Charlotte Valandrey : le cœur chantera trois fois

par Sylvain Rakotoarison
jeudi 14 juillet 2022

« Je ne tourne pas les pages, je les écris. » (Charlotte Valandrey, 2011).



Évidemment, la nouvelle a ému, elle a ému parce que toute sa vie, elle était sur la ligne de crête, toute sa vie, elle était dans l’expectative de sa santé. Charlotte Valandrey n’avait que 53 ans et son cœur l’a lâchée ce mercredi 13 juillet 2022. Son énième cœur. Elle en attendait un troisième depuis plusieurs mois.

Certes, la maladie et l’âge (qui peut être considéré comme une sorte de maladie) ne laissent jamais un avenir bienveillant. Mais il y a toujours cet espoir fou de passer entre les gouttes, d’y réchapper, de passer de solutions en solutions, de faire des sauts quantiques misant sur les improbabilités de la vie. Et puis la réalité, brutale, glaciale, rappelle sa terrible loi.

Je ne connaissais pas Charlotte Valandrey comme actrice, la premier rôle dans "Rouge Baiser" de Véra Belmont (sorti le 27 novembre 1985) qui lui a valu l’Ours d‘argent de la meilleure actrice à la Berlinale 1986 et sa nomination au César 1986 du meilleur espoir féminin à 17 ans (elle est née le 29 novembre 1968), comme l’actrice récurrente de plusieurs séries télévisées, "Les Cordier, juge et flic" où elle est la fille du commissaire Pierre Mondy, sœur du juge Bruno Madinier, elle-même jeune journaliste (entre 1991 et 2000), ou encore "Demain nous appartient" où elle est juge (entre 2017 et 2019).

Parce qu’elle avait décroché un premier rôle adolescente, elle était star depuis très longtemps lorsque je l’ai découverte sur les rayonnages d’une librairie au début des années 2010. J’ai découvert ses deux livres poignants : "L’Amour dans le sang" sorti en 2006 et "De cœur inconnu" sorti en 2011 (tous les deux éd. du Cherche midi) et j’ai été très ému par son histoire, comme de très nombreux lecteurs.



Car sa vie pouvait être envisagée bien autrement qu’elle l’a été : elle était star à 17 ans et aurait pu le rester. Mais en raison de liaisons imprudentes, on dirait de "liaisons dangereuses", elle s’est chopé le virus du sida. Être séropositive à 18 ans en 1986, c’est loin de pouvoir envisager la vie en rose. C’était une époque où le fondateur d’un parti qui a désormais 89 députés qui se cherchent la respectabilité, exigeait de parquer les personnes atteintes du VIH dans des sidatoriums, pour les isoler définitivement du monde.

La carrière cinématographique elle-même en a pris un coup : Charlotte Valandrey aurait dû prendre le rôle de Vanessa Paradis dans "Noce blanche" de Jean-Claude Brisseau (sorti le 8 novembre 1989), mais sa séropositivité aurait conduit la production à refuser de l’assurer. Cela, c’est la version de l’actrice, car le réalisateur (mort il y a trois ans) a affirmé que la préférence pour Vanessa Paradis aurait correspondu à la nature du personnage joué. La réalité, c’est que Charlotte Valandrey a peu joué au cinéma malgré un début très prometteur et qu’elle s’est repliée sur la télévision (téléfilms et séries). Elle a toutefois joué dans "Le Bal des actrices" de Maïwenn (sorti le 28 janvier 2009).

Mais le malheur ne vient jamais tout seul. Car son traitement contre le VIH, un médicament antirétroviral, lui a carrément bouffé le cœur. En une quinzaine d’années, le cœur était nécrosé et après deux infarctus, elle a dû (et a eu la chance de) faire une transplantation cardiaque. En novembre 2003, elle a donc eu le cœur d’un autre, avec tout ce que cela suppose en traitement lourd des greffes (et aussi en histoires d’amour périphériques, comme celle avec son cardiologue). C’est à la suite de cette succession de pépins de santé mais aussi de miraculeux retours à la vie qu’elle s’est mise à écrire, avec beaucoup de succès.



Le 8 juin 2022, l’actrice a annoncé qu’elle était depuis un mois à l’hôpital pour une longue période, en soins intensifs, car après deux greffes, son cœur actuel était « arrivé en bout de course et j’attends donc celui qui sera mon troisième cœur ». Elle n’aura hélas pas attendu longtemps…





Quelques mots de Charlotte Valandrey...

Dans "L’Amour dans le sang" (2005) : « J’aimerais faire marche arrière comme après un accident, quand on s’en veut tellement qu’on aimerait refaire la scène, juste une fois, revenir sur ce passé si présent qu’on le touche encore, juste un pas en arrière, avoir une autre chance. Tous les gamins font des erreurs de jeunesse dont on parle avec tendresse, la mienne semble irrémédiable, irréparable. Pourquoi me frappe-t-on si fort sur mon corps de gosse ? ».

Dans "De cœur inconnu" (2011) : « Contrairement au foie qui se régénère sans cesse, le cœur, lui, ne se reconstruit pas, ses dégâts sont irréversibles. Rien de surprenant. Il ne repousse pas, ne se remet jamais totalement de ses blessures, tout au mieux il se renforce, il cicatrise. C’est la souffrance du cœur. ».

Aussi : « Le sida fascine encore, il concentre les peurs, la mort possible par le sperme, le sang, le sexe, tout ce qui normalement n’apporte que la vie. ».

Encore : « Je connais même des personnes qui sourient tout le temps alors qu’au fond, elles meurent lentement. D’autres couvrent leur souffrance d’une élégance joyeuse pour continuer de plaire, de vivre. Tout le monde cache un peu son jeu, non ? ».

Dans "Chaque jour, j’écoute battre mon coeur" (2018) : « L’amour me rassure bien plus que l’argent. Je n’ai jamais "assuré mes arrières" parce que je n’ai jamais imaginé faire de vieux os. Peut-être devrais-je épargner mais je n’y arrive pas. ».

Et je termine par ceci  : « La chance sourit aux courageux. Et le courage, c’est gratuit. Parfois, j’en ai manqué. Alors je me suis souvenue qu’on a tous été courageux à un moment donné de notre vie. Et comme tout reste en nous, j’ai soufflé sur les braises de mon petit courage et je souffle encore ! » (2018).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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