A un moment donné, dans le monde politique, aurait pu se poser la question du démantélement des cartels.
Je crois que ça n’arrivera pas, pour plusieurs raisons :
La montée en puissance irrépressible des services informatiques chinois, encore peu perceptible ici.
L’Europe pourrait s’en servir comme moyen de pression envers les gafam, ou plus pacifiquement comme levier d’arbitrage. Elle ne le fera pas, la pénétration des technologies d’outre-atlantique cache d’autres enjeux, commerciaux, diplomatiques et relevant du domaine de la défense qui font qu’une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est pratiquement impossible de reculer, sauf dégâts collatéraux considérables.
Le conditionnement : dans l’informatique professionnelle, la question de la confidentialité des données ne se pose pas vraiment, sinon en termes de « sécurité », comprendre fiabilité des liaisons et du stockage.
Par exemple, l’offre Google cloud ne sera débattue qu’en termes de coût et de qualité de service.
Le grégarisme : le lien social numérique est devenu consubstantiel de certains grands noms, inutile de les citer.
A croire que la définition même de l’espace commun s’est déplacée des lieux physiques à leurs erzatz virtuels.
Pas si virtuels que ça d’ailleurs, si on considère leur poids dans la réalité.
Nous n’avons qu’une parade : la désobéissance passive.
Disons qu’il s’agit là de la forme la plus primitive et sans vraies conséquences (hormis l’agacement et le trafic réseau) de la collecte des données.
Des bases de données contenant des milliers d’adresses email et de numéros de téléphone sont constamment utilisées pour diffuser de la pub ou pour des tentatives d’escroquerie. Dans ce cas de figure, l’utilisateur final est encore l’arbitre et le responsable en dernier ressort de ses actes.
Avec le smartphone on a changé de galaxie car tout, absolument tout ce qui transite par lui est susceptible d’être intercepté et stocké, non seulement à notre insu, mais aussi pour des motifs d’autant plus redoutables qu’on en imagine mal la nature réelle.
Voix, images, vidéos, fichiers.
Le plus remarquable est qu’on ait réussi à rendre sinon indispensable, du moins désirable, un objet qui a potentiellement toutes les caractéristiques d’un bracelet électronique, l’addiction et le gonflage de l’ego en prime...
Je ne suis pas opposé par principe à la collecte de certaines données, mais à quelques conditions impératives. Tout devrait être transparent pour l’utilisateur : la nature des données collectées, l’utilisation qui est censée en être faite, les processus qui permettent cette collecte, l’entité intermédiaire et finale qui en bénéficiera.
Le bluetooth c’est pas bien grave, la portée est très limitée.
Une connaissance a un smartphone de moyenne gamme assez récent : une analyse au démarrage montre 27 connexions (vingt-sept !) réparties sur une petite vingtaine de domaines, dont certains parfaitement non identifiables.
Sans compter les « assistants vocaux » qui écoutent en permanence.
Et bien sûr, l’objet est très difficilement rootable, recompilation obligatoire, et encore c’est pas gagné d’avance.
Et quand est-ce qu’une des conditions envisageable de la liberté individuelle sera la capacité à laisser le smartphone à la maison, ou mieux, chez le marchand ?