Un citoyen, tout simplement....
" Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile." [Thucydide]
C’est toute la qualité du livre que publient Benoît Collombat et David Servenay, « Au nom de la France », guerres secrètes au Rwanda
(éditions La Découverte), que d’explorer ces quatre années qui ont
précédé le génocide. Les deux journalistes travaillent depuis des années
sur le Rwanda, le premier ayant réalisé de nombreuses enquêtes pour
France Inter, le second ayant déjà publié un livre important, en 2007
avec Gabriel Périès, Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994).
Ce que révèle ce livre, c’est d’abord l’ampleur de l’engagement
français auprès des troupes du régime dictatorial d’Habyarimana.
Formation, armement, construction d’une gendarmerie rwandaise qui sera
ensuite l’instrument du quadrillage de la population et de sa
mobilisation pour participer aux massacres, opérations spéciales,
assistance technique dans les phases de combat : à partir de 1990,
l’armée française s’engage crescendo pour sauver un régime qui, en
parallèle, met en place les structures qui permettront le génocide.
Or, et c’est là le point clé, la France ne peut ignorer ce projet
génocidaire. Car, dès 1990, les alertes sont faites. Elles se
multiplieront ensuite, venues de militaires, des agents de la DGSE, des
diplomates et des ONG. En 1993, un rapport de la Fédération
internationale des droits de l’homme (FIDH) avec trois autres
organisations humanitaires documente parfaitement les massacres survenus
en 1992, premier acte du génocide. Que fait la diplomatie française ?
Elle s’inquiète de son retentissement médiatique ; la politique
française restera inchangée... Les alertes se font-elles encore plus
détaillées, lorsqu’il est, par exemple, signalé l’achat de cargaisons
entières de machettes à la Chine ? Il ne se passe rien de plus.
C’est ce naufrage politique français que documente le livre de Benoît
Collombat et David Servenay. Le choix initial de François Mitterrand
n’est jamais contesté ni même questionné durant ces quatre années qui
précédent la catastrophe. À partir de 1993, le régime de cohabitation ne
vient pas plus remettre en question cette politique. François
Mitterrand, sa cellule Afrique, son fils Jean-Christophe Mitterrand,
Hubert Védrine, Édouard Balladur, François Léotard, Alain Juppé, son
directeur de cabinet Dominique de Villepin, et l’état-major de l’armée,
tous persistent dans leur soutien au régime criminel. Un seul homme
prend ses distances en envoyant deux notes très critiques à François
Mitterrand : Pierre Joxe, lorsqu’il est ministre de la défense avant
1993. Son avis n’est pas écouté..."
Isga Oui, trop fort Revoyez mon lien sur l’histoire fabriquée... "...Si l’identification des pasteurs tutsis comme détenteurs du pouvoir
et des cultivateurs hutus comme sujets était déjà fixée à l’arrivée des
Européens à la fin du XIX siècle, il est manifeste que les colonisateurs
successifs, l’Allemagne et la Belgique, ont joué un rôle crucial dans
l’imposition de ce différencialisme. Conformément aux théories en vogue
dans l’Europe du début du XX siècle, les colonisateurs ont appliqué la
notion de race aux catégories sociales Tutsi et Hutu.
Considérant les Tutsis, sur base d’ indices anthropométriques, comme
plus proches des Européens, le colonisateur belge s’est reposé sur cette
« minorité supérieure » pour administrer le territoire rwandais, lui
réservant l’exclusivité des postes à responsabilité. À partir des années
1930, les Belges procèdent à des recensements. Les Rwandais sont
invités à déclarer le groupe auquel ils appartiennent. Les statistiques
donnent les chiffres suivants : 85 pour cent de Hutus, 14 pour cent de
Tutsis et 1 pour cent de Twas [2]
Ce « fichage ethnique » allait « couler dans le béton » la partition de
la société en trois catégories, avec les conséquences que l’on connaît
sur le cours de l’histoire du minuscule pays africain.
Pour en savoir plus :
Jean-Pierre Chrétien, L’Afrique des grands lacs - Deux Mille Ans d’histoire, Aubier-Historique 2000, 412 pages
Gérard Prunier, The Rwanda Crisis, History of a Genocide, New York : Columbia University Press, 1995
Alex Aucun document sérieux auquel j’ai pu avoir accès ne parle d’aide au massacre, mais d’autre chose... Lisez ce livre pour une toute nouvelle approche Relisez mon billet : tout n’est pas qu’hypothése