Salut à vous, ami fainéants, mes frères !
La paresse, la fainéantise, le glandage sont l’apanage d’une sorte
d’élite. On naît fainéant. C’est une chance immense et une injustice pour les
autres. L’art de ne rien faire est difficile et ne semble pas donné à tout le
monde. Même les loisirs en prennent un coup : le temps libre est de plus en
plus confisqué par la télévision et les industriels des loisirs. Nombreux sont
ceux qui redoutent l’inaction et réclament un ordre du jour même pendant leurs
vacances. Comme s’ils craignaient de se laisser aller, de se laisser guider par
la fantaisie. Peut-être par peur de se retrouver seuls avec eux-mêmes ?
Nous sommes influencés par cette culture où le religieux ( "Tu te nourriras à la
sueur de ton front !") se mêle à l’économique (travailler plus pour gagner plus) et condamne l’oisif à travailler. Sauf
s’il est rentier ou/et actionnaires ! Dans ce cas, c’est son capital qui
travaille pour lui, c’est-à-dire vous, moi, les cochons de payants de la France
d’en-bas.
Après des siècles de christianisme et avec l’esprit du capitalisme,
on n’imagine pas passer sa vie dans l’inactivité, à moins de passer pour un
marginal ou un illuminé. Et malheur à vous si vous avez la malchance d’être au
chômage ou si vous avez choisi de faire passer votre vie personnelle avant le
travail. On aura vite fait de vous soupçonner de paresse, fainéantise ou de
manque d’ambition. Et vous perdrez votre vie à la gagner. Et pourtant !
Dans une autre vie, j’ai même été « chef d’entreprise ». Et je
n’embauchais que des fainéants avoués. Ils sont les plus fiables, les plus
efficaces des collaborateurs : un fainéant œuvre vite pour avoir
plus vite fini et bien pour ne pas avoir à y revenir !
Bon. Je retourne vers mon « bureau » (c’est un hamac suspendu sous un pin parasol !)