La politique d’urbanisation est intimement liée à la primauté
donnée à l’industrie de masse sur ce qui faisait le quotidien de
nos campagnes, à savoir le petit artisanat et le travail de la
terre.
Non qu’il n’eût
point fallu s’inscrire dans le mouvement du monde, la chose eût
été difficile et n’eût pas été acceptée par une population
soumise dès la libération au matraquage idéologique de
l’« american way of life »
Créer des tours
pour sortir les gens de logements insalubres voire de bidonvilles ne
fut pas un recul mais un progrès.
La question est :
qu’avons-nous fait de ce progrès ?
Au début des années
70 du défunt siècle survint ce qui pourtant était prévisible pour
les mêmes raisons qui avaient conduit aux excès du développement
chez nous, des pays producteurs de matières premières nouvellement
entrés dans une phase de décolonisation s’imaginèrent pouvoir
contrôler leurs rentrées et accroître leurs rentes.
Les marchés captifs
devinrent de plus en plus perméables à des concurrences extérieures
qui étaient encore insoupçonnables dans les années du grand boom
bâtisseur de tours et autres grands ensembles au demeurant mal
conçus ou conçus volontairement comme des ghettos rendant d’ailleurs
au mot banlieue son sens originel : le lieu pour les gens mis au
ban.
Cette évolution –
tout de même évoquée en 1972 par le club de Rome, premier
organisme à avoir attiré l’attention du public avec un succès
plutôt mitigé en publiant « The limits of growth » — ne pouvait se faire
qu’au détriment des pays occidentaux dépourvus de matières
premières qu’ils avaient épuisées enchérissant par le fait même ce qui faisait leur fierté leur capacités productives.
Leurrés par leurs avantages technologiques qu’ils imaginaient par ethnocentrisme imbécile inaccessibles à ceux qui étaient, paraît-il, moins avancés, ils se sont réveillés à l’aube du XXIe siècle avec une belle gueule de bois : non seulement ils étaient rejoints dans ces domaines mais parfois dépassés.
Leur sont aujourd’hui imposés de nouveaux termes de l’échange.
Il faut admirer la
manière dont l’oligarchie capitaliste a su s’approprier les
rêves d’indépendance financière des pays producteurs en
pratiquant à large échelle la mise en coupe réglée de leurs
produits tout en favorisant une élite « indigène » gavées de pots de vin et de postes privilégiés dans un vaste
système de corruption organisée.
Ce système est en tout point semblable avec celui
qui leur avait permis de prendre la direction d’états millénaires
que ce soit en privilégiant des formes pseudo-démocratiques ou,
s’il le fallait, des formes dictatoriales.
Avec la
mondialisation – qui, on ne le dira jamais assez, est un instrument
nécessaire de la domination mondiale de ces groupes ploutocrates –
le sort de l’ouvrier occidental caserné dans ces vastes ensembles
était consommé : les usines proches fermaient leurs portes,
les quartiers étaient abandonnés par les transports en commun ; il n’y avait plus aucune raison de favoriser une
mobilité qui n’avait plus aucune utilité pour un tissu industriel en voie de
liquéfaction voire de disparition.