@Gollum
Alors pourquoi avoir évoqué les 500 ans de retour à l’autorité de
l’écriture ?
Parce que je considère que les protestants peuvent être des chrétiens
aussi authentiques que les catholiques, et que contre eux vous ne pouvez pas
déployer votre argumentaire habituel sur « les papes, les curés, l’Inquisition,
l’Eglise, les bigots, etc. ». Vous prétendez attaquer le christianisme, or
vous en attaquez juste certaines manifestations, de façon partiale d’ailleurs,
et vous vous en servez pour condamner le phénomène spirituel dans son ensemble.
Personnellement, je ne me sens nullement lié par les turpitudes passées ou
actuelles de l’Eglise, alors quand vous invoquez une influence perverse des « curés »
sur moi, l’argument tombe à plat, tout simplement. Si vous voulez attaquer l’essence
du christianisme, attaquez la Bible, là on pourra discuter. Jacques Ellul (que
j’ai lu), Paul Ricoeur (que je n’ai pas lu), étaient d’authentiques chrétiens
me semble-t-il, mais ceux-là vous ne les attaquez pas, vous centrez toutes vos
flèches contre les papes, les curés, les bigots, etc. C’est un peu facile. (Par
ailleurs, même ces attaques-là sont très contestables : il faudrait
comparer ce que l’Eglise fait d’un homme ou d’une femme avec ce que la société
sécularisée fait d’un individu. Je ne suis pas sûr que l’avantage soit à la
société sécularisée, j’ai malheureusement de nombreux exemples en tête, des
deux côtés, mais c’est là un autre problème).
« Vous restez muet sur mon argumentation de Jésus tourné vers
l’Un »
Ok, allons-y.
Votre « Un » est une abstraction, rien de plus, qui n’est
en rien comparable à la Révélation biblique. Jésus Christ n’est pas « tourné »
vers l’unité, il est l’unité, ce qui est totalement différent. Pour un chrétien
il n’y a pas d’unité inconditionnelle, il y a « l’unité en Jésus Christ »
et en Jésus Christ seulement. Votre
unité mystique est une abstraction, on ne la voit pas, on ne la touche pas : « Le
regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’invisible. Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l’impalpable » (Tao-tö king, 14).
Tandis que chez Jean : « La Vie s’est manifestée, nous l’avons vue,
nous en rendons témoignage » (1Jn, 1, 2). « Qui m’a vu a vu le Père »
(Jn, 14, 9). Dans le christianisme il n’y a pas d’unité au-dessus du reste,
comme chez Plotin. Il y a le Christ. Dès lors le chemin est totalement différent.
Ce n’est pas une quête intellectuelle et universelle, c’est un contact avec une
réalité singulière, c’est ce que vous avez tant de mal à comprendre, et c’est
ce qui fait qu’il y a un gouffre infranchissable sur ce point entre l’orient et
l’occident. Il n’y a pas de pont, pas de syncrétisme entre les deux, car pour
accéder au Père selon la Bible il faut passer par l’ « olivier franc » dont
parle Paul dans l’Epitre aux Romains, 11, il faut se greffer sur cet arbre
singulier. « Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te
porte », et la racine c’est Abraham, Isaac, Jacob, David et le Christ.
Ce ne sont pas seulement des mots creux, cela change totalement la
perspective. L’Un des mystiques est le « but suprême » (on retrouve l’expression
à la fois dans la Bhagavad Gîtâ (sept occurrences : 3, 19 ; 6, 45 ;
7, 18 ; 8, 21 ; 9, 32 ; 13, 28 ; 16, 22) et dans le
Dhammapada (deux occurrences : 351 et 386)). Et pour atteindre ce « but
suprême », pour atteindre l’illumination, il faut passer par tout un
cheminement, des efforts, une ascèse (le bouddhisme du petit véhicule est destiné
aux moines, vous ne le nierez pas), il faut aménager son existence en fonction
de ce but : ermitage, conditions de calme et de sérénité pour la
méditation, l’étude, etc. C’est la voie
contemplative. Dans le christianisme, rien de tel, car le but est déjà atteint,
il a été pleinement accompli en Christ. Dès lors, le chrétien se retrouve à l’étape
d’après, il est déjà sauvé, déjà justifié en Christ. Ce qui l’intéresse ce n’est
plus l’ascèse, c’est la Vie Nouvelle, la vie de la Grâce, qui lui a été donnée
par Dieu en Christ et qui se manifeste par l’action du Saint Esprit. Il ne faut
plus s’isoler, il faut agir, parler, changer le monde, faire fructifier les
dons de l’Esprit, au premier rang desquels la Charité. Ce n’est pas du tout la
même chose que ce que nous propose l’orient, ce n’est pas du tout la même vie.
Voilà,
maintenant vous ne pouvez plus dire que je suis resté muet, putain, vous me
faites bien bosser, heureusement que c’est le week-end…