Sans sortir du sujet, peut être avec ’influence française sur la liberté des femmes, elles marchent vers leur victoire en Pologne où la légalité pourrait rapidement changer !
Le 22 décembre 2020
Les femmes mènent le combat
L’arrêt
du 22 octobre 2020 du Tribunal constitutionnel de Varsovie voulait rendre
l’avortement quasiment illégal jugeant contraire à la Constitution
l’interruption volontaire de grossesse en raison de malformations du fœtus.
L’IVG ne devenant possible qu’en cas de grossesse résultant d’un viol, d’un
inceste ou mettant la santé de la mère en danger (2 % des avortements en 2019).
Mais les femmes et les jeunes, et des hommes, ont dit non et se sont mobilisés
massi-vement. 73% de la population soutient les manifestations.
Cet
arrêt a jeté dans la rue quotidiennement, depuis le 22 octobre, des dizaines de
milliers de manifestantes et manifestants : une mobilisation que la Pologne n’avait pas connue
depuis longtemps.
Bien sûr, les précédentes
manifestations essentiellement féminines, en 2016 et 2018, avaient déjà fait
reculer le Parlement lorsqu’il s’était attaqué au droit à l’avortement. Mais
les manifestations de ces derniers jours ont mobilisé beaucoup plus largement,
en particulier la jeunesse… Et le mouvement s’est rapidement transformé en une
contestation plus générale du pouvoir. Plus radicale aussi : des
manifestant-e-s sont allé-e-s jusqu’à faire irruption dans les églises en
pleine messe, ce qui était impensable dans ce pays très catholique, et des
heurts ont eu lieu avec des militants d’extrême droite.
Conséquence : la chute brutale
de 10 points du parti « Droit et justice » (PiS) dans les sondages, passé de 40
% à 30 % de soutien, conduit son chef et vice-premier ministre, Jaroslaw
Kaczynski, à chercher une échappatoire et à ne pas publier la décision du
Tribunal constitutionnel au Journal offi-ciel, ce qui sursoit à son entrée en
vigueur alors que cette publication aurait dû intervenir au plus tard le 2 novembre
2020.
« Grève générale des femmes »
Depuis
le 22 octobre 2020, les manifestations organisées par la « grève générale des
femmes », sont quasi quotidiennes et des hommes y participent. Phénomène
nouveau, les jeunes femmes de 15 à 30 ans manifestent aussi Jusqu’alors c’était
surtout des femmes de 30 à 50 ans et « Les grand-mères polonaises »,
collectif de femmes âgées de 65 à 80 ans, pleines d’énergie, qui manifestaient
depuis l’arrivée au pouvoir (en 2015) du parti ultra-conservateur Droit et
justice. Depuis, elle dénoncent les atteintes à l’indépendance de la Justice et aux droits
humains. Fait nouveau, depuis deux mois, c’est en faveur du droit à
l’avortement qu’elles manifestent.
Bien
sûr, il y avait déjà eu, en 2016 et 2018, d’importants mouvements pour le droit
à l’avortement en Pologne mais l’entrée réelle des jeunes femmes dans la vie
politique ne date que des dernières élections présidentielles de juillet 2020
où elles se sont mobilisées pour aller voter. Dans la lutte pour le droit à
l’avortement, la situation actuelle est donc inédite. D’autant qu’elle touche
toutes les villes qu’elles soient grandes, moyennes ou petites. Alors que les
manifestations antérieures en faveur de l’avortement étaient « contrebalancées
» par des contre-manifestations contre l’avortement, ce n’est plus le cas
aujourd’hui car 73% de la population soutient les manifestations. Force est de
constater le courage des manifestantes et manifestants qui défilent malgré le
risque de perdre leur emploi et de « représailles » que pourraient subir leurs
enfants à l’école.
Gouvernement et Eglise sont contestés
Depuis
2010, les Polonais sont divisés sur le sujet mais le rapport de forces a
changé. La décision du Tribunal constitutionnel n’est plus le seul motif de la
mobilisation. Les manifestantes et manifestants veulent maintenant la chute du
gouvernement, la disparition du Tribunal constitutionnel et le droit à
l’avortement. Le mouvement « grève générale des femmes » se structure et forme
une sorte de « conseil d’experts » qui s’organise en plusieurs groupes de
travail sur l’avortement. Un projet de loi citoyen(*) est
en cours de rédaction avec les femmes députées de l’opposition de la gauche
polonaise qui avaient déjà, par le passé, déposé des projets rejetés par le
Parlement.
Effet
second mais pas secondaire, la place de l’Eglise dans la société polonaise est
remise en question au point que Jaroslaw Kaczynski a lancé un appel à défendre
les églises contre les manifestants « nihilistes » qu’il accuse de « détruire la Pologne »… Sans succès puisque,
depuis des semaines, le leader du PiS et vice-président du gouvernement n’a
sans doute pas dormi beaucoup, la contestation populaire s’exprimant jusque
sous ses fenêtres.
En
Pologne, c’est le durcissement de la loi contre l‘avortement qui a déclenché le
mouvement populaire. Il s’est élargi à la contestation de la partie la plus
réactionnaire de l‘Eglise catholique et à la contestation du pouvoir néolibéral
incarné par le PIS. En France, c’étaient les taxes sur l’essence qui avaient
déclenché le grand mouvement populaire des Gilets jaunes. Au Chili, c’est
l’augmentation du prix du ticket de métro qui a déclenché le mouvement
populaire et qui conduit à la possibilité d’une nouvelle Constitution…Quel que
soit le déclencheur, seules les luttes populaires massives font reculer les
gouvernements néolibéraux et ouvre une voie pour les peuples à décider de leur
avenir.