Internet est
effectivement un outil, un outil à manier avec précaution. Tout
comme le portable qui est à la fois outil et moyen de communication
téléphonique.
Je suis toujours stupéfait de voir dans la rue le
nombre de personnes en train de téléphoner ou de répondre à un
appel, voire de jouer à des jeux sans considération pour ceux
qu’ils croisent ou bousculent dans leur précipitation distraite à
se livrer à leur sport favori : parler.
Parler de quoi, on
se le demanderait bien mais on a peu de chances de se tromper en se
risquant à dire que ce sont des futilités, des banalités érigées
par eux au rang de nécessités quasi vitales.
Je me suis toujours
demandé comment auraient fait ces gens au bon temps de ma jeunesse
où le téléphone fixe n’avait pas encore envahi les maisons et où
il en coûtait de devoir se rendre à une cabine téléphonique ou au
café du coin pour passer un coup de fil qui était, lui, la plupart
du temps impérieux.
Les gens alors se
parlaient le soir à la veillée, ils narraient de petites anecdotes
savoureuses pour meubler les soirées que n’avait pas encore envahi
non plus la télévision qui ne se développa vraiment qu’au début
des années soixante du défunt siècle.
Aujourd’hui
paradoxalement les gens, étrangers l’un à l’autre, ne se
parlent plus sinon via leur portable auquel ils confient sans doute
leurs états d’âme si tant est qu’à notre époque la confession
soit encore de mode.
Comme tout le monde
j’ai maintenant mon portable, les cabines téléphoniques ont
disparu et, si je suis dans le besoin d’une aide immédiate, le
progrès l’a donné les outils pour l’obtenir.
Ceux qui n’ont pas
les moyens de s’équiper, s’il en existe car même des clochards
ont leur portable, sont dès lors exclus du monde des vivants, ils
échappent aux statistiques sinon celles des laissés pour compte, de
ceux qui n’existent pour personne et a fortiori pour les pouvoirs
publics.
Comme de bien
entendu, ma présence ici en atteste, je fréquente le Net mais je
garde jalousement le contact avec le papier. J’ai refusé un
abonnement numérique à mon journal que je préfère feuilleter le
matin au petit déjeuner et sans lequel ce dernier deviendrait une
corvée à bâcler au plus vite.
Je préfère aussi
le contact physique avec le livre objet plutôt que sa version
électronique que je ne dédaigne pas pour autant car on transporte
en quelque sorte sa bibliothèque avec soi en vacances sans qu’il
en pèse bien lourd avec les lignes aériennes qui vous limitent
drastiquement en bagages ou vous font payer au prix fort tout
dépassement.