maintenant sur scène n’a rien d’étonnant. En le contemplant comme on contemple un monstre, le public français le tient à bonne distance et, par le spectacle d’une si fascinante infamie, se préserve de son contact. Malgré le grand bluff des années 1980, le culte de l’entreprise n’a jamais pris en France. Quiconque écrit un livre pour la vilipender s’assure un best-seller. Les managers, leurs moeurs et leur littérature ont beau parader en public, il reste autour d’eux un cordon sanitaire de ricanement, un océan de mépris, une mer de sarcasmes. L’entrepreneur ne fait pas partie de la famille. À tout prendre, dans la hiérarchie de la détestation, on lui préfère le flic. Être fonctionnaire reste, contre vents et marées, contre golden boys et privatisations, la définition entendue du bon travail. On peut envier la richesse de ceux qui ne le sont pas, on n’envie pas leur poste. C’est sur le fond de cette névrose que les gouvernements successifs peuvent encore déclarer la guerre au chômage, et prétendre livrer la « bataille de l’emploi » tandis que d’ex-cadres campent avec leurs portables dans les tentes de Médecins du monde sur les bords de la Seine. Quand les radiations massives de l’ANPE peinent à faire descendre le nombre des chômeurs au-dessous de deux millions malgré tous les trucages statistiques. Quand le RMI et le biz garantissent seuls, de l’avis même des renseignements généraux, contre une explosion sociale à tout moment possible. C’est l’économie psychique des Français autant que la stabilité politique du pays qui se joue dans le maintien de la fiction travailliste. »