@Pierre
Je crois comprendre que vous êtes animé par le souci de
prévenir un conflit de civilisation et que vous pensez que les religions en
seraient la cause.
Si l’on observe l’histoire des deux derniers siècles, on ne
trouve pas de guerres déclenchées au nom des religions du Livre, alors que dans
le même temps se sont déroulés les pires conflits de l’histoire humaine.
Les deux principales raisons qui conduisent à des conflits
sont :
la VOLONTE DE PUISSANCE (domination)
l’ARGENT (prédation)
Le processus de validation d’une agression guerrière auprès
de la population est immuable :
1) désignation
de l’ennemi
2) diabolisation
3) fabrication
du prétexte à intervention
C’est ainsi que l’on en arrive désormais à des
« devoirs d’ingérence humanitaires », alors que les droits de l’homme
sont aux antipodes de la guerre. Vous voyez ainsi que l’on peut déclencher une
guerre au nom de textes pacifiques.
Et c’est précisément en raison du schéma précité qui vous en
venez à penser à la religion (l’Islam) comme d’un problème, car on nous a vendu
que Islam = terrorisme = devoir d’ingérence (Afghanistan, Irak).
Si l’on observe les sociétés musulmanes sur de longues
durées, on les découvre plutôt pas moins paisibles ou pacifiques (des gens, qui
comme tout le monde veulent fonder une famille et élever leurs enfants en paix)
que leurs voisins, la violence n’est donc pas consubstantielle de l’Islam.
Nous voyons actuellement dans nos médias un nombre croissant
de reportages concernant des djihadistes (armés, entrainés et manipulés par les
services secrets de plusieurs pays dont le notre). A la source du problème ne
se situe pas le Coran, mais le désespoir d’une jeunesse désœuvrée, il n’y a en
effet pas de kamikaze milliardaire.
La stratégie du chaos développée par les USA à des fins de prédation des ressources dans
les pays musulmans pourrait effectivement nous conduire par accident à un
conflit de civilisation, mais pour des raisons qui n’auraient absolument rien à
voir avec les Ecritures du Coran ou de la Bible.
Le Dieu violent de la Bible
La Bible démarre aux origines et suit l’évolution du peuple
juif sur des millénaires, le récit constitue un processus de transmutation progressive
de la violence. Retirer des passages violents viderait par conséquent le texte
de son sens.
Par exemple la conquête de Canaan se situerait vers -1500
ans avant J/C soit à 3500 ans de distance avec nous. Nous avons pu constater
l’évolution des mentalités depuis 40 ans et nous imaginons bien que sur
3500 ans l’écart est immense.
Dieu doit s’adresser aux hommes de cette époque selon leur
langage et s’adapter à leur conception du monde (descendre à leur niveau pour
pouvoir ensuite leur permettre de s’élever).
Extraits choisis d’une réflexion du Port St Nicolas sur le
sujet : Cette « pédagogie divine » se vérifie dans la
manière dont Dieu cherche à dégager les hommes de leur violence et, du coup, à
modifier l’image qu’ils se font de Lui.
C’est ainsi que, dès le livre de la Genèse, après
l’échec de la solution radicale du déluge, Dieu prend une série de mesures pour
limiter les effets d’une violence devenue inévitable (Gn 6,11,13).
« Tout d’abord il modifie le régime alimentaire des humains et leur donne
les animaux à manger. Il fait ainsi une concession à la violence (Gn 9,1-3).
Mais l’espace ainsi ouvert à la violence est aussitôt limité par deux
instructions visant à l’endiguer, à l’empêcher de proliférer. C’est d’abord
l’interdit du sang qui rappelle le principe immuable du respect de la vie (Gn
9,4). Ensuite, la loi du talion (« qui verse le sang de l’humain, par
l’humain son sang sera versé ») pose le principe de proportionnalité entre
faute et châtiment, limitant ainsi l’étendue de la vengeance. Mais cette loi
avertit aussi le violent que sa violence pourrait bien lui revenir et le
détruire à son tour (Gn 9,6a). De plus, entre ces deux paroles visant à réguler
l’usage de la violence pour laisser ses chances à la vie, Dieu lui-même se déclare
garant des droits des victimes de la violence (Gn 9,5). Enfin, il rappelle que
ces concessions qu’il a faites ne suppriment pas la vocation de l’humain créé à
l’image de Dieu et destiné à la vie (Gn 9,6b-7). »
Les nombreux appels à la
vengeance divine contenus dans les psaumes sont une étape ultérieure : on
parle d’autant plus de vengeance, qu’on s’interdit d’y avoir recours
soi-même : à Dieu seul appartient la vengeance ! (cf. Dt 32,35)
Au retour d’exil, la Loi de
sainteté atteint le désir de vengeance à sa racine : « Tu n’auras pas
dans ton coeur de haine pour ton frère... Tu ne te vengeras pas et tu ne
garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton
prochain comme toi-même. » (Lév 19,17ss).
Il restera à Jésus à montrer qui est mon prochain (cf. Luc 10,29-37) : pas
seulement un compatriote ou un coreligionnaire !
« Quand donc nous croyons savoir qui est
Dieu, écrit André WENIN, le Dieu violent de la Bible vient à notre secours -
l’expression est de Paul Beauchamp, je crois. Ce Dieu violent nous tend la
main. Il nous interroge, nous invitant ainsi à sortir de l’idolâtrie qui
consiste à faire Dieu à notre image. Stimulés de la sorte, nous découvrirons,
avec plus d’acuité peut-être, que, si Dieu est amour et cet amour est douceur,
il ne l’est pas au prix d’une démission face au mal et aux forces de mort. Car
il ne cesse de les combattre. »
http://www.portstnicolas.net/le-phare/etudes-generales/article/le-dieu-violent-de-la-bible-reactualise-et-complete