Cabot-Cabot

par C’est Nabum
mardi 28 juin 2022

 

Nom d'un chien d'Orléans, que c'est fort !

 

Un comédien hors norme, un merveilleux furieux capable de toutes les folies sur scène, un talent brut, authentique, éclatant s'offre ce que j'imagine être un rêve d'adolescent turbulent, il se fait rocker aboyeur. Il enfile un marcel pour montrer à tous qu'il entend se lancer à la fois dans un bras de fer avec la cité et un tour de force durant lequel il donnera toute son immense énergie.

Hugo Z se lance dans un Rock étincelant, intelligent, violent, lumineux, sans concession. Il beugle, crache, vocifère des slogans, des aphorismes, des perles de bruit, puis dans un renversement brutal, susurre, murmure des fragments de poésie urbaine, des éclats de soleil, des joyaux incandescents. Alternance sublime, dosage délicat pour une plongée dans des textes qui s'écoutent attentivement et se comprennent aisément.

Hugo, plus que chanteur est un discoureur des entrailles, un décortiqueur des tourments. Son phrasé parfait, sa diction d'une incroyable précision en dépit d'un débit à haute tension d’adrénaline nous fait le don de tout comprendre, de jouir ainsi de tous ces coups qu'ils soient de gueule ou de cœur. Le spectateur ne sort pas indemne de ce moment rare qui le fracasse, le malaxe, le prend aux tripes et au cerveau sans lui laisser le moindre répit. C'est le chef d'une meute qui surgit soudain au coin du bois pour mordre les idées reçues, les bassesses de nos comportements.

À ses côtés, Hugo a embarqué dans l'aventure une jeune fille à la base qui, fragile semble décalée, égarée parmi les trois autres avant que de découvrir qu'elle ne cède en rien à l'énergie de ses complices. Elle apporte sa touche en gardant cette distance rayonnante qui lui permet de ne jamais se départir de son rôle afin de scander le rythme. Elle est la belle gracieuse à côté d'un clochard prêt à mordre aux mollets tous les bourgeoisiaux du bourg.

Le batteur qui habituellement tient les baguettes des vendeurs d'enclume, nous propose toute la gamme que permet cet instrument qui n’a pas toujours un rouleau compresseur. Dans la furie du texte, il est capable de souligner délicatement le propos d'Hugo. Durant les accalmies, tout au contraire il peut lâcher le tonnerre en ayant toujours le désir de se mettre au service d'un texte qui doit toujours tenir le haut du pavé. Chien de bonne compagnie, il s'encanaille dans la bande en prenant un malin plaisir à japper.

Le guitariste joue des pédales pour que son instrument parcoure toutes les tonalités, toutes les couleurs dont il peut être capable. Il peut le faire hurler, soupirer, gémir, geindre, beugler et même aboyer avec une rare virtuosité. Il se met au diapason sans jamais tirer la couverture à lui, se fait parfois discret et même silencieux avant que de redonner de la voix tel un chien de garde.

L'ensemble est d'une rare cohérence derrière le maître du jeu qui a la délicatesse de ne pas tenir en laisse ses camarades. C'est le public qui porte la muselière lors de chaque morceau, chacun de suivre avec application les méandres d'une plume au vitriol. Il y a dans le lot de véritables bijoux ciselés au burin qui mériteraient de figurer dans les hit-parades ou sur les plus grandes scènes.

Métaphores, jeux de mots, élisions, emphases, pamphlets, poèmes, borborygmes, déclamation, soupirs, phrases coup de gueule et poing… il n'est guère possible de faire la liste exhaustive de toutes les facettes de cette œuvre littéraire mise en musique dans un rock de feu et de combat. Nous avons assisté à un combat, une bataille, un spectacle qui a de la gueule et du chien.

Il ne pouvait d'autre endroit pour découvrir cette explosion hallucinante que notre merveilleux espace culturel de plein air : la Paillote de l'association Nano prod. Merci à eux de mettre en avant ce spectacle qui ne devrait pas tarder à montrer des dents dans toutes les salles qui ont le sens de la provocation, le courage de subversion, l'envie de la déstabilisation, le bonheur de la créativité sublime hors des sentiers rebattus, convenus, tenus en laisse par l'insupportable conformisme dominant. Osez cabot-cabot pour votre plus grand bonheur, un spectacle dans lequel mordre à pleines dents.

 

Photographies de Patrick Nauroy

 


Lire l'article complet, et les commentaires