@Gollum
Gollum, cela fait pas mal de temps que nous nous croisons, et
effectivement nos chemins ont divergé. Je comprends parfaitement
votre position, je l’ai moi-même partagée pendant très
longtemps. C’est la position que l’on retrouve dans la
Bhagavad-Gîtâ, dans le Dhammapada bouddhiste, chez Lao-tseu et
Tchouang-tseu, des auteurs que j’ai relus mille fois et pour
lesquels j’ai une admiration infinie. C’est la position de
l’homme naturel. J’ajouterais que c’est une position
foncièrement contemplative. C’est aussi une position qui touche au
solipsisme (Descartes), qui refuse l’altérité, d’où le grand
Tout que vous mentionnez ici et là. En cela, c’est une position
éminemment confortable : elle donne une haute opinion de soi,
n’impose aucun effort, aucun contact avec autrui, et par la
position de surplomb qu’elle offre elle permet de juger le monde
avec beaucoup d’assurance, puisqu’on n’en fait plus partie.
Cela va de pair avec un rejet radical du monde moderne, etc. Votre
collègue Mélusine était à peu près sur le même créneau, ainsi
que beaucoup de gens, souvent d’une grande qualité, que j’ai pu
croiser sur le Net.
Votre position est
beaucoup plus facile à défendre que la mienne parce qu’elle
flatte les penchants fondamentaux que le monde moderne génère chez
l’homme : auto-suffisance, haute estime de soi, sécurité,
confort, plus l’aspiration métaphysique qui n’a jamais disparu.
Ainsi, ce que vous reflétez avant tout, c’est ce que le monde
moderne (et nullement votre Âtman) vous fait désirer et penser.
D’ailleurs je crois savoir que vous avez une formation scientifique
et technicienne, ce qui est parfaitement cohérent avec votre
parcours.
Pour ma part, et
même si cela a été très difficile, j’ai préféré ne pas
refuser l’altérité, ni la réalité. Or, c’est la Bible qui
offre à l’homme, non pas ce qu’il désire, contrairement à
toutes les spiritualités et à tous les mouvements New Age, mais
l’objectivité (la Bible est un livre historique) et la
confrontation à l’altérité (Dieu est le Tout Autre, comme
écrivait Karl Barth).
La seule question
que je me pose est : « Qu’est-ce qui permet l’action ? »
Votre voie contemplative est celle d’un homme qui vit à la
campagne, sans nécessités financières aiguës, sans contacts
fréquents avec ses semblables. C’est la vie que j’ai longtemps
rêvé de mener. Mais il faut tenter de vivre, comme disait le poète,
et j’ai choisi la voie qui permet l’action : « Vendez
tout ce que vous avez, partez sur les routes, n’ayez pas peur des
autres, etc. », disait le Christ. « Le Seigneur est mon
berger, je ne crains personne, aucune armée au monde, et je ferai
triompher ta Justice à la face des hommes », disait David. Je
dois agir, et j’agis, et la parole de Dieu me permet d’agir,
comme elle l’a fait pour des millions d’autres avant moi.
Voilà, j’ai vidé
mon sac avec vous, cela montre que je vous estime, malgré l’impasse
spirituelle (« Vous connaîtrez un arbre à ses fruits »)
dans laquelle je pense que vous vous êtes enfermé.