D’Anne Philipe Pierrette Fleutiaux

par Laureline Amanieux
jeudi 29 juillet 2010

"Elle n’était pas un maître, elle était un modèle d’existence... c’est encore plus fort", nous dit Pierrette Fleutiaux hors caméra à propos d’Anne Philipe (voir les vidéos de nos deux interviews avec Pierrette Fleutiaux ici : http://www.savoirchanger.org/spip.php?page=video_hd&id_article=34 ).

Dans les jardins ensoleillés de sa résidence, Pierrette Fleutiaux nous a parlé avec une émotion vive de celle qui a "changé ma perception de la vie", l’éditrice et écrivain Anne Philipe.
 
Anne Philipe, nos mémoires littéraires et collectives tendent à l’oublier, fut dans les années soixante l’épouse du plus célèbre acteur de France, Gérard Philipe, pour qui elle alla jusqu’à changer son prénom : de Nicole en Anne. Celle qui avait été la première femme à parcourir la route de la Soie en 1948 avec son premier époux, avant le régime de Mao et à le raconter dans son ouvrage d’ethnologue : "Caravanes d’Asie", devint la compagne éclairée de l’acteur, et l’aida à faire évoluer sa carrière de la légèreté de ses premiers rôles à succès, à ses choix engagés au TNP (le théâtre national populaire) ou des films plus complexes.
 
Veuve, Anne Philipe garda son indépendance de pensée, d’agir, et s’autorisa à écrire son premier roman, "Le temps d’un soupir", où elle raconte les trois dernières semaines de Gérard Philipe, sans jamais le nommer, méditant sur l’amour et la mort, et choisissant dès l’annonce de sa condamnation de lui mentir pour que jusqu’au bout, il soit heureux.
 
"L’un de nous dit : "Nous essaierons d’être élégants si un jour nous sommes malheureux." L’autre répondit "Je te le promets"".

Et puis : "Tu remettras ta tête sur ma poitrine quand je serai guéri ?" D’un signe, je faisais "oui". Mais plus jamais, mon amour, ou, quand tu seras mort", car ""Tu allais mourir, je mourrais un peu plus tard. Nous aurions été un chaînon".

Suivirent pour Anne Philipe l’écriture d’autres romans, toujours personnels, le texte poétique "Spirales", qui rencontrèrent un immense succès, car comme l’écrit Pierrette Fleutiaux : "elle travaille l’intime mais se tient éloignée du privé", et ce faisant, Anne Philipe touche à des thèmes universels : le bonheur et toujours la menace qui pèse sur lui, sa brusque brisure, le refus du désespoir, et la "mort qui n’empêche pas de croire en la beauté".

Pierrette Fleutiaux écrit un portrait tout en élégance d’Anne Philipe, la "chronique d’une amitié", enfin pas vraiment d’une amitié, nous confie-t-elle car elle se sentait trop impressionnée par cette femme si accomplie, mais peut-être la chronique d’une admiration et d’une reconnaissance intactes aujourd’hui encore.

Dans son livre, Pierrette Fleutiaux part aussi en quête de la jeune femme qu’elle était au moment de leur rencontre, d’une trentaine d’années, professeur d’anglais, débutant, grâce à l’enthousiasme d’Anne Philipe pour ses écrits, dans le monde littéraire aux éditions Julliard.
 
Petit à petit, Pierrette Fleutiaux réalise des correspondances souterraines entre leurs vies et leurs oeuvres, jusqu’au prix Fémina qu’elle obtient pour "Nous sommes éternels" en 1990. Elle parvient à montrer comment l’existence d’Anne Philipe a modifié la sienne, sans jamais aller dans le biographique traditionnel, mais en faisant évoluer ce genre en un délicat "après vous", une écriture pudique qui rend justice, une véritable élégie et même un livre d’amour.
 
Laureline Amanieux.
 

Lire l'article complet, et les commentaires