CitÚs d’aujourd’hui, France d’hier

par jack mandon
mercredi 5 mai 2010

"Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers.
Garlaban, c’est une énorme tour de roches bleues, plantée au bord du Plan de l’Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l’Huveaune.

La tour est un peu plus large que haute : mais comme elle sort du rocher à six cents mètres d’altitude, elle monte très haut dans le ciel de Provence, et parfois un nuage blanc du mois de juillet vient s’y reposer un moment.Ce n’est donc pas une montagne, mais ce n’est plus une colline : c’est Garlaban,..."
Marcel Pagnol.

Une histoire vraie, un roman de vie dans une garrigue odorante et joyeuse, chargée de tendresse et d’émotion, comme un enfant libre et heureux. On s’y engouffre et l’on s’y reconnait. À travers son histoire, Marcel Pagnol raconte toutes les enfances... du moins telles qu’elles devraient être.

Une belle enfance contée par un poète, un romancier. Une enfance telle qu’elle devrait être, loin des cités crasseuses et malodorantes, plantées comme des furoncles au beau milieu du paysage, dévoreuses d’espérance, pourvoyeuses de drogue, de violence, de misère, d’illusions et de chimères.

L’enfance c’est d’abord un lieu, un environnement harmonieux. C’est aussi une aventure de vie où la nature et la culture en accord rivalisent sans se quitter des yeux. Ce sont des émotions, des montagnes de peurs et de doutes que l’on partage avec deux modèles rassurants. Pour les plus chanceux d’entre nous, une maman et un père présents.
 
La gloire de mon père...le château de ma mère...

Le privilège de l’enfance éclate dans les modèles lumineux d’amour et de beauté qui fleurissent au berceau sous le regard attendri et la présence rayonnante d’une maman et l’autorité bienveillante d’un père attentif et serein.

Ainsi naissent nos premiers appuis, la maman est une reine que l’on installe à vie dans un château, le château de ma mère, rien n’est assez grand, rien n’est assez beau pour contenir sa douceur et sa chaleur, rien n’est assez beau pour elle. Toute notre vie elle nourrit nos émotions et nous parle de la femme qui lui ressemble tant.

Et le père, tout d’abord rival ombrageux et rugueux, malgré lui, revient en force et en gloire au fil de la vie et se retrouve magnifié dans nos souvenirs, quand le sort malheureux nous prive de sa présence.

La gloire de mon père prend toute sa signification à l’automne de notre histoire, et l’on se met à lui parler sur les chemins d’hier mais aussi de demain et ceux d’un espoir plus lointain. C’est une enfance d’aristocrate me direz-vous, peut être, mais c’est une aristocratie du coeur et de l’esprit et le privilège de tous...la nature sert aussi équitablement les gens simples et modestes.(Gérard Depardieu évoquant le souvenir de son père avec respect et tendresse, lui, le voyou d’hier, l’enfant à problème, aujourd’hui immense acteur

Les nantis, ceux dont l’aisance échappe à l’imaginaire des pauvres, n’ont pas le monopole du bonheur.

L’enfance, c’est tout d’abord la réalité et la noblesse d’une famille présente et vivante, un foyer, une cellule, qui se construit à l’abri des courants et des marées perturbants du monde ambiant. Ce n’est pas un moulin ouvert aux quatre vents.
C’est un héritage, c’est naturel...c’est peut-être là que l’environnement social et culturel interviennent et nous parlent à travers un passeur d’espoir, comme Marcel Pagnol. Faut il encore savoir lire, écouter et voir.

Mon père s’appelait Joseph. Sa voix était grave et plaisante et ses cheveux, d’un noir bleuté, ondulaient naturellement les jours de pluie.
Il rencontra un jour une petite couturière brune qui s’appelait Augustine, et il la trouva si jolie qu’il l’épousa aussitôt. Je n’ai jamais su comment ils s’étaient connus, car on ne parlait pas de ces choses-là à la maison. D’autre part, je ne leur ai jamais rien demandé à ce sujet, car je n’imaginais ni leur jeunesse ni leur enfance. L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi, et ça n’a jamais changé.Ils étaient mon père et ma mère, de toute éternité, et pour toujours.

La famille, c’est un empire de partage et de tendresse, un univers paisible où l’on s’abandonne à la confidence en confiance. C’est aussi l’oreille du monde, mais c’est l’oreille discrète, toujours attentive.

Jamais l’on pourra reprocher à nos parents la misère matérielle, d’avoir eu faim et froid, d’avoir porté de modestes hardes, des chaussures fatiguées, au contraire. C’est avec plein de gratitude dans le regard et dans la voix que l’on s’épanchera sur ces précieux souvenirs rapiécés, odorants de chair, aux clameurs retentissantes. Cadeaux d’autrefois... autrefois, comme le début d’une histoire au chevet du tout petit....mais l’on se souviendra d’un manque d’écoute, d’un problème pour nous insoluble dans notre imaginaire riche et fragile, culpabilisant et chimérique...du poids d’un doute, d’une angoisse récurrente et destructrice. L’enfant rêve sa vie et vit son rêve. Les bons parents aménagent et protègent ce lieu sacré de création pure. L’onirisme des contes de fées sont la propriété des petits et des plus grands, qui en saisissent le sens et le prix. Entamer et pervertir ce territoire c’est prendre le risque de rompre l’harmonie de l’éducation, c’est briser l’espoir d’évolution et de développement de l’enfant.

La réalité me direz-vous, la crise, le chômage...faux problème, la famille est un ventre animal qui se construit, se développe et secrète ses anticorps. La famille, à l’image du placenta de la mère protège l’enfant. Une maman de modeste condition peut mettre au monde un bel enfant avec tous les espoirs du monde, c’est la présence du père qui fait la différence.

Père manquant, fils manqué...Que sont les hommes devenus ? Guy Corneau.

Peut-être qu’un jour les hommes cesseront de s’en remettre toujours à la collectivité.

Pourquoi faudrait-il trouver toujours des excuses à l’homme, alors que le mammifère s’implique et se responsabilise naturellement. Que font les pères des enfants et adolescents en révolte qui rivalisent d’ingéniosité pour détruire et brûler ?
D’où vient cet enfant habité par la haine ?

On nous avait dit qu’il avait un père, mais on n’en voit point ! ça n’est peut-être pas vrai…Il n’en a peut-être pas….Il n’en n’a peut-être jamais eu ! On se trompe des fois dans la vie. S’il en avait eu, on l’aurait vu…Parce que s’il en avait eu, il se serait montré. Hein ! C’est un homme…il se serait montré !

Les modèles existent, la famille respectable et respectée... les enfants heureux aussi.
Il se trouve qu’ici, le père, une fort belle personne, est aussi un éducateur cultivé et curieux qui pratique l’un des plus beau métier du monde, celui d’enseignant.


Critique/Presse
 :

La Gloire de mon père constitue une œuvre remarquable. Marcel Pagnol y évoque la figure de ce père instituteur, qui disposait d’une culture étendue, savait communier avec la nature et possédait une haute conscience morale. Et l’enfant était comme ébloui lorsqu’il le suivait par la garrigue matinale. A la Bastide Neuve, Marcel Pagnol connut le bonheur auprès de ceux qui l’entouraient. Car il y avait encore là sa mère, toute tendresse, et l’oncle Jules, d’une sagacité sans égale. Ces êtres réels, il les a aimés, mais à mesure qu’ils s’étaient éloignée dans le temps, ils s’étaient selon l’excellente remarque de Bernard de Fallois, transformés en personnages. Et dans le récit qu’il a fait de scènes vraies, le mémorialiste prend autant de plaisir que le romancier qui laisse courir son imagination, il est d’une certaine façon aussi libre. Pagnol a dit : "Si j’avais été peintre, je n’aurais fait que des portraits". Ceux qu’il a tracés des personnages de son enfance restent merveilleusement vivants.
Alors que les cultures régionales s’efforcent de renouer avec leurs traditions et de retrouver leurs racines, il n’est pas mauvais de reconnaître en Marcel Pagnol une sorte de précurseur.


Guy Le Clec’h
http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/lecture/Pagnolbio.htm


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