Il y a bien longtemps la Terre
vivait, tremblait, se convulsait en montagnes de feu, en gouffres
d’eaux, en infinis de neige. Et personne n’était là pour le
voir et surtout pour le savoir. La terre était peuplée d’animaux
qui naissaient, copulaient, se reproduisaient et crevaient. Sans se
poser de problèmes. Heureux !
Puis est tombé sur un drôle
d’animal — nous — une calamité : il a pris conscience
qu’il existait, qu’il vivait. Et donc qu’il devrait un jour ou
l’autre mourir… De là est née l’angoisse. La terrible
angoisse de l’Après. Pour combattre cette angoisse, le malheureux
animal humain, désormais conscient de sa condition, a inventer les
« dieux » et la religion.
Le culte de la nature,
l’animisme, c’était l’intégration de l’humain dans la nature
parmi les autres créatures et au même titre qu’elles. C’est ce
qui leur faisait respecter les animaux et les plantes qui leur
donnaient leur vie pour perpétuer la leur. C’est ce qui leur
faisait respecter la vie, la liberté des autres humains tant ils
avaient besoin les uns des autres. C’est ce qui leur faisait vivre
en communauté pour affronter ensemble la dureté de l’existence.
C’est ce qui leur faisait honorer et respecter les femmes qui
portent et donnent la vie. C’est ce qui leur faisait respecter et
honorer leurs morts lorsqu’ils rejoignaient la Terre-Mère. C’est
ce qui faisait qu’ils n’appréhendaient pas la mort car ils
savaient que leur esprit se fondrait dans le Tout d’où ils
étaient venus.
Puis l’Homme-nature, le
chasseur-cueilleur a entamé une inexorable chute vers le
« progrès » : il a inventé l’agriculture et
l’élevage. A partir de là, il est devenu KON !
L’agriculture et l’élevage impliquaient la sédentarisation, la
propriété privée, les barrières, les flics, les rois, les
frontières, la guerre. Et, pire que tout, les curés (terme
générique pour prêtres) c’est-à-dire les incarnations du
mensonge, les bourreurs de crâne, les marchands de peur, les
spéculateurs de la mort.
Tant que les dieux étaient
multiples, qu’ils ne dédaignaient pas de descendre de leurs olympes
pour se donner du bon temps avec quelques belles mortelles ou
mortels, que les déesses avaient tout pour s’assoir et pour respirer
et sentaient bon le patchouli et que les dieux torchaient allègrement
le jus de la treille, ça allait à peu près.
Puis est arrivé la calamité
intégrale : les monothéismes, le dieu unique. Une belle
crevure ! Qu’est-ce que c’est que ce dieu m’as-tu-vu et
narcissique qui aurait créé les hommes uniquement pour se faire
adorer ! Qu’est-ce que c’est que ce dieu mégalo,
prétentiard et sadique qui exige le sang des pauvres humains qui
n’ont jamais demandé à être créés ! Qu’est-ce que c’est
que ce dieu injuste, qui a ses favoris : les prêtres qui
s’autoproclament leurs représentants sur terre et ses
souffre-douleur : les pauvres types qu’on lui sacrifie !
Qu’est-ce que c’est que ce dieu fourbe et combinard qui permet
l’esclavage des hommes et des animaux ! Moi je vais vous
dire : ce dieu a été créé à leur image par des gens
particulièrement stupides, méchants, trouillards, mesquins, cruels,
prétentieux et vindicatifs. Ces gens, ce sont ces prêtres qui
établissent leur toute puissance sur l’obscurantisme, la
soumission et la foi aveugle qu’ils imposent à cette société de
terreur.
Ne jamais « croire ».
La « foi », fille du mensonge, tue la Raison, mène au
rejet de l’autre, fait le lit de l’obscurantisme, de l’injustice, de
la guerre, de la mort.
Le grand François Cavanna
disait : « La crédulité s’engraisse sur le désarroi comme la
mouche verte sur la charogne ».