Je ne veux pas être désagréable, mais vous arrivez à rendre Nietzsche chiant... À croire qu’il n’y a aucune sensibilité chez vous, vous analysez ça avec la finesse d’un précepteur prussien. Tout est polémique chez Nietzsche, et Humain trop humain, publié deux ans après le premier festival de Bayreuth, plus que tout autre texte. C’est cet ouvrage qui a provoqué la rupture avec Wagner. L’ouvrage est placé sous le patronage de Voltaire, et Nietzsche s’y montre positiviste à outrance, en réaction par rapport au lyrisme de ses jeunes années. Prendre toutes ces platitudes sur le génie au premier degré, sans les replacer dans leur contexte polémique, est stupide. Nietzsche y prend volontairement le contre-pied de ce qu’il avançait dans La Naissance de la tragédie, où il exaltait au contraire la dimension dionysiaque de la tragédie originelle. Tout ce texte est un contrepoint transparent de la théorie du génie de Schopenhauer, qui occupe tout le troisième livre du Monde comme Volonté et comme Représentation. Schopenhauer que vous ne citez pas une seule fois. Nietzsche règle ses comptes avec Schopenhauer et Wagner, pas avec Kant qui n’a jamais rien représenté pour lui. Pfff... Décoincez-vous un peu, Nietzsche est rock and roll, il s’investissait complètement dans ses écrits, là on dirait que vous commentez du Bergson, ou du Comte-Sponville.