Aux Lecteurs.
Analyse...https://lecourrierdesstrateges.fr/2024/12/13/bayrou-cette-france-des-notaires-et-des-profs-qui-va-ratiboiser-les-epargnants-pour-sauver-son-train-de-vie/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_source_platform=mailpoet&utm_campaign=newsletter-courrier-des-strateges
Mais
quelle France Bayrou incarnera-t-il ? C’est un peu le tabou : peu
de gens se demandent ce que le MODEM représente vraiment, au-delà
des clichés simplistes distillés par la propagande de la presse
subventionnée. Quand on y regarde de plus près, on comprend que la
France de Bayrou, celle qui va sauver la start-up nation, est en
réalité un mélange subtil entre la France de la rente pépère et
celle du salaire de fonctionnaire, heureuse d’elle-même et de ses
certitudes rances. Ce qu’on pourrait appeler la putréfaction du
macronisme.Tiens
! après plus de trente ans d’attente (Bayrou accéda aux
responsabilités ministérielles… en 1993 !), le Béarnais arrive à
Matignon, en peu au forceps. Mais, en trente ans, de quelle France
a-t-il chargé ses épaules ? Et quelle France incarne-t-il ?Beaucoup
imaginent, forts de leur héritage d’un siècle passé que François
Bayrou est un homme moderne, peut-être trop longtemps mis sous le
boisseau pour éviter de bousculer les usages d’un monde qu’il
veut réformer. La réalité est un peu plus cruelle : au-delà de la
propagande et des narratifs, Bayrou incarne une France rance, moisie,
celle de la petite bourgeoisie rentière qui en veut au
vingtième-et-unième siècle d’avoir changé les règles d’un
monde qui auraient dû la faire gagner, et qui la fait perdre
aujourd’hui. Et vous n’allez pas tarder à vous en rendre
compte.Le bon temps où François
Bayrou roucoulait avec la principale responsable syndicale de
l’Education Nationale,
Monique Vuaillat, est bel et bien fini. Entretemps, on a inventé
Internet, l’euro, et quelques autres joyeusetés comme les tests
PISA et le COVID, qui changent fameusement la donne. Autant
d’occasions ratées, pour le lion du Béarn, de renouveler son
genre.Et c’est bien cette particularité française qui agace. En
1940, la France remettait son destin entre les mains d’un maréchal
Pétain qui avait vingt ans de retard, au moins. Aujourd’hui, c’est
trente ans de retard que Bayrou accumule au compteur. Dans un monde
qui a tellement plus changé qu’entre 1918 et 1940…
La
France des notaires et des enseignants
Et
c’est bien cette France dépassée : celle de la protection, de la
sécurité, de la frilosité, de la routine, que Bayrou incarne, face
à une France soumise à la concurrence internationale, interrogée
par les progrès technologiques, et alourdie par les lourdeurs
bureaucratiques et sociales. Il faudrait oser, et tout nous pousse à
craindre et à nous enfoncer dans les tranchées de la
réglementation, du protectionnisme, et du mépris pour un progrès
technologique quotidien.
La
grande imposture consiste à faire croire que cet homme de la France
du vingtième siècle parviendra à nous faire entrer dans le
vingt-et-unième, alors que chaque jour les adversaires de cette
bascule remportent des victoires dans une opinion travaillée au
corps par les néo-cons mondialistes de type Bolloré qui rêvent
d’un retour au monde ancien. Nous savons tous que le refus
d’obstacle est éliminatoire dans le monde qui vient. Et c’est
pourtant l’homme du refus d’obstacle qui accède au Gouvernement
de la France, comme si Macron, pétri de haine contre son pays, avait
décidé de le faire plonger.On retiendra de l’histoire la relation
privilégiée entre Bayrou et les syndicats enseignants, qui fait de
lui une sorte de nostalgique de la défunte école de la Troisième
République, celle où les hussards noirs garantissaient la survie
d’un régime minoritaire dans les esprits. Et on retiendra aussi de
lui la parfaite incrémentation dans un système où « l’affectio
societatis », la combinazione, la bonne entente avec les
autres, au besoin matinée de quelques arrangements de derrière les
fagots, tient lieu de solution politique.
Sans
oublier les personnes sur qui Bayrou s’appuie. Par exemple le
notaire du Béarn Jean-Paul Mattéi, qui propose d’augmenter les
impôts pour les entrepreneurs, et de rogner les avantages fiscaux
pour les détenteurs d’un compte d’assurance-vie. Nous
avons expliqué
cela en détail aujourd’hui.Dans
la pratique, sous des dehors rassurants, Bayrou est à la tête d’un
parti qui a une revanche à prendre sur la France d’aujourd’hui
et de demain, au nom de la France d’hier. Mais de quel projet
est-il le porteur ou le véhicule ? D’un projet sans colonne
vertébrale, sans boussole, où le seul guide est l’audience et la
promesse de devenir Président…En dehors de ces espérances,
fondées sur une préservation des avantages acquis (ceux des
notaires qui veulent taxer le patrimoine, ceux des enseignants qui
veulent nous convaincre qu’ils travaillent dur pour sauver la
République, sans nous autoriser à vérifier l’exactitude de leurs
dires), quel est l’horizon dégagé par Bayrou ?Taxer les
« riches », on l’a compris. Mais en dehors de cela ?On
attend encore la réponse.Bref,
un homme de gauche dans ce qu’il y a de plus pur, maquillé sous
des dehors centristes. Triste destin du macronisme, dont la solution
finale consiste à récupérer l’argent des classes moyennes pour
faire vivre son électorat. Tremblez, épargnants, Bayrou est là !