Des chiffres et des lettres

par olivier cabanel
mardi 29 mai 2012

Il ne s’agit pas d’évoquer l’émission bientôt centenaire de la 2ème chaine, mais de découvrir, grâce à de fins lettrés, l’origine de quelques mots ou chiffres que nous utilisons chaque jour, au moment où, le 25 mai dernier, « le mot de l’année » vient tout juste d’être désigné.

C’est Alain Rey, célèbre pour sa passion de la langue française, qui en faisait récemment, l’annonce sur l’antenne d’Europe1 expliquant que les internautes du monde entier avaient été invités pour choisir ce « mot de l’année ».

L’an dernier, c’était le mot « dégage » qui l’avait emporté. lien

Un mot qui doit rappeler quelques mauvais souvenirs aux despotes outre Méditerranée, et à d’autres sur la rive d’en face.

Auparavant, les mots « bling-bling » en 2008, « parachute doré  » pour 2009 et « dette » en 2010, avaient eu les faveurs du public. lien

Les internautes avaient le choix entre « changement, amalgame, arrogance, identité, (in) dignité, ingérence, promesses, populisme, pugnacité, rupture, sociétal, agence de notation, déficit, tablette », mais ils ont choisi pour 2012 le verbe «  twitter » un mot qui n’était pas dans la liste, et l’expression « changement  », pour cette 8ème édition. lien

C’est dans le cadre du « festival du mot », organisé à La Charité sur Loire, qui va se dérouler du 30 mai au 3 juin, que sera dévoilé le vainqueur.

Ce festival n’a d’autres ambitions, comme l’écrivent ses organisateurs, que « d’inviter à une réflexion légère et vivace sur le langage, l’écriture et la poésie  ». lien

Au-delà de ce festival original, profitons-en pour découvrir l’origine de quelques mots, avec quelques surprises à l’horizon.

Par ces temps de disette, et de plan sociaux, qui sait que le mot limoger vient simplement de la ville éponyme, dans laquelle des généraux incapables furent envoyés en guise de punition lors de la 1ère guerre mondiale ?

C’est lors de la 2ème guerre mondiale que les américains s’étaient lancé dans une guerre économique (et pas seulement) acharnée contre les japonais, et c’est ainsi que naquit le Nylon, qui est seulement l’utilisation de la première lettre de la phrase : « Now You Loose Old Nipponese » (maintenant, vous avez perdu, vieux japonais).

En effet, n’en déplaise aux racistes qui ne doivent pas supporter facilement qu’une origine étrangère vienne perturber notre vieux terroir français, les cultures du monde entier se sont invitées dans notre dictionnaire.

Le mot cordonnier vient tout simplement de la ville de Cordou, dans laquelle, on le sait, les métiers du cuir étaient à l’honneur, et la Paella doit son nom à cette grande casserole espagnole plate dans laquelle on prépare la célèbre recette.

La Grèce, qui connait des jours difficiles, est à l’origine de nombreux mots français : leur déesse des moissons, Cérès, nous a apporté les céréales, et le verbe méduser vient de la Méduse, dont le regard avait le pouvoir de pétrifier celui qui la regardait.

C’est aux Aztèques que nous devons les mots « chocolat », aux Espagnols les mots « adjudants, (ayudante) camarade », aux Allemands, « le képi, l’obus, le bivouac », mais aussi le « landau », aux Arabes, les mots « chiffre, (Sifr) amiral, banane, (qui signifie doigt) alchimie, abricot,(al barkûk) algèbre (al jabr) », aux Italiens, les mots « racisme (razza), brigade, canon, citadelle, cortège, courtisan, banque, crédit, faillite, fresque, concerto, ténor, et aux Anglais que nous devons les mots « clown » et « cirque », mais c’est aux Bretons que nous devons le mot « bijou  », que l’on prononçait bizou, un dérivé de biz (doigt) qui désignait la bague que l’on portait au doigt. lien

Les scientifiques nous ont aussi laissé de nombreux mots : chacun sait que les frères Montgolfier nous ont laissé leur montgolfière, Mac Adam, son goudron, Louis de Béchamel, sa sauce, Michel Begon, son Bégonia, Cameli, son Camélia, le préfet Poubelle, s’est occupé de nos ordures, Joseph Guillotin, l’engin qui a couté cher à Louis XVI, Samuel Colt, son fameux pistolet, que le mot Larsen vient de celui qui l'a découvert, mais qui sait que c’est un imprimeur du nom de Guillemet qui est à l’origine du fameux signe qui entoure une citation ?

L’occasion peut-être d’évoquer Napoléon Bonaparte, dont on sait moins qu’il était un authentique cancre, ainsi que l’a dévoilé le grand historien Henri Guillemin, expliquant que les soi-disant lettres produites pour vanter un empereur très stylé étaient des faux, et prouvant, en dévoilant une authentique lettre de Bonaparte, que le petit caporal prenait couramment un mot pour un autre.

« J’attends votre réponse » devenant « j’entends votre réponse », et « je verrais » devenant « je vairais ».

Pas étonnant qu’il soit sorti 42ème sur 58 de l’école militaire.

La conférence de l’historien est sur ce lien.

Ceci dit, il est plus courant que l’on pense que certains mots se voient dépouillés de leur sens initial, comme les mots pilotage, évaluation, projet, comme on peut le découvrir sur ce blog.

Le nom des mois pourrait être un mystère pour quelques-uns, car si chacun sait que Janvier, Mars, Mai et Juin ont pour origine des dieux romains, (Janus, Mars, Maia, Junon), que Février viendrait du verbe purifier (februare) Avril du mot Aprilis (ouvrir) mais quid des mois de Septembre, Octobre, Novembre, Décembre qui devraient être associés aux chiffres 7, 8, 9 , et 10 alors que ce n’est pas leur place dans le calendrier ?

La réponse, c’est Jean Marie Pelt, le grand biologiste qui nous la propose dans son livre « fleurs, fêtes et saisons », (Fayard éditeur 1988) expliquant que le premier calendrier romain ne comportait que 10 mois, puis s’apercevant de leur erreur, les romains ont intégré au milieu de l’année les mois de Juillet (en hommage à Jules César) et Août, (pour l’empereur Auguste), décalant ainsi tous les mois qui ont suivi.

Il existe une autre théorie qui voudrait que l’année romaine commençait en Mars, au printemps, ce qui mettait effectivement le mois de septembre en 7ème position, octobre en 8ème, novembre en 9ème et décembre à la fin. lien

Il reste pourtant des énigmes.

Par exemple, pour quelle raison le mot squelette est-il du genre masculin  ?

Sur la question des chiffres, il faut d’abord dire que c’est une erreur d’en attribuer la paternité à la civilisation Arabe, et qu’il faudrait plutôt se tourner du côté des Indiens. lien

Mais c’est sur l’origine de leur nom qu’il y a matière à s’étonner, car elle est tout simplement basée sur le nombre de leurs angles. Le 1 en a un, le 2 en a deux, etc, comme on peut le constater sur cette image.

Pour revenir aux mystères, le « carré Arepo », ancêtre des mots croisés, en est un beau.

Cet étrange carré, retrouvé en plusieurs exemplaires dans le bassin méditerranéen, de la Mésopotamie à Pompéi est loin d’avoir révélé tous ces secrets. lien

Pour terminer par un autre mystère, il est temps d’évoquer le carré magique d’Albrecht Dürer. (Voir la gravure qui illustre cet article)

Le célèbre artiste a intégré dans l’une de ses plus belles créations, « Melancholia », un carré comportant 4 cases verticales sur 4 cases horizontales, et dans chacune des 16 cases figure un chiffre.

Or les additions de tous ces chiffres, que ce soit à l’horizontale, à la verticale, ou en diagonale, c’est toujours le chiffre 34 qui en résulte.

En prenant les 4 cases centrales, idem et en prenant les 4 cases de chaque angle, on arrive toujours au même résultat. lien

Sur ce lien, des tentatives d’explication.

Mais revenons aux mots en évoquant une poétesse inspirée, Emily Dickinson, à l’affiche au Lucernaire, (la belle d’Ancherst) mise en scène de Frederick Wiseman, portée par la voix de Nathalie Boutefeu, Emily qui a sur les mots un avis définitif : «  un mot est mort quand il est dit, disent certain…moi je dis qu’il commence à vivre ce jour-là  ». lien

Mais comme dit mon vieil ami africain : « dans le passé, il y avait plus de futur que maintenant »…phrase que lui aurait glissé le dessinateur du Chat.

L’image illustrant l’article provient de « taliscope.com »

A découvrir, le dictionnaire participatif étymologiqueLexilogos ainsi que le dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey, (éditeur le Robert)

Et on peut tester ses connaissances sur ce lien

Olivier Cabanel.

Articles anciens

Quel manque de classe

Les ânes bâtés de la République

Un mot pour un autre

Le français est une langue misogyne

Entre le masque et l’enclume


Lire l'article complet, et les commentaires