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Commentaire de Yves Guéchi

sur La France suffoque : l'été d'une canicule sans fin


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Yves Guéchi Yves Guéchi 2 juillet 2025 17:43

@LeMerou

Merci pour votre message. Il est vrai que dans un pays habitué à une certaine stabilité climatique, il peut sembler exagéré d’évoquer des « grandes causes nationales » après quelques jours de chaleur intense. Mais ce que nous vivons aujourd’hui n’est plus un simple « coup de chaud ». C’est une manifestation directe du changement climatique. Les canicules ne sont ni nouvelles ni dramatiques en soi — ce qui change, c’est leur fréquence, leur durée, leur intensité, et les conséquences qu’elles entraînent dans un pays qui n’a pas été construit pour y faire face.

Ce qui se passe à Paris, mais aussi à Lyon, Toulouse, Marseille ou dans bien des zones rurales, dépasse largement l’inconfort personnel. Ce n’est pas qu’une ville a transpiré quelques jours : ce sont des centaines de milliers de personnes fragiles — enfants, personnes âgées, malades — exposées à des températures qui peuvent devenir mortelles. Ce sont des écoles, des hôpitaux, des logements sociaux qui deviennent inhabitables. Ce sont des agriculteurs qui perdent leurs récoltes, des forêts qui brûlent, des nappes phréatiques qui s’effondrent.

Relativiser ces phénomènes revient à ignorer ce qu’ils annoncent : une transformation irréversible de notre climat si nous ne faisons rien. Dire que seuls 2 000 établissements scolaires sont concernés, c’est oublier que ce chiffre ne représente que les cas les plus critiques, les plus visibles. Des milliers d’autres souffrent déjà de conditions dégradées qui ne permettent plus d’apprendre ni de travailler sereinement. Le béton, le bitume, l’absence d’arbres, l’absence d’ombre, l’urbanisme sans vision ont transformé nos cours d’école en pièges thermiques. Ce n’est pas une lubie d’écologiste, c’est une réalité vécue par des enseignants, des enfants et des parents.

Climatiser en urgence les établissements scolaires ne peut pas être la seule réponse. C’est une solution de court terme, énergivore, coûteuse, et qui risque d’aggraver le problème sur le long terme si elle n’est pas pensée dans une logique de sobriété. Refroidir l’air tout en continuant à bétonner les sols, à supprimer les arbres pour « éviter que les enfants se cognent », c’est s’attaquer aux symptômes sans traiter les causes. Ce qu’il faut, c’est réinventer l’aménagement urbain, replanter massivement, végétaliser les espaces publics, désimperméabiliser les surfaces, adapter les bâtiments. C’est un chantier de fond, qui demande du temps, des moyens, mais qui est indispensable.

Quant à l’idée de laisser les enfants chez eux pendant les pics de chaleur, elle repose sur une vision irréaliste de la société. Tous les parents ne sont pas en télétravail. Tous ne peuvent pas s’absenter. Et surtout, tous les logements ne sont pas adaptés pour supporter une canicule. Pour certains enfants, l’école reste l’endroit le plus sûr et le moins chaud. Et pour les parents les plus précaires, la fermeture des établissements est un fardeau, pas une solution.

Enfin, évoquer la dette publique comme argument pour ne rien faire revient à poser le mauvais diagnostic. Ce qui coûte cher à l’État, ce n’est pas de prévenir les crises, c’est de les gérer une fois qu’elles ont éclaté. Le coût des inondations, des incendies, des pertes agricoles, des hospitalisations liées aux vagues de chaleur est bien plus élevé que celui d’une adaptation planifiée. Et si nous continuons à ignorer les signaux, la facture ne fera qu’augmenter.

Il ne s’agit pas d’un emballement médiatique, mais d’une prise de conscience tardive d’une crise qui dure depuis des décennies. Ce que les scientifiques, les climatologues, les médecins alertent depuis longtemps devient aujourd’hui visible, tangible, et dangereux. Le nier ou le tourner en dérision, c’est faire preuve d’un cynisme qui, à terme, nous condamne tous.

Non, nous ne sommes pas en train de surjouer. Nous sommes en retard. Et il est temps d’agir. Pas dans un an, pas dans dix ans. Maintenant.

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