@Nicolas Cavaliere
Je ne
me souviens plus du tout de Wozzeck,
alors que Moses und Aron
me laisse un souvenir très clair, sans doute à cause du sujet.
Quelque chose de très épuré, de très austère, mais sincère, pas
prétentieux. C’est cette sincérité que vous soulignez dans votre
article chez Schonberg et Kurt Cobain, que vous reliez à la mort. Il
y a plein de choses dans votre article, cette radicalité chez ces
deux-là, cette volonté de retourner le langage mécanique contre
lui-même pour en faire jaillir autre chose. Je sais pas si on
pourrait encore voir ça aujourd’hui, l’époque n’est plus la
même.
C’est
un peu ce que je veux dire quand je dis que « l’époque
esthétique est terminée ». C’est un sujet très vaste, il
faudrait des pages entières. Je
pouvais discuter pendant des heures sur des films ou des livres il y
a quinze ans, maintenant c’est fini, il n’y a plus
d’interlocuteur, il y a de la morale partout. C’est un des
aspects. Avant internet on était seul, il n’y avait que l’art,
avec un engagement total. Aujourd’hui Kurt Cobain serait sur
Twitter, à soigner son image. Le formatage est beaucoup plus fort
aujourd’hui, et les sujets de réflexion et de création
sont presque imposés. En étant partout l’art n’est plus nulle
part. C’est très compliqué. Ce
qui était spontané alors est devenu spectacle, exhibition, on se
montre. L’hystérie planétaire au moment de la mort de Michael
Jackson... Cobain est mort avant ça.