@Chamiot
Quand j’étais
petit, la neige apparaissait des la fin novembre et on en trouvait
encore des traces début mars. On organisait des glissades dans la
cour de l’école et les chars de l’armée faisaient office de
bulldozers pour ouvrir les routes encombrées par les congères.
Mais où sont les
neiges d’antan ?
Quand j’étais petit, les pommes du verger
avaient du goût, ô elles n’étaient certes pas d’un ovale parfait,
elles avaient la surface couvertes de loupes mais, mon Dieu ! qu’elles
étaient bonnes.
Et les poires toutes
tordues, jaunes, juteuses et parfumées à souhait, où sont-elles
passées ?
Passées au crible
des normes européennes, aseptisées, édulcorées, indigestes...
Quand j’étais
petit, on jouait au bouchon et on lisait, beaucoup, Tintin, Spirou
mais aussi Jules Verne ou Prosper Mérimée, Jules Feval et Michel
Zévaco, on ne s’abrutissait pas à jouer à des jeux vidéo avec un
regard hagard de demeuré.
Quand j’étais
petit, je faisais trois kilomètres pour aller à l’école par tous
les temps, le ramassage scolaire n’existait pas mais régnait une
solidarité entre les enfants cheminant vers la communale qui n’était
pas exempte de petites chamailleries. Quand j’étais petit, y avait pas de cantine, je prenais mes tartines et ma gourde ou ma bouteille thermos...Pas de menu du tout...
Quand j’étais
petit, il y avait un seul cinéma au village, situé encore plus loin que
l’école, où mes parents m’offraient d’aller quand j’avais bien
travaillé : ça crachotait, c’était parfois inaudible mais
qu’importe ! le mystère et le merveilleux était sur l’écran, la copie se cassait, d’ailleurs plus souvent que raisonnable mais y en avait deux de films ! plus les
Actualités.
Quand j’étais petit ; l’église était pleine et les paroissiens nombreux, il y avait trois ou quatre offices, un curé et un vicaire…
Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un office le vendredi à 19 hrs et un seul officiant, un prêtre africain ( l’horreur absolue pour un identitaire recroquevillé sur son nombril ) en charge de plusieurs paroisses. Ce n’est pas que ça me dérange, je ne suis pas croyant mais enfin...le souvenir !
Quand j’étais
petit, c’était au sortir de la guerre et quand je fus jeune homme, c’était
à l’entrée des golden sixties.
Avec âge tendre et tête de bois et Salut les copains sur Europe 1, grandes ondes !
Avec Charly Gaul mettant une trentaine de minutes dans la vue à tous ses adversaires lors d’une mémorable étape du Tour dans la Chartreuse ( enfin, je crois ).
C’était le bon temps mais la jeunesse s’en est allée
et avec elle ses illusions et pourtrant quand je vois le sort qui se
profile pour nos jeunes, quelle chance ma génération a eue !
Oui, c’était mieux
avant mais non pas parce qu’il n’y avait pas d’immigrés d’Afrique du
Nord ou d’ailleurs, y avait les polacs, les ritals, alias macaronis,
les Schleus ou Boches sur qui des pareils à vous passaient leur rage
et leurs frustrations, c’était mieux parce que j’étais jeune et que
j’avais un avenir.
Et je refuse de me
laisser enfermer dans un combat passéiste d’autant plus ridicule
qu’il est perdu d’avance, de confondre nostalgie et rancœur ou aigreur.
Il est oiseux de
pleurer sur un monde perdu quand un monde nouveau apparaît, le mieux
est de chercher à en tirer le meilleur parti possible.
Sachant que ce sera
dur mais c’est la seule voie possible, celle de la sagesse, si l’on ne veut pas voir resurgir pour nos enfants et petits-enfants les horreurs de la guerre.