« Baron Noir » : House of Kad

par Gwendal Plougastel
samedi 20 février 2016

La série Baron Noir donne enfin ses lettres de noblesse au genre politique à la télévision. Cette plongée fascinante au coeur du pouvoir et de ceux qui le convoitent est portée par une réalisation implacable, un Kad Merad impeccable et un acteur au charisme décidément hallucinant : Niels Arestrup.

Il était temps ! Temps de sortir des caricatures, des raccourcis faciles et de proposer des personnages plus vrais que nature, avec des histoires qui tiennent la route et qui vous embarquent pour un long périple. En d’autres termes, il était temps de voir sur les écrans français une série avec pour toile de fond l’univers politique. Vous en rêviez ? Canal l’a fait.

 

Politique friction

La mini-série Baron Noir est donc diffusée sur la chaine cryptée du 8 au 29 février, par le biais des 8 épisodes de la saison 1. « 1 » car qui pourrait douter, au vu de la qualité du programme, qu’il n’y en aura pas d’autres, et que cela restera à l'état de one-shot ? 

L’oeuvre met en scène Philippe Rickwaert (Kad Merad), député-maire ambitieux de Dunkerque, qui va être trahi par son mentor Francis Laugier (Niels Arestrup) au moment où ce dernier accède à l’Elysée. Sur fond de coup bas, de rebondissements, de haine et même d’amour, la série propose une succession de séquences politiques (élection présidentielle, législatives, désignation du Premier Secrétaire du PS...) aussi passionnantes les unes que les autres.

 

Plus Dray que nature

Si la série épate, c’est avant tout par son réalisme confondant. Il faut dire qu’Eric Benzekri, le scénariste, a traîné ses guêtres avec un certain nombre d’hommes politiques de gauche avant de passer à l’univers de la télévision, et il est d’ailleurs assez cocasse de constater de nombreuses similitudes entre le Baron Noir Merad et le parcours d’un certain Julien Dray…avec qui avait travaillé à l’époque Benzekri lorsque celui-ci était sa plume !

A cette authenticité incontestable s’ajoute une réalisation à la fois musclée et précise, et une direction d’acteurs presque sans failles. On mettra seulement un bémol sur Anna Mouglalis, qui interprète ici une jeune énarque balancée en première ligne, et dont la voix, sorte de mix de Jeanne Moreau et Annie Girardot, ferait à elle seule une fantastique campagne de pub contre le tabagisme.

 

Mort sur le Niels

Pour le reste, il n’y a rien à redire. Kad Merad a donné de sa personne pour donner corps à un Rickwaert aussi proche du peuple que de la ligne jaune. Il fait le job et rajoute au passage une belle corde à son arc avec ce destin empli de sombres desseins. Sa relation pour le moins alambiquée avec le personnage de Niels Arestrup est pour le reste fascinante tant elle fait écho à des tandems politiques célèbres (Chirac/Giscard D’estaing, Rocard/Mitterrand, Sarkozy/Chirac…).

Arestrup, quant à lui, témoigne si besoin était qu’il est un acteur purement hypnotisant. Un président de la République qu’on suit les yeux fermés, avec la même évidence que le bandit sous les verrous ou l’agent immobilier véreux qu’il interpréta pour Jacques Audiard. Sûrement l’acteur le plus doué de sa génération ? En tout cas, un mythe errant.

 

Gwendal Plougastel


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