@CATAPULTE
Mais au-delà de ça, il est à craindre que la reconquête du Donbass et de la Crimée par une déferlante militaire ukrainienne ne soit par l’épisode le plus glorieux d’un peuple jusqu’ici auréolé de son patriotisme et de sa résistance. Qu’adviendra-t-il des Pro-russes ou de ceux perçus comme tels dans les territoires reconquis ?
Il est certain que Kyiv a annoncé que toute personne ayant trempé dans les crimes de guerre en Ukraine sera poursuivie par la justice. Il aura, et a déjà, l’appui occidental dans cette quête. Donc les bourreaux et leurs complices ne pourront que trouver refuge en Russie ou dans les zones grises telles que Transnistrie, Abkazie et Ossétie du Sud. Mais Moscou peut tout aussi décider de les éliminer directement ou de les sacrifier dans sa guerre comme la compagnie ayant sévi à Bouchta.
La conquête du Sud de l’Ukraine a été appuyée par des pro-russes locaux, ce qui expliquerait pourquoi des ponts n’ont pas été détruits et pourquoi Kherson est tombé aussi rapidement. En ce qui concerne la « dénazification », dans la réalité « désukrainisation », des listes de personnes à supprimer ont été dressée par des observateurs locaux et remises aux Russes. On commence à voir des témoignages en ce sens. Il est probable qu’il y aura une épuration en Ukraine du type de celle qui a eu lieu en France à la libération, en ce qui concerne les collabos. Mais soulignons que l’appareil d’Etat ukrainien tient toujours et qu’on ne se trouvera peut-être pas dans le cadre d’une justice sommaire telle que celle qui s’est exercée en France en 1945. Toutefois, il reste une inconnue. Au risque de choquer, il me semble que les crimes russes en Ukraine sont beaucoup plus systématiques et d’une bien plus grande ampleur que ceux qui ont été pratiqués en France par les Allemands. La haine anti-russe ou anti-pro-russes atteint des sommets. Il peut y avoir de sommaires règlements de comptes.
Mais il a un point à prendre en compte, c’est la pratique des otages. Moscou s’est constitué un vivier de matériel humain à échanger. Cette pratique est systématique depuis 2014. Si l’on met le cas de Sentsov à part on peut rappeler que l’enlèvement de Roman Souchtenko ou Yoanna Barbereau, cas les plus connus en France, relèvent de cette logique. On dit qu’il y a un million d’Ukrainiens qui ont été déportés en Russie. Pour les faire revenir, il faudra bien les échanger. Ce qui pourra garantir l’impunité à certains « pro-russe ».
Mais les Ukrainiens, eux-mêmes, sont conscients de la situation et envisagent cette pratique d’échanges. On peut lire des appels à prendre le contrôle de la Transnistrie. L’idée est supprimer cette tentation pour Moscou, de neutraliser une base représentant une menace sur le flanc sud-est et de récupérer ou de détruire les stocks de munitions soviétiques qui s’y trouvent. L’autre idée est aussi de capturer les forces russes faiblement entraînées et équipées de matériel obsolète, pour les échanger, par exemple, contre les survivants de la poche d’Azovstal à Marioupol.