Biolay en concert

par Vincent Delaury
lundi 8 février 2010

Biolay en concert ou Biolay Rhapsodie

Jeudi 21 janvier 2010, rendez-vous avec Benjamin Biolay, « Benji » pour les intimes, au Théâtre Adolphe Adam de Longjumeau [1]. Première date d’une tournée annonçant une cinquantaine de concerts [2]. Belle ambiance. Public sympatoche. Des trentenaires peuvent croiser des jeunes filles en fleurs, visiblement amourachées de la star, et des couples de cinquantenaires, tranquilles. Sur la scène, des paravents étoilés accueillent cinq musiciens inspirés ainsi que Biolay en costard sombre, clope au bec et petit verre de rouge à portée de main sur le piano Kawaï.

Evoluant sur scène tel un rockeur fatigué mâtinant pas chaloupés de boxeur et poussées de violence esthétique (explosion d’adrénaline sur A l’origine), Biolay est un fin arrangeur et un compositeur multipistes séduisant : ses chansons intimistes ont de jolies embardées vers le hip-hop – à propos, à quand un duo de Benjamin avec JoeyStarr ? Sa voix, qui n’a certes point le coffre rugissant d’une Lara Fabian, et tant mieux !, vient nous susurrer à l’oreille des petites choses du quotidien qui peuvent, par la grâce de leur saisie poétique, prétendre à l’universel. Bien sûr, Gainsbourg n’est pas loin. Gainsbarre, Dutronc, Daho et Houellebecq non plus. Mais franchement, question héritage, on a connu pire. Le bio est là, et on le boit comme du p’tit lait : chez Biolay, les mandarines étaient des betteraves, il n’y avait pas de potage à la cantine et, pour les courses de Brandt Rhapsodie, on n’oubliera pas, malgré les naufrages du gris quotidien, le lait ½ écrémé bio et 6 œufs bio.

Ce premier soir des premiers pas de sa nouvelle tournée française, on a eu des ratés également. Qu’est-ce que ça peut faire  ? Sur Lyon presqu’île, Biolay sort une trompette. Mais soudain, n’en joue pas. Mon amie me dit qu’il fait son timide, c’est plutôt charmant, moi je me dis qu’il s’est mis en mode « déceptif » (genre je vais encore plus loin que Vian, je vous fais de la trompette minimaliste les gars) ; ses musicos, eux, pendant ces quelques pensées du soir-espoir, le regardent perplexes ; le chanteur nous apprend bientôt que le piston de l’engin cuivré a été monté à l’envers ! Sans tambour ni trompette, le concert continue, et il n’y aura certainement pas de… piston à l’arrivée pour le technicien maladroit. Et toc ! A un moment donné, une guitare électrique sèche. Un pétage de plombs empêche, semble-t-il, le musicien de continuer. Qu’est-ce que ça peut faire  ? Benji en profite pour papoter au micro, on fête son anniversaire ensemble, ça part un peu en live, puis la guitare, rebranchée, reprend son souffle et le chanteur et le public aussi. Ces ratés font partie du bonhomme. Après tout, l’un des titres de La Superbe s’appelle Raté. La boucle est bouclée. Il nous a prévenus : mélancolique et ailleurs, mélancolique et alors, Benjamin Biolay, alias Initials B.B., poète urbain parfois perdu dans les vapeurs alcoolisées et les affres de la création, est à prendre ou à laisser. Nous (ma compagne et mes potes), ce soir-là, on a pris avec lui le train de banlieue bleue, et la Marco Benz (avec en option, aïe !, la… Sarko Benz), et c’était bien.

Chemin de traverse bienvenu, ambiance clair-obscur, spleen baudelairien, chanteur tour à tour virevoltant (sur Padam) ou sombre comme la nuit (Brandt Rhapsodie et ses Post-it, plus noirs que roses, de vie de couple à vau-l’eau), on a pris le large avec Biolay pour un ailleurs. Entre nuit d’ivresse et nuit de sommeil. Quelle aventure, quelle aventure 

[1] Benjamin Biolay au Théâtre Adolphe Adam, Longjumeau. Photos de l’auteur de l’article, © 2010.

[2] Partenaire de la tournée de Benjamin Biolay, Europe 1 annonce « 47 concerts d’exception, 22 superbes chansons, 6 albums cultes, 1 Benjamin Biolay ». Précisons que les six concerts (4, 5, 6 et 9 février ; 7 et 8 mai 2010) au Casino de Paris affichent complet.

 

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