@Julian Dalrimple-sikes
la fin du texte de Thot à Aesclipius il y plus de 4500 ans, combien plus ? dur à savoir tellement notre histoire est fausse
Je m’adresse, à toi, fleuve très-saint, et je t’annonce l’avenir. Des
flots de sang, souillant tes ondes divines, déborderont tes rivages, le
nombre des morts surpassera celui des vivants, et s’il reste quelques
habitants, Égyptiens seulement par la langue, ils seront étrangers par
les mœurs. Tu pleures, ô Asclèpios ! Il y aura des choses plus tristes
encore. L’Égypte elle-même tombera dans l’apostasie, le pire des maux.
Elle, autrefois la terre sainte, aimée des Dieux pour sa dévotion à leur
culte ; elle sera la perversion des saints, l’école de l’impiété, le
modèle de toutes les violences. Alors, plein du dégoût des choses,
l’homme n’aura plus pour le monde ni admiration ni amour. Il se
détournera de cette œuvre parfaite, la meilleure qui soit dans le
présent comme dans le passé et l’avenir. Dans l’ennui et la fatigue des
âmes, il n’y aura plus que dédain pour ce vaste univers, cette œuvre
immuable de Dieu, cette construction glorieuse et parfaite, ensemble
multiple de formes et d’images, où la volonté de Dieu, prodigue de
merveilles, a tout rassemblé dans un spectacle unique, dans une synthèse
harmonieuse, digne à jamais de vénération, de louange et d’amour. On
préférera les ténèbres à la lumière, on trouvera la mort meilleure que
la vie, personne ne regardera le ciel.
L’homme religieux passera pour un fou, l’impie
pour un sage, les furieux pour des braves, les plus mauvais pour les
meilleurs. L’âme et toutes les questions qui s’y rattachent, — est-elle
née mortelle, peut-elle espérer conquérir l’immortalité ? — tout ce que
je vous ai exposé ici, on ne fera qu’en rire, on n’y verra que vanité.
Il y aura même, croyez-moi, danger de mort pour qui gardera la religion
de l’intelligence. On établira des droits nouveaux, une loi nouvelle,
pas une parole, pas une croyance sainte, religieuse, digne du ciel et
des choses célestes. Déplorable divorce des Dieux et des hommes ! il ne
reste plus que les mauvais anges, ils se mêlent à la misérable humanité,
leur main est sur elle, ils la poussent à toutes les audaces mauvaises,
aux guerres, aux rapines, aux mensonges, à tout ce qui est contraire à
la nature des âmes. La terre n’aura plus d’équilibre, la mer ne sera
plus navigable, le cours régulier des astres sera troublé dans le ciel.
Toute voix divine sera condamnée au silence, les fruits de la terre se
corrompront et elle cessera d’être féconde ; l’air, lui-même
s’engourdira dans une lugubre torpeur. Telle sera la vieillesse du
monde, irréligion et désordre, confusion de toute règle et de tout bien.
Quand toutes ces choses seront accomplies, ô Asclèpios, alors le
seigneur et le père, le souverain Dieu qui gouverne l’unité du monde,
voyant les mœurs et
les actions des hommes, corrigera ces maux par un acte de sa volonté et
de sa bonté divine ; pour mettre un terme à l’erreur et à la corruption
générale, il noiera le monde dans un déluge, ou le consumera par le feu,
ou le détruira par des guerres et des épidémies, et il rendra au monde
sa beauté première[8],
afin que le monde semble encore digne d’être admiré et adoré, et qu’un
concert de louanges et de bénédictions célèbre encore le Dieu qui a créé
et restauré un si bel ouvrage. Cette renaissance du monde, ce
rétablissement de toutes les bonnes choses, cette restitution sainte et
religieuse de la nature aura lieu après le temps fixé par la volonté
divine et partout éternelle, sans commencement et toujours la même.