Encore un exemple de la curieuse conception de la démocratie des Verts...
Les Informations Diéppoises - 23 septembre 2008 - Laurent Rebours
Alors que le conseil municipal a adopté une motion en faveur de son implantation
EPR : le coup de force des militants anti-nucléaires
Les militants du réseau Sortir du nucléaire se sont invités à la séance du conseil municipal de rentrée alors qu’une motion en faveur de l’EPR a été adoptée. Ils se sont notamment enchaînés aux tables et ont bruyamment manifesté leur opposition. Un premier coup de semonce à leurs yeux.
Une mairie en état de siège. Le parvis de l’hôtel de ville, une demi-heure avant le début du conseil municipal, est soudainement prise d’assaut par des représentants du comité local des Verts mais également des militants écologistes du réseau Sortir du nucléaire et notamment de son tout nouveau comité : « Stop EPR 2 ».
Banderoles, tracts, ballon dirigeable et militants qui se menottent… le ton est donné, le bras de fer peut débuter. Leur idée est d’empêcher le vote par le conseil d’une motion favorable à l’implantation de cet European Pressurised Reactor de seconde génération à Penly. Il y a tout juste un an, le président de la République s’était rendu sur le site électro-nucléaire et avait fait part de son sentiment sur une installation de cet EPR à Penly estimant notamment que bien des atouts étaient réunis ici.
C’est Christian Cuvilliez qui s’y colle pour défendre cette motion soutenue par la majorité mais qui, en son temps, avait été présentée de manière similaire par l’équipe d’Edouard Leveau. « Penly est un site précieux et aménagé pour quatre tranches, deux seulement ont été réalisées, a rappelé l’élu qui s’est fait VRP de cet équipement : Réseau des lignes à haute tension déjà constitué, capacités de refroidissement garanties sans altération des milieux naturels, proximité des grands bassins de consommation, filières de formation mises en place et adaptables pour tous les métiers liés au nucléaire ».
Et Christian Cuvilliez de mettre l’accent sur les créations d’emploi à la clé, les économies d’énergie, les besoins énergétiques… en soulignant une condition à ses yeux indispensable : « que le statut d’établissement public soit garanti à EDF. » Une intervention ponctuée régulièrement de rires, d’interventions de la salle remplie en grande partie par les militants écologistes.
« Vous êtes tous à genoux devant la société de surconsommation »
Conseiller municipal Vert, Jacques Boudier souhaite prendre la parole et, d’emblée, entend rafraîchir la mémoire des amis d’antan, « avec l’accord régional signé en 2004 entre les Verts et le PS contre la prolifération nucléaire… L’EPR prend pour lui des allures de menace supplémentaire car le risque zéro n’existe pas, il peut y avoir défaillance, erreur, malveillance, etc. ». Et le conseiller de s’en prendre sans fioriture à ses propres colistiers : « Une défaillance à l’image de Tchernobyl et là, ces victimes, vous les aurez peut-être un jour sur la conscience, vous rejoignez le lobby pro-nucléaire. Vous serez également responsable du réchauffement climatique, de la montée des eaux… rappelez-vous-le lorsque Dieppe sera inondée ! » Jacques Boudier réfute par ailleurs totalement l’argument de l’emploi, « alors qu’avec les énergies renouvelables on pourrait atteindre 11 000 emplois ».
Dans la salle, des applaudissements ponctuent cette intervention et un spectateur s’emporte : « Voilà au moins un Dieppois responsable ! » Sébastien Jumel réclame le silence. Il sera de courte durée. Jean Bazin poursuit : « C’est un sujet important pour notre civilisation, c’est une industrie de pointe pour notre pays et nous avons des atouts à faire valoir. Ce dossier permettrait de relancer l’économie et l’emploi – nettement plus qu’avec les engrais russes – et j’ai d’ailleurs été à l’origine d’un comité de soutien ».
Thierry Levasseur, échaudé par les propos de Jacques Boudier à l’égard du PS lui rétorque que « nous sommes dans un parti où il n’y a pas de pensée unique ! » D’autant que de nouveaux accords sont intervenus depuis 2008 en faveur d’un développement durable. PC, PS et UMP se montrent donc à l’unisson sur ce dossier alors que la salle, chauffée à blanc, vitupère de plus en plus, « c’est un crime contre l’humanité, vous êtes tous à genoux devant la société de surconsommation ! ». Le maire a de plus en plus de mal à tenir les spectateurs.
Bernard Brébion parvient à glisser qu’il s’abstiendra sur cette motion, estimant qu’elle « manque d’équilibre par rapport aux engagements pris en direction du développement durable ainsi que sur la recherche et l’élimination des déchets, le principal cadeau pour nos arrière-petits-enfants ». Et en matière de déchets, Jacques Boudier, caustique, propose qu’au prochain conseil « on se prononce sur la création d’un site de stockage à Dieppe, je ne sais pas, à la piscine de la Maison des sports ? ». Sébastien Jumel tient à relever « qu’ici, personne n’est irresponsable, l’avenir nous préoccupe tous » avant d’inviter les élus à voter.
Menottés à la table du conseil
C’est le moment choisi par les militants bien rôdés aux opérations coup de poing pour jouer du mégaphone et pour investir les lieux souhaitant volontairement perturber l’instant du vote afin de le rendre nul. En quelques instants ils sont une bonne vingtaine à se disperser le long des tables en U. Certains se bâillonnent, d’autres se menottent aux pieds de table, d’autres encore lancent des tracts aux élus.
Et les esprits s’échauffent très rapidement, chacun campant sur ses positions. « Vous n’êtes pas des Dieppois, vous ne connaissez rien de notre territoire, de nos préoccupations, du projet que nous avons défendu durant la campagne » lâche un Thierry Levasseur pugnace repris par Hugues Falaize, lapidaire : « Vous ne respectez pas la démocratie ». En face, Xavier Renou, porte-parole de Stop EPR 2, s’estime à l’inverse tout à fait en droit d’intervenir de la sorte : « Le débat démocratique va être confisqué, je représente la démocratie sûrement mieux que vous car vous avez peur de la population… C’est un sujet trop grave pour être laissé aux seuls élus. Vous êtes peut-être élus mais nous sommes légitimes ». Et tous les militants de scander le slogan cher au maire de Dieppe : « La ville appartient à tous les habitants ! »
Le flottement est total durant de longues minutes où l’on ne sait guère comment tout cela va se terminer. Aux quatre coins de la salle les échanges sont musclés voire surréalistes lorsque des communistes sont assimilés à des « suppôts du capitalisme ». Sébastien Jumel décide alors de faire appel au sous-préfet qui requiert finalement le commissaire pour jouer les médiateurs.
Assis en rond par terre, les manifestants savent que désormais l’intervention avec les forces de police est imminente. Ils jouent encore la montre quelques minutes mais négocient leur départ au fait qu’on leur laisse la possibilité de rester suivre le conseil. Ce qui leur importe à cet instant est de savoir si la fameuse motion a été votée ou pas. Dans le second cas ils entendent bien rester jusqu’au bout pour empêcher tout vote.
Mais si, la motion a été votée, « Elle peut être contestée car il n’a pu y avoir comptage des bras levés avec nos banderoles » avancent-ils avant de finalement quitter les lieux visiblement satisfaits d’avoir donné ainsi un coup de semonce. Car des actions, il y en aura d’autres, peut-être moins « bon enfant », concluait une militante.