En
contrepoint à cette bonne introduction de M. Monin
Etat &
Mafia ? Deux face de la même médaille, oui. Quid de la notion
clef de complicité citoyenne ?
Il m’a toujours
semblé qu’une caractéristique de l’entité mafieuse c’est que vis à
vis d’elle il est impossible de rester neutre, honnête, conforme aux
règles communes de la communauté locale où l’on vit, de la common decency.
En vue
micospique :
Le moindre paisible charcutier ou notaire
napolitain ne peut échapper à la camorra qui fera de lui un
complice, un micro complice racketté en échange de compromissions
illégales.
C’est que le
camoriste raisonne exactement comme l’agent du fisc,
comme l’état disant : "quoi que tu fasse, tu sera
toujours en faute quelque part, il me suffit de la chercher", parce
que les règles de droit fiscal, commercial, voire civil comme les
règles de la mafia dans la rue ou les bordels, sont faites pour
que personne ne puisse les respecter sans tomber sous le coup de ses
lois.
Du coup le
camoriste dit : « puisque tu ne peux être en règle et
n’être qu’en faute, mets toi sous ma protection moyennant ta
contribution mafieuse (racket) ». On voit que l’agent du
fisc, l’officier de police vis à vis de l’indic ou le camoriste ne
sont qu’un seul et même acteur sous des costumes différents.
Et qui est cet
acteur ? Eh bien, en bout de chaîne c’est toujours l’état.
C’est pourquoi, comme la médaille à deux face, s’il n’existe pas
de mafia sans état, il n’existe pas non plus d’état sans mafia.
En France jacobine, la mafia c’est l’état, les réseaux d’état du
capital de connivence devenant capital de surveillance.
En vue macroscopique :
Faisant du droit,
j’ai toujours compris que le « nul n’est censé ignorer
la loi » est le premier principe du chantage
mafieux, principe de mise en dépendance par incohérence
volontaire, de mise en conflits d’intérêts, dont la bourgeoisie du
capital connivent a fait une vertu républicaine, alors que c’est une
criante escroquerie ! Une inversion du sens car c’est le
législateur qui devrait rendre des comptes au peuple, devrait être
sensé ne pas s’approprier les lois objectives d’auto-production du
peuple par lui-même.
(Voir à cet égard
la notion psycho-dysphorique de « dissonance citoyenne » proposée
par Idriss Aberkane)
Mais du coup on
comprend autre chose qui va à l’encontre des partisans idéalistes
de la démocratie (NB. qui sont tous aussi compromis... en
réalité),
c’est :
qu’il n’y a pas de démocratie
développée exempte de mafia, de corruption par le capital
et la
seule façon de se débarrasser de la composante mafieuse d’un
régime
c’est donc d’abolir ou suspendre la démocratie bourgeoise
corrompue et qui est corruptrice par construction
et donc
d’imposer un régime autoritaire (dictature du prolétariat,
fascisme, autoritarisme, collectivisme, bureaucratisme...) que sa
plaise ou pas ! C’est mécanique ! Pas affaire d’opinion, l’histoire le prouve.
Si ce processus
n’émane pas de l’initiative radicale défensive de corps
intermédiaires populaires, eh bien il se déroulera qu’en même
mais à l’initiative offensive de la caste mafieuse qui abolira cette
démocratie qui n’a toujours été que formelle.
Le démocratisme militant perd donc dans tous les cas, sur les deux fronts !
Le régime
bicéphale dit Poutinien n’est-il pas complètement illustration
de cette mécanique dualiste irrépressible, où se côtoient un régime
fédéral démocratique formel relativement corrupteur hérité de la
mafia Eltsinienne et un état autoritaire bureaucratique parallèle présidentiel anti-corruption. Que çà plaise ou pas, pris dans l’étau dialectique, V.
Poutine n’a pas le choix !
Plus on se
masturbe avec la démocratie politologique formelle, plus on
entretien l’opium individualiste mafieux, plus on fabrique le
consentement au totalitarisme du chantage mafieux qui isole chaque
citoyen seul face au système. Les russes, encore animés d’une
conscience collective forte, semblent vouloir entreprendre une
aventure anthropologique très difficile et risquée. Les français
se complaisent dans la fange mafieuse dont il tirent des miettes
comme des valets addictes au sado-masochisme citoyen, encore
gâtés.