« La réforme des retraites est inévitable »
Poser ce postulat en point de départ empêche bien évidemment de raisonner autrement que d’après les règles des partisans de cette réforme : pour l’essentiel de grands groupes financiers.
Si l’on compare l’âge moyen de cessation d’activité :
- France : 59,1 ans .......................... âge légal 60 ans
- U.E : 61,1 ans (Eurostat) ............. âge légal moyen 65 ans
- Allemagne : 62,6 ans ................... âge légal 67 ans
Et si l’on prend aussi en compte le fait que seuls 38% des plus de 55 ans sont encore en activité en France et qu’au delà les chances de retrouver un emploi sont plus que minimes cela signifie que :
- Bien que l’âge légal soit plus élevé de 5 ans en moyenne dans l’UE, l’âge réel ne diffère que de 2 ans par rapport à la France pour un écart d’âge légal de 5 ans..
- Même en Allemagne, l’age réel de cessation d’activité n’est que de 3ans 1/2 plus élevé pour un écart d’âge légal de 7 ans.
Donc les écarts théoriques sont le double des écarts réels (et même plus du double en moyenne).
Le recul de l’âge théorique ne change donc pas grand-chose au niveau du réel. Au maximum la moitié de ce que le discours officiel prétend.
D’autre part, et toujours d’après les chiffres d’Eurostat, les délocalisations ne sont responsables que de 6% des pertes d’emploi, et non 40% comme affirmé ci-dessus.
L’un dans l’autre, le recul de l’âge légal de la retraite ne fera que remplacer un nombre importants de retraités par des chômeurs ... le beau résultat que voilà.
De plus, c’est ignorer deux facteurs essentiels :
- La démographie : La population Allemande diminue, légèrement pour l’instant, mais de plus en plus vite, avec nettement moins de jeunes et plus de vieux qu’en France. L’Italie et la Grèce sont dans le même cas et la plupart des autres pays vont suivre à plus ou moins long terme. Deux exceptions : la France et l’Irlande. En conséquence « suivre l’exemple des voisins » qui ne sont pas dans la même situation est absurde.
- L’accroissement du PIB qui permet une ponction plus élevée au niveau des cotisations sans que l’effet sur les revenus et le niveau de vie soit proportionnel. Cette ponction a doublé ces 30 dernières années, sans que cela empêche une élévation considérable du niveau de vie.
Et enfin et pour enfoncer le clou, ce sont aujourd’hui les générations du « baby-boom » qui partent à la retraite, dans 30 ans ce seront les classes creuses et les « baby boomers » seront morts, en tout cas pour la grande majorité. Le taux inactifs/actifs ne sera pas tellement différent de celui d’aujourd’hui.
En conclusion cette réforme doit être prise pour ce qu’elle est : une partie de la destruction des avantages apportés à tous par les gains de productivité au profit d’une petite minorité financièrement privilégiée. Une régression qui nous ramène un siècle en arrière, déguisée sous le nom de progrès.