Je suis de la
génération de Johnny. Sans avoir jamais été un fan mais sans
jamais non plus l’avoir déprécié lui et les gens qui l’appréciaient.
Sa mort mérite-t-elle cet excès d’honneur,
ce flot d’éloges dithyrambiques, ces larmes sincères ou jouées
sur les grands médias
audiovisuels et cet amoncellement d’articles sur un site citoyen
où pratiquement tout le monde se dispute le droit de donner son
éclairage, son sentiment ou de faire partager sa peine.
Je
ne le pense pas car l’excès est un défaut qui mène à la saturation.
Je pense surtout aujourd’hui à Jean d’Ormesson dont
l’annonce de la mort a été vite
submergée
par l’ombre du chanteur disparu qui, à son corps défendant, éclipse sa fin remisée au rang de
rubrique
nécrologique de province. Nul doute qu’il s’en serait amusé.
Le
symbole est pourtant violent : la
disparition un
représentant, éminent certes, d’un art somme toute mineur, la
variété, réussit
à gommer le décès d’un érudit, académicien, je sais ce n’est pas
nécessairement un gage de qualité, romancier dont un certain nombre
d’ouvrages devraient connaître une postérité relative. Auprès
d’un public nécessairement restreint.
C’est
un état de fait qu’il faut bien constater sans vouloir
hiérarchiser les chagrins, ce qui serait indécent.
Cela explique
d’une certaine manière les piètres performances (34ème
sur 50 ) des écoliers
de France en matière de lecture et de compréhension de texte (
étude du Programme international de recherche en lecture scolaire ),
les priorités des parents sont peut-être davantage dans la
consommation de variétés souvent débiles que dans l’ouverture de
leur progéniture aux délices du savoir.
Alors
je crois surtout que ceux
qui la pleurent, leur idole, pleurent surtout sur le temps qui a passé
si vite, sur les petits plaisirs de la vie dont ils ont pu jouir, sur
les petites misères ou les grands malheurs qui ont jalonné leur
parcours et qui ont été
rythmés par les chansons de Johnny.
C’est
leur fin prochaine que beaucoup entrevoient.
Comme un mauvais présage
empreint de nostalgie..