Scène ouverte
par C’est Nabum
samedi 12 septembre 2026
Un espace parfois rare.
En maints lieux désormais, en dehors des instances officielles où la culture est circonscrite aux paillettes et à la renommée, fusse au détriment de la morale et de la décence quand la vedette a défrayé la chronique judiciaire sans que public et organisateur ne s'en indignent, des scènes ouvertes offrent un ultime moyen d'expression pour des individus qui se targuent d'avoir une petite âme artistique…
Il est vrai que l'amateur éclairé, le béotien, le chanteur en herbe, le poète en devenir, le saltimbanque en route pour une lointaine destination, tous n'ont plus guère l'occasion de se confronter à un public. La Culture est devenue une affaire uniquement commerciale, confiée à des professionnels de la programmation, destinée aux seuls intermittents du spectacle.
Qui entend faire entendre sa différence, son originalité, sa voix intérieure et celles de ses muses se trouve dans l'embarras pour trouver un espace qui lui tendra les bras face à un public venu pour découvrir et se faire une opinion. Dans la plupart des cas, l'été offre des scènes dans les guinguettes qui poussent spontanément au bord de l'eau ou dans des lieux champêtres sans que l'écoute et l'attention soit au menu des consommateurs.
Pourtant, certains tirent leur épingle du jeu notamment s'ils proposent des reprises de succès passés, des chansons ou des airs restés dans les mémoires. Il y a là une forme de caresser dans le sens des poils auditifs pour un public qui ne dressera l'oreille que pour ce qu'il a déjà entendu autrefois. L'aventure est beaucoup plus périlleuse pour qui se présente avec ses propres créations puisque l'inconnu a du mal à couvrir le brouhaha des gens en goguette.
Vous l'avez compris, dans ce tableau dressé, seuls les musiciens et les chanteurs ont une petite chance de disposer d'une écoute. Les autres formes artistiques ne sont pas de saison. L'été est dédié à la futilité, à la légèreté, au bruit de fond parfois. Les autres n'ont qu'à attendre la mauvaise saison pour trouver des scènes offertes chez des particuliers ouverts à la création sous toutes ses formes.
Dans ces rares lieux, il se joue une surprenante alchimie quand les uns et les autres se succèdent, s'écoutent, se répondent en un plaisant jeu de pingpong verbal. Au chanteur, répond le poète qui engendre un récit pour le conteur tandis que le danseur ponctuera la série en exprimant par la gestuelle ce qui vient d'être proposé. Quand vous avez l'occasion de vivre ou d'assister à pareille animation, vous découvrez alors que la création n'est pas morte, qu'il existe encore des gens pour arpenter d'autres possibles.
Il y a alors une véritable jouissance à pouvoir s'exprimer ainsi parmi d'autres qui partagent la même passion pour la création ou l'expression culturelle. C'est en premier lieu un public disposé à écouter avec bienveillance tout autant qu'à ne pas être avare de critiques fondées, exprimées sans l'animosité de ceux qui abordent avec mépris toute forme d'animation qui échappe à leurs goûts et à leur tribu artistique.
Fort heureusement, il est des régions qui ne sont pas avares en de tels lieux. Être un artiste local ne constitue alors ni une tare ni une étiquette rédhibitoire. Hélas, en d'autres endroits, tout ce qui vient d'ailleurs est forcément beaucoup mieux. C’est sans doute lié à une forme d'acculturation locale, d'une ablation d'une identité spécifique au profit d'un modèle unique issu des standards du temps.
Une scène ouverte ne peut pleinement exister quand les esprits sont focalisés vers ce qui constitue l'air du temps, la tendance, la mode et les genres dominants. Dans pareil cas, toute forme originale est perçue comme une hérésie et son interprète comme un pauvre imbécile, un être hors de la grande vague des clones et des imposteurs.