Puis-je vous demander d’en dire un peu plus sur cette formule de Vladimir Poutine que
vous transmettez : « Je vois un monde avec la Russie, ou
le monde n’existera pas ! »
Faut il l’entendre dans le sens que les Russes se verraient bien
comme les seuls habitants de la planètes dans les temps à venir… ?
Cela ne plaiderait pas en leur faveur. Ou peut-être faut il le comprendre comme une volonté de vivre en ignorant les autres... ? Ce qui serait fort dommage et aussi fort dommageable... Même si cela est possible pour eux sur leur quasi continent.
Ceci posé, je suis également très agacé, hormis quelques
exceptions (cf deux bons reportages sur Vladimir Poutine, sur A2 et
Arte), par l’attitude générale des médias conventionnels vis à
vis de la Russie. Des médias, et par voie de conséquence de la
majorité, mais pas de tous, mes contemporains. J’en suis agacé,
peiné, fâché, inquiet...
Ceci dit, quel que soit mon intérêt pour la Russie, l’estime
que je peux avoir souvent pour sa diplomatie et sa politique
étrangère, sa résilience, sa volonté d’indépendance, sa
résistance à des puissances coalisées contre elle, mais aussi pour
la capacité de Vladimir Poutine d’incarner les attentes de tout un
peuple et de ne pas se payer de mots mais de se montrer d’une grande
cohérence, je reste prudent lorsqu’il s’agit de faire l’apologie de
la Russie, d’en faire un modèle exemplaire de société.
J’ai sans
aucun doute de l’estime, de l’intérêt et de la sympathie pour la
Russie et le peuple Russe, sa culture, sa musique, etc. mais
justement pour cela, parce que j’en lis presque chaque jour la
presse, publiée en Français, en écoute les émissions qu’elle émet
en France et en Belgique, je reste stupéfait de l’absence quasi
totale dans ses communications de la culture (sorti du cadre des
danses folkloriques, de ses palais baroques et des église
orthodoxes), de la société civile, de la création artistique et
scientifique etc. Nul doute que tout cela existe en Russie. J’ai
rencontré à Bruxelles dans un cinéma art et essais des Russes de
Moscou qui animaient un cinéma de ce type là, mais ce n’est pas ce
que la Russie communique principalement d’elle même. Elle préfère
souvent rouler des mécaniques, se vanter de ses armements plus
performants que ceux de l’Ouest (et je m’en réjouis personnellement
et l’en félicite si tel est le cas), critiquer la décadence des
autres (mais ne pas pouvoir se critiquer soi même c’est déjà une
forme de décadence selon moi) , promouvoir les mouvements politiques
les plus réactionnaires sans beaucoup de discernement, s’amuser à
jeter de l’huile sur le feux (et effectivement cela me fait souvent
rire, mais ça ne mène pas très loin), relayer des informations
très raz des pâquerettes etc. Je trouve la pensée qui anime ces
médias, en général d’une grande pauvreté, et donc très attendue
et avec le temps, sans réelle surprise. Cela m’attriste parce que
j’ai de l’estime pour ce pays, qui se met de cette façon bien mal en
valeur. La seule exception est pour une partie de Radio Sputnik, principalement grâce aux émissions de Jacques Sapir, mais dans lesquelles il est question souvent plus de la France que de la Russie.
Tout ce que je dénonce là ne me dérange pas personnellement.
De toute façon je continuerai à suivre ces médias parce qu’ils me
donnent le point de vue d’en face, et en plus d’un pays qui
spontanément m’est plutôt attachant. Ce n’est donc pas ce
caractère extrêmement frustre de ces médias qui me fera mépriser
ce pays et encore moins sa population. Ca m’intéresse même, mais
disons, que cela est très loin de me convaincre.
Les musées, les théâtres, les galeries d’art, les salles de
concert, cela pullule à l’Ouest, même au fond de certaines
campagnes. La production littéraire, musicale, cinématographique de
qualité sont tout simplement impossibles à suivre, même sur un
petit territoire donné. La qualité, la grande qualité même des
créations se trouve partout. C’est vrai pour les arts mais c’est
vrai aussi pour les développements scientifiques, techniques et
industriels. Le dynamisme de nos villes et aussi des campagnes est
souvent stupéfiant. Or je sais que la Russie souffre de ce manque de
dynamisme. Un dynamisme existe en Russie, bien entendu, mais,
proportionnellement en bien moins grande quantité, hormis autour de
pôle exceptionnels… Je lisais un article de Christophe TRONTIN
déns le Gand Soir (ici :
https://www.legrandsoir.info/ce-que-les-candidats-nous-revelent-de-la-societe-russe.html
) qui semble nous dire par l’intermédiaire d’une opposante que la concentration en musées, expositions,
théatres etc. est dix fois supérieur en Europe de l’Ouest. J’ai lu
aussi d’autres articles sur cette difficulté à la créativité en tous
les domaines, économiques, scientifiques etc. sur l’ensemble du
territoire Russe. La population en général ne serait pas prête à
cela, mais plutôt attirée par un repli frileux autour d’un état
fort et protecteur. Je ne sais si ce chiffre de « dix fois » inférieur,
est exact, crédible ou non, et en fait cela ne veut pas forcément dire quelque
chose de très précis au niveau de la culture que les gens vivent.
Une culture populaire peut subsister et être très forte. Ceci dit
lorsque je capte les chaînes Russes à la télévision, qu’est ce
que j’y vois principalement sinon des shows rutilants et clinquants à
l’américaine, qui nous paraissent à nous, dégénérés de l’Ouest,
d’une vulgarité inouïe. La culture américaine, ses valeurs, ses
clichés semblent animer l’imaginaire russe. Et cela me désole.
Nous sommes nous à l’ouest, vaccinés face à ces chimères, du moins une certaine classe moyenne qui s’en moque, mais apparemment les Russes pas encore. Quand
aux (riches) Russes de Bruxelles, c’est souvent une population très
mal éduquée et arrogante qui ne rêve que luxe en touts genres (Grosses limousines blanches, silhouettes longilignes peroxydées ou noir de jais, complets vestons brillants aux jambes et épaules écartée etc.)
méprisants souvent avec les commerçants et les locaux. Ce comportement est peut
être plus l’apanage général de l’excès de richesse que de la mentalité
russe, mais disons que celle ci n’y déroge pas. Une fois encore,
dommage.
J’ai aussi rencontré un couple de simples jeunes russes de
Moscou, absolument délicieux.
Enfin, tout cela pour dire que l’image que la Russie donne d’elle
même à l’étranger au travers de ses propres médias en fait, à
tort ou à raison, un pays rude, mal dégrossi, plutôt arriéré et
mal éduqué, au goût prononcé pour ce que le capitalisme produit
de pire : les paillettes et le luxe, les armes et la forces
brute. Ce que je trouve surprenant c’est qu’elle est la première à
en être responsable puisque c’est comme cela qu’elle se présente principalement. Tous
ces épithètes peu flatteurs que je donne ci dessus, peuvent
s’appliquer autant aux USA, à la Belgique ou à la France pour
certains de leurs aspects et de leurs populations, sauf que ces pays
communiquent d’eux même aussi toutes sortes d’autres valeurs beaucoup
plus favorables et enrichissantes. Ce qui ne m’empêche pas d’être lucide sur les monstruosités que l’Occident commet hors de ses frontières.
Ce que j’attends donc des médias Russes, c’est qu’ils apprennent à nous
communiquer du meilleur d’eux même. Probablement que mes
contemporains auront alors plus de facilité à les respecter et se
laisseront-ils moins influencer par les mantras des médias dominants .