En fait, les toubibs ont peur de
regarder la réalité en face : leur situation « libérale »
est une aberration puisqu’ils sont en fait payés par les
prélèvements obligatoires à travers la Sécu (et les mutuelles),
faisant en fait d’eux des fonctionnaires qui refusent de
l’admettre. Les médecins ont en charge un service public et ont
des obligations : avoir une localisation qui fait que tous aient
accès à un médecin sur territoire, faire des soins à un tarif
opposable. Obligations qui sont loin d’être tenues. Au niveau
tarif, si tel généraliste conventionné prend 23 euros, tel autre
non conventionné prendra 40 euros pour le même boulot. Au niveau
localisation, pour ce que je connais, en Provence, dans ma région
avignonnaise, il y a pléthore de toubibs. Mais en Lozère, l’été,
après deux Roumaines et un an sans personne, il y en a un au
plus proche village (8 km), un Espagnol, très compétent et attentif
à ses patients (en non à ses clients). Son cabinet est mis à sa
disposition, ainsi que son logement, par la municipalité. Et les
« ploucs » sont bien contents.
En France la médecine est organisée
de façon paradoxale : fonctionnement totalement libéral mais avec
un financement public. Résultat : certaines régions ont vu la
moitié de leurs cabinets fermer. Á l’horizon 2025 il y aura moins
de 23.000 généralistes en cabinet contre 56.000 aujourd’hui. Les
jeunes étudiants délaissent la spécialité « généraliste »
pour d’autres plus glorieuses, plus rémunératrices.
Sont-ils réellement à plaindre, ces
enfants gâtés de notre société ? La collectivité – donc nos
sous - paie leurs longues études. Ne serait-il pas normal qu’en
retour les toubibs acceptent au moins pour quelques années de
s’installer là où leur présence serait la plus nécessaire ?
Mais il est plus « sexy », plus confortable, plus
rémunérateur de s’installer à Paris, Nice, Aix ou Avignon plutôt
que dans le Nord, la Creuse ou la Lozère... Alors, lorsqu’on aura le
temps, on les plaindra...
Rappelons qu’en
plus de leur paiement à l’acte, les médecins touchent un forfait
plus que conséquent (5.000 euros par mois en moyenne) s’ils
respectent des « objectifs de santé publique » comme
l’informatisation du cabinet, la prescription de médicaments
génériques, la vaccination des anciens contre la grippe, le
dépistage des cancers du sein et du colon, etc. Mais ils sont aussi
contrôlés s’ils prescrivent trop de médicaments aux vieux, trop
de transports sanitaires pas indispensables, trop d’arrêt maladie,
etc. On voit donc que les médecins « libéraux » ne sont
pas si libres que ça. Ce qui est normal et logique compte tenu de
qui les paie !
Qui paie commande
dans le monde ultralibéral qu’on nous impose. Les toubibs veulent
avoir, le beurre, l’argent du beurre et en plus faire cocu le
crémier. Ils sont en fait des fonctionnaires. Quand sortira-t-on de
cette hypocrisie ?