@Wildbill Bonjour Wildbill,
Ne fantasmez pas
trop sur le mot « artiste ». Rien ne sert de se monter la
tête comme vous le faites. C’est comme pour ’Dieu’, dites ’principe
transcendant’
Pour ’artiste’ pensez ’créatif indépendant’. Il
sont partout : du dessin des paysages (paysagistes) à celui de
vos routes, rues et quartiers (urbanistes), ponts, maisons et immeubles
(architectes) , bagnoles et objets de consommation courantes
(designers), coupes de vos vêtements, dessins de vos papiers peints
et tissus, illustrations des livres de vos enfants, musiciens,
peintres, sculpteurs, danseurs, acteurs, circassiens etc. Pour ma
part j’y rajoute, tous les créatifs qui n’appartiennent pas
directement au monde des arts traditionnels. Pour moi quelqu’un qui
crée avec passion et indépendance une production de légumes de
qualité, un mécanisme intelligent, c’est un artiste, comme un
producteur de vin ou un restaurateur qui travaille la saveur de ses
plats…
Ce dont l’article
parle, ce n’est pas une plainte concernant le statut de l’artiste en
tant que tel, comme semble le percevoir bon nombre de commentateurs,
ce qui serait sans grand intérêt, mais la façon dont son travail,
ce statut particulier, sont considérés dés lors qu’il s’agit de le
rémunérer ; du marchandage, souvent affectif en plus, auquel
il est régulièrement soumis alors que l’on réclame pourtant son
intervention ou sa production. A mes clients je dis qu’ils ne sont ni
obligés de me choisir ni de travailler avec moi, qu’ils peuvent
aller voir ailleurs… mais que s’il décident malgré tout de
travailler avec moi ils doivent respecter les accords convenus. Ce
n’est pas moi qui vais les chercher, mais eux qui viennent me
demander de travailler pour eux. Si personne ne vient me chercher je
ne vais pas me plaindre, je ne peux m’en prendre qu’à moi même.
Il est bien évident
que lorsqu’une entreprise de travaux publics débarque sur un
chantier avec ses bulldozers, personne ne conteste qu’il y a là
travail… Par contre, lorsque l’on considère les plans et plus
encore les esquisses, les idées qui sont à l’origine de ces
travaux, il en va tout autrement. Il n’est pas du tout évident de
défendre la création d’idées, de concepts, de formes, de dessins,
de sons etc. C’est à la base, principalement immatériel. Ca
n’existe pas et une personne ’l’artiste’ la fait apparaître. Ce
processus là est régulièrement déconsidéré, et régulièrement
perçu par un certain public comme suspect, voir carrément comme un
non travail. Bien souvent ce public mal informé pense que cela peut
se faire le matin entre le premier café et la tartine grillée.. et
que pour cela ça ne vaudrait pas grand-chose de plus que quelques
miettes… Pas grand-chose de plus en tout cas que quelques
minutes de réflexions. Un peu comme si vous payiez votre médecin
uniquement les deux minutes au cours desquelles il pose son
diagnostique ou rédige son ordonnance. La différence avec le
médecin, que l’on accepte de payer sans trop rechigner, c’est que
c’est principalement une assurance collective qui le rémunère,
alors que pour un créatif indépendant, il est clair que vous payez
entièrement de votre poche non seulement les deux minutes de génie
(pour les génies) ou les nuits blanches des créatifs plus communs,
mais également l’entièreté de leurs subsistances, comme pour
n’importe quel autre travailleur. Sinon, l’existence même de
personnes dont le rôle est de réfléchir, de créer serait tout
simplement impossible. Lorsqu’un créatif est rémunéré c’est sa
subsistance qui est en jeu. Lorsque l’on tente de retenir une partie
de sa rémunération d’une façon ou d’une autre en profitant de la
fragilité de son statut, du regard que la société pose sur lui,
c’est une façon de lui dire qu’il ne mérite pas de vivre de son
travail… ce qui est d’une grande violence. Violence pourtant
commune que dénonce, justement, Monolecte.