Chère loatse,
votre réticence est exactement le fond de toute réticence pro-vo : jamais un gouvernement digne de ce nom ne ferait une chose pareille à ses concitoyens.
Exact. Les européens mésestiment complètement la relation des citoyens américains avec leur gouvernement. Les américains considèrent la politique comme une branche des affaires. La moralité de l’homme politique est évaluée à peu près au même niveau que celle du gangster, un peu en dessous de celle de l’homme d’affaire traditionnel. Un homme politique est quelqu’un qui « achète » des voix, des clients, pour effectuer un mission, rapporter un bénéfice à ses clients. Il se sert au passage, c’est normal. Il doit être malin, veiller à l’intérêt de sa clientèle et bien sûr, faire des bénéfices personnels. Si ça marche, il est réélu et prospère. Par définition, l’homme politique américain est perçu comme très cynique par ses électeurs, mais on attend de lui qu’il soit efficace. Et charismatique, car c’est le pays des stars.
Le gouvernement américain gère l’entreprise USA & Co. C’est le Co qui est important. Les multinationales, les puissances financières, le complexe militaro industriel (qui n’est pas une trouvaille de Meyssan mais bien de Dwight Eisenhower). Les élus dirigent le pays en collaboration avec les grands entrepreneurs, c’est à dire, ceux qui ont réussi, les américains modèle. Ce qui est bon pour les grands entrepreneurs est bon pour l’amérique, donc pour les américains. Le monde politique américain est très étroitement intriqué dans le monde des affaires, et siège à leurs conseils d’administration. Ils sont leurs vassaux, leurs obligés. Il n’y a qu’une seule réussite en Amérique, la réussite financière. Le reste c’est peanuts. Gandhi n’est pas américain.
Évidemment cette situation crée des conflits d’intérêt. Les politiques favorisent le privé aux dépens du public. Mais le rêve américain est à ce prix. Les américains prennent sur eux, c’est leur brevet de bonne citoyenneté, ils doivent pouvoir rebondir. Quand une grande entreprise dégraisse lourdement ses effectifs, ses actions montent et ceux qui ont été viré approuvent : la direction fait des bénefs, c’est normal, elle est obligée. pourtant la solidarité est profondément ancrée dans la mentalité américaine, mais c’est toujours uniquement une question d’initiative personnelle, jamais un principe étatique.
Le gouvernement américain est morcelé en agences, bureaux, commissions, groupes de pression qui entrent en compétition et se livrent une guerre parfois féroce. Que certains groupes aient choisi de laisser faire ou de jouer avec le feu, ou de donner un coup de pouce lors du onze septembre n’est pas du tout irréaliste. 3000 vies américaines contre de fabuleux bénéfices et quelques décennies de prospérité, c’est le sacrifice d’un pion pour prendre une reine. Dans Catch 22 de Joseph Heller, il y a déjà une anecdote de ce genre : Milo fait bombarder sa base américaine par ses propres bombardiers pour remplir un contrat avec les allemands. Tout le monde hurle à la trahison, mais Milo, le grand entrepreneur, garde son calme et révèle l’énorme bénéfice prélevé pour cette opération. Et comme il dit, everyone has a share. Tout le monde a sa part. Et tout le monde se tait. Et tout le monde approuve.
C’est ça l’Amérique. Et le gouvernement américain.
Leur deux grand produits d’exportation ? Hollywood et leur armée. Budget de l’armée américaine ? Equivalent au budget de toutes les armées du reste du monde (Chauprade : http://www.realpolitik.tv/2011/08/chronique-du-choc-des-civilisations-aymeric-chauprade-sur-radio-courtoisie-mp3/). Il faut bien que ça serve, non ?