Une chose que peu de gens savent en France, c’est que 20 à 30% des habitants de Turquie ne sont pas musulmans sunnites, mais Alévis. Cette religion qui est une lointaine descendante du chiisme est très différente de l’islam. Par exemple :
- Les Alévis ne vont pas à la mosquée, mais dans une salle de prière appelée Cemevi où hommes et femmes prient dans la même salle.
- Ils ne font pas Ramadan, mais pratiquent un jeûne d’une dizaine de jours en février-mars.
- L’alcool n’est pas interdit. D’ailleurs le vin joue grosso modo le même rôle liturgique que dans la religion catholique.
- La religion n’est pas prosélyte. Beaucoup d’entre eux considèrent l’alévisme comme un courant philosophique et non comme une religion.
Les Alévis ont été très souvent victimes de persécutions. La dernière en date a été l’incendie criminel d’un hôtel où s’étaient réunis des artistes et des intellectuels alévis, dans la ville de Sivas, en 1993. Une trentaine d’entre eux ont péri dans les flammes.
Par peur des persécution, beaucoup d’Alévis évitent de révéler leur religion en public. De toute façon, l’Etat n’a jamais reconnu officiellement cette religion, même à l’époque d’Atatürk. C’est ainsi qu’officiellement, la Turquie compte 99% de musulmans (la religion est inscrite sur la carte d’identité et les alévis sont automatiquement classés dans la catégorie « islam »), le 1% restant étant des Chrétiens et des Juifs.
Les Alévis sont généralement très attachés à la laïcité et beaucoup d’entre eux prennent une part active aux mouvements de protestation contre le gouvernement d’Erdogan. Ce qu’ils dénoncent : la loi destinée à restreindre la consommation d’alcool, le projet de construction de la plus grande mosquée du monde avec l’argent public d’un pays censé être laïque et le fait de donner au futur 3ème pont du Bosphore le nom du sultan Yavuz Selim qui est resté dans l’Histoire pour avoir fait massacré des milliers d’Alévis. Ce sultan considérait d’ailleurs que couper la tête de 7 alévis permettait d’avoir une place assurée au paradis... baptiser un pont du nom d’un tel personnage a de quoi indigner cette minorité qui en a marre d’être ignorée et persécutée.