J’ai lu sur Marianne2 le blog de M. Bilger. J’y ai d’ailleurs apporté une contradiction argumentée à laquelle il n’a pas répondu.
Or Bilger ne fait pas davantage autorité que Zemmour. Certes il est un des beaux-esprits de la blogosphère, cette version contemporaine du salon parisien, que la technologie du web a pour le meilleur et le pire fusionné avec le café du commerce.
Mais son argumentaire est essentiellement subjectif, il n’apporte pas davantage d’élément concret qui permette d’accorder foi à ce mythe raciste. Comme il fréquente (d’ailleurs de très loin, en tant que Procureur Général siégeant en Cour d’Assises) les tribunaux, il faudrait le croire sur parole ? Non ; son discours relève typiquement de l’argument d’autorité qui mise sur l’ignorance du lecteur.
Ce genre d’article (le sien comme celui-ci) permet de réaliser à quel point un pseudo intellectuel comme Zemmour s’avère un propagandiste efficace de l’idéologie raciste, qui sait contaminer par son discours biaisé jusqu’à des esprits habituellement connus pour être politiquement modérés. Il est bien dommage que, contrairement à ce qu’annonce le titre, l’affaire Zemmour ne fasse pas tellement réfléchir
La moindre des choses lorsqu’on publie un article est bien d’accepter d’être jugé à l’aune de ses propos.
Et puisque vous gobez la peu ragoutante sauce Zemmour, grand bien vous fasse ! Voici les ingrédients de sa recette, voici les pseudo sources qu’il cite :
« Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de « musulmans dans les prisons » entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre « L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française ; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La « plupart » est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient. »
Comme on le voit, il est question de 70 à 80 % de musulmans dans les prisons - outre qu’étant amené à y travailler, je suis bien placé pour savoir que c’est faux : - Les musulmans sont-ils des arabes ou des noirs ? NON.
Plus loin, il est avancé la proportion tout aussi peu précise (et donc tout aussi peu fiable :) de 60 à 70 % de suspects issus de l’immigration : - « suspect » est-il synonyme de délinquant ? NON. - « issu de l’immigration » signifie-t-il arabe ou noir ? NON.
Selon une commissaire des RG, 85 % des auteurs de violences urbaines seraient d’origine maghrébine. Sous réserve d’exactitude - ce dont je me permets de douter : - Les personnes « d’origine maghrébine » sont-elles nécessairement des arabes ou des noirs ? NON. - Les violences urbaines constituent-elles la plupart des actes de délinquance ? NON.
Toujours selon les RG, habiles fabriquants de rapports orientés sur commande politique, parmi les « bandes violentes », 67 % sont d’origine maghrébine et 17 % d’origine africaine : - Pas de correspondance établie entre la notion floue de « bande violente », et de faits répertoriés de délinquance ; - « origine maghrébine ou africaine » sont des catégories ciblées à partir de la provenance géographique d’une partie au moins des géniteurs, catégories arbitraires qui d’ailleurs se superposent à l’évidence (en effet les maghrébins sont des africains). Comme précédemment, elles ne disent rien de l’origine ethnique (arabe ou noir).
Outre que les chiffres de ces pseudo sources reposent sur la parole de l’auteur, on remarque que celles-ci sont de nature éminemment scientifique Sérieusement, on attendrait des références plus crédibles, à l’instar, par exemple, d’études du CNRS. Mais voilà, le petit raciste de service n’a pas d’autre os à ronger que les rapports des RG ! Et il pratique l’amalgame à la louche, à la manière d’un Le Pen.
Enfin, il n’est pas très difficile de comprendre que stigmatiser des personnes au motif de leur appartenance ethnique (arabes ou noirs), comme constituant la composante principale de la délinquance, incite objectivement à la discrimination et entretient la haine raciale
ARTICLE LAMENTABLE pétri de pseudo rationnalité tout à fait digne du modèle Zemmour.
Selon l’auteur, l’affirmation selon laquelle « la plupart des délinquants sont des arabes et des noirs » serait « un fait que la majeure partie de la population sait d’évidence ». Ben voyons ! Et sur quelles observations indéniables éclot cette évidence ? Sur des études sérieuses ou bien sur une intime conviction forgée d’ignorance et de préjugés ? Peut-on sérieusement appuyer un raisonnement sur une pseudo-évidence du café du commerce ?
La question primordiale n’est pas de savoir s’il faut taire une pseudo-vérité, elle serait de savoir si l’énoncé de cette pseudo-vérité constitue une incitation à la haine raciale. Car dans ce cas, elle serait bel et bien constitutive d’un délit, et une association reconnue d’intérêt public se trouve tout à fait légitime à engager des poursuites. Or pour qu’une telle affirmation sans fondement ne soit pas soupçonnée d’incitation à la haine raciale, il faudrait au moins l’entourer de toutes les précautions d’usage pour désamorcer le vieux fonds idéologique auquel ce genre de discours est habituellement associé. Mais comme à son habitude, M. Zemmour fait exactement le contraire, il sert cette idéologie et il s’en sert. C’est pourquoi je déplore que la LICRA se laisse avoir par les explications et la « mise en contexte » a posteriori de l’auteur de ces propos racistes (mais on pourrait aussi y voir un petit arrangement entre amis après un froncement de sourcils pour la forme).
Voilà pour ce faits-divers de la petite délinquance verbale du P.A.F., cette médiocre délinquance en col blanc qui se porte de bien en mieux, sous le vent aigre de cet air du temps aux relents nauséabonds. Mais plus largement, quel intérêt peut-on trouver à la diffusion publique de telles affirmations ? Cela peut-il permettre d’approfondir une réflexion sur les causes de la délinquance ? NON. Car on ne peut sainement réfléchir et travailler qu’à partir de constats avérés, et non de vagues impressions, même si elles sont de plus en plus partagées.
Il n’y a pas en l’espèce de vérité, c’est-à-dire l’énonciation de faits établis, constatés, mais un SENTIMENT, tout comme on parle par ailleurs de « sentiment d’insécurité ». Si ce genre de discours revêt un quelconque intérêt intrinsèque, c’est plutôt pour tenter de déterminer d’où il émerge, de quoi il se nourrit, quelles intentions il véhicule. Mais construire tout un article en partant du postulat gratuit qu’il est évidemment constitutif d’une vérité n’a strictement aucun intérêt.
Serait-ce un lieu commun que de constater une analogie de plus en plus forte entre les jeux du cirque de la civilisation romaine décadente et nos jeux télévisés promus par la dite « télé réalité » ?
Tout comme les gladiateurs, les candidats doivent souffrir voire bientôt, semble-t-il, mourir sous les yeux du public. Celui-ci est souvent appelé à voter sur le mode du « pour ou contre » les impétrants, comme il fallait à l’époque lever ou baisser le pouce pour épargner ou condamner les combattants...
Tout comme à l’époque, une société en perte de valeurs éthiques recourt à des divertissements barbares, dispensateurs d’émotions fortes, pour se distraire de la tragédie ordinaire d’un monde désenchanté.
Merci Quen_tin, une fois de plus, vous m’ôtez les mots de la bouche, mais c’est toujours un plaisir de vous lire.
Je réponds quand même brièvement à Léon, non pour poursuivre un dialogue dont il est incapable, mais pour souligner cette incapacité manifeste et cette absolue fermeture d’esprit qui caractérise les pires intégrismes idéologiques.
Plus haut il écrit : « Votre réponse Walden n’en est pas une. Vous fuyez, comme je m’y attendais ces questions. » Alors qu’en fait, je viens de me donner la peine de répondre à ses questions intrusives, ceci pour signifier (bête erreur) qu’il n’est pas question de chercher à se dérober. Manière de sa part d’éviter le débat en accusant l’autre de le fuir.
« Vous n’arriverez jamais à persuader en France qu’il est normal de bâcher les femmes et vous n’empêcherez jamais l’hostilité envers ces pratiques. » Il faut comprendre : on n’arrivera jamais à convaincre M’sieur Léon, retranché derrière les barricades de ses préjugés, et totalement hermétique à un échange rationnel.
Enfin, voilà résumés en trois points les règles qu’il apparaît souhaitable d’adopter selon cet éclairé théoricien du « vivre-ensemble », un véritable visionnaire démocrate ! Si cela rappelle étrangement des situations anciennement connues en Afrique du Sud ou aux Etats Unis, ce n’est que pure coïncidence :