Ecoutez la bonne chanson...du XVIème siècle !

par Taverne
mardi 17 juillet 2012

Non, le XXème siècle n'a pas tout inventé en matière de musique ! Et je fus très étonné de constater combien les clips vidéo sur YouTube, consacrés aux musiciens de la Renaissance ou du Moyen-Age, sont écoutés et regardés.

C'est l'été ! Les cigales chantent. Oui, enfin pas partout...Mais nous pouvons chanter. Quoi donc ? Des chansons galantes ou grivoises du 16ème siècle ? Des chants polyphoniques ? Voyez plutôt cette sélection musicale que je vous ai concontée. Vous m'en direz des nouvelles.

L'écriture musicale est apparue un demi-siècle après l'invention de l'imprimerie, soit à partir de 1501. Dès lors, la musique va se diffuser dans toute l'Europe et les premières vedettes de la chanson vont se faire connaître. En France, c'est l'époque de la Renaissance. Parmis les genres à la mode, la messe, les motets, les chants polyphoniques comme toujours mais ausi une nouveauté : le madrigal. C'est le Français Philippe Verdelot et le Flamand Jacques Arcadelt qui donnent naissance au madrigal. Il s'agit d'une pièce vocale à caractère profane et à plusieurs voix, sans refrain, où le texte tient une place prépondérante. Les principaux musiciens de la cinquième génération de l'école franco-flamande, (Palestrina, Monteverdi, Orlando di Lasso, Adrian Willaert) adopteront ce genre.

Qui dit chant polyphonique dit contrepoint, c'est-à-dire superposition de mélodies. Au contraire d'aujourd'hui où on superpose une mélodie à des accords. Les mélodies superposées finissent par faire qu'on ne comprend plus les paroles. Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) fut donc chargé par le Vatican d'y mettre bon ordre. Il fallait tout de même que l'on puissse ouïr les paroles sacrées de la messe ! Victor Hugo considérera Palestrina comme le père de toute la musique chrétienne.

Voilà planté le décor, venons-en à des exemples bien concrets.

I - Quelques chansons coquines

"Il est bel et bon, mon mari' de Pierre Passereau (1490 - 1547) interprété ici par les irrésistibles "King's Singers" au pays de Shakespeare.

Il est bel et bon, commère, mon mari.
Il estoit deux femmes toutes d'ung pays.
Disanst l'une à l'aultre - "Avez bon mary ?"
Il ne me courrousse, ne me bat aussy.
Il faict le mesnaige,
Il donne aux poulailles,
Et je prens mes plaisirs.
Commère, c'est pour rire
Quand les poulailles crient :
Petite coquette (co co co co dae)e, qu'esse-cy ?

Par le français Clément Janequin (1485 - 1558) :

Il estoit une fillette (vidéo)

Il estoit une fillette qui vouloit scavoir le jeu d'amours. Un jour qu'elle estoit seulette je luy en aprins deux ou trois tours. Asprès avoir senty le goust, elle me dit en soubzriant : "le premier coup le semble lourd, mais la fin me semble friant". Je luy dis "vous me tentez" El' me dit "recommencez", je l'empoigne, je l'embrasse, je la fringue fort. Elle cire "ne cessez", je lui dis "vous me gastez, laissez moi petite garce vous grant tort". Mais quant ce vint, a sentir le doulx point, vous l'eussiez veu mouvoir si doulcement que son las cueur luy tremble fort et poingt, mais Dieu mercy c'estoit d'ung doulx tourment".

Au joly jeu (vidéo)



Au joly jeu du pousse avant,
Il fait bon jouer.

L'aultrier m'aloye esbaloyer,
Je rencontray la belle au corps gent,
Soubzriant doulcement, la vois baiser.
Elle en fait doute, mais je la boute,
Laissez, laissez, laissez trut avant.

Au joly jeu...

Pour ung reffuz me fault laisser,
Propos luy tins amoureusement,
Soubzriant doulcement, la vois baiser.
Elle riotte, Dance sans notte
Laissez, laissez, laissez trut avant.

Au joly jeu...

La meunière de Vernon (vidéo)

La meunière de Vernon,
Elle est mignonne et gorrière,
Et si elle est, ce dit-on,
De bien aimer coutumière.

Un jour tout à l'environ
d'une saussaie et rivière,
Un beau jeune compagnon
D'amour lui fit la prière.

Lors la baisant le mignon
Se prit à lui faire chère
Puis s'assit en son giron
De bonne grâce et manière.

Ou encore : Un mari se voulant coucher

II - Autres genres de chansons à découvrir :

 Je ne menge point de porc de Claudin de Sermisy (1490 - 1562). Déjà à l'époque ! Mais les motifs ne sont pas religieux...En entrant en ung jardin (live), Hau, hau, hau le boys

Plus sérieux Mille regres , Je prens congies de Nicolas Gombert (1495 - 1560)

Quelques "tubes" de Claude Le Jeune (1530 - 1600) : Qu'est devenu ce bel oeil ? (live) , Reveci venir du printemps, Un gentil amoureux, Quelle eau, quel air, quel feu , Je suis déshéritée

Clemens non papa (1510 - 1556) : Entre vous filles

Cipriano de Rore (1515 - 1565) : Mon petit coeur 

Et pour finir le grand, le très grand Orlando di Lasso (dit aussi Roland de Lassus) 1532 - 1594).

Il a sans doute été le musicien le plus célèbre de toute l'Europe XVIe siècle. En 1563, Lassus est nommé maître de chapelle à Munich. Il demeure au service d'Albert V et son héritier, Guillaume V de Bavière, jusqu'à sa mort. Son art fut d'emblée reconnu et il était surnommé « Prince de la musique » ou « Orphée belge » par ses contemporains.

Bonjour, et puis, quelles nouvelles ? Une puce j'ay dedans l'oreill'helas ! Quand mon mary 
Susanne un jour

Madrigals O-Lucia O Occhi Manza Mia Sto core mio Chansons - CAPILLA FLAMENCA (album) Bonjour-mon-coeur

Vignon vignon

Pour être tout-à-fait complet, citons Adrian Willaert (1490 – 1562), Carlo Gesualdo (1566 – 1613) dont le"Mille volte" a été brillamment adapté à la musique de notre époque par David Chevalier (écouter ici, c'est superbe !), Andrea Gabrielli (1510 – 1586) et son neveu Giovanni Gabrielli (1553 – 1612), le slovène Jacobus Gallus (1550 – 1591), l'Espagnol Tomás Luis de Victoria (1548 - 1611).

Bonne écoute !
 


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